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Le Cœur des Hommes


Alex, Antoine, Jeff et Manu, quatre amis à la fois solides et immatures, sont au tournant de leur vie d'adulte. Ils se voient régulièrement, aiment tchatcher, s'engueuler et rire ensemble. Issus de milieux populaires, ils ont atteint leurs objectifs professionnels : Alex et Jeff ont créé un petit groupe de presse sportive qui marche bien, Antoine est prof de gym dans un grand lycée parisien, Manu a une boutique charcuterie-traiteur qui ne désemplit pas. Ce printemps-là, une série d'événements, la mort d'un père, l'infidélité d'une femme, le mariage d'une fille, les touche et les rapproche encore davantage. Confrontés à des situations qu'ils ne maîtrisent pas, ils se font des confidences, s'expliquent, s'aident, s'affrontent et se remettent en question. Leur rapport aux femmes est au coeur de tous leurs problèmes, de toutes leurs conversations, de tous leurs conflits

Le Cœur des Hommes – 2 Avril 2003 – Réalisé par Marc Esposito


Le coup le plus rusé que la comédie français ait réussi c’est de convaincre tout le monde qu'elle était drôle ! Un sacré tour de force, car hormis quelques exceptions c'est inlassablement les mêmes films qui sortent et qui s'adaptent seulement aux dernières tendances (Humoristes, Youtubeurs). Pire et cela comme nos amis les américains, on bousille tout le capital sympathie de certains films en leur faisant une suite, une erreur qu'a commis Marc Esposito avec son film « Le Coeur des Hommes » !

En 2007, puis en 2013, il signe deux suites à son premier film, qui marcheront successivement de moins en moins bien. Un fait qui ne me choque pas, car sincèrement, il n'y avait pas matière a faire une quelconque sequel !

L'histoire tourne autour d'une bande d'amis, des vieux potes de foot qui partagent à peu près tout ! Les amours, les amis comme les emmerdes. C'est quatre compères que sont Alex, Jeff, Manu et Antoine ont aussi des opinions bien arrêtés sur la vie qu'ils mènent, coincés qu'ils sont dans leurs propres certitudes. Sauf qu'en peu de temps, ce petit confort est malmené par une série d'événements qui vont les bousculer et leurs faire penser d'une façon différentes leurs vies d'hommes …

Si je devais me baser sur ma toute première impression, Marc Esposito réalise un petit film de potes plutôt sympa ou les gags fonctionnent assez bien, le tout en « essayant » de dresser le portrait des hommes dans les années 2000. Et l'aspect fraternel des quatre acteurs qu'il dirige fonctionne toujours aussi bien de nos jours. Ce qui est a peu près le seul point du film que je sauve actuellement, car j'ai grandi et qu'à l'époque j'étais assurément trop jeune, naïf et un peu con.

Le scénario écrit par Esposito à une intention louable, parler de ce qui préoccupait l'homme dans les années 2000/2010, mais il y a un hic, c'est que leurs vies est limitées, car cela ne tourne qu'autour des femmes, de l'argent et du sexe. Et personnellement en tant que mec je me sens un brin insulté, car je considère que tout ne tourne pas autour de mon pénis et de ma position sociale. Un raté aussi monumental que peu subtil, qui se vautre dans le sexisme le plus total et les clichés classiques sur les pseudo envies des « hommes », qui vont du fantasme de la fille jeune quand on 50 ans ou encore qu'une femme doit forcément se faire traiter de pute pour être au top dans sa relation.

Ne dites donc plus le Coeur, mais "Le pénis des Hommes" !



Vaiana, la légende du bout du monde


Il y a 3 000 ans, les plus grands marins du monde voyagèrent dans le vaste océan Pacifique, à la découverte des innombrables îles de l'Océanie. Mais pendant le millénaire qui suivit, ils cessèrent de voyager. Et personne ne sait pourquoi... Vaiana, la légende du bout du monde raconte l'aventure d'une jeune fille téméraire qui se lance dans un voyage audacieux pour accomplir la quête inachevée de ses ancêtres et sauver son peuple. Au cours de sa traversée du vaste océan, Vaiana va rencontrer Maui, un demi-dieu. Ensemble, ils vont accomplir un voyage épique riche d'action, de rencontres et d'épreuves... En accomplissant la quête inaboutie de ses ancêtres, Vaiana va découvrir la seule chose qu'elle a toujours cherchée : elle-même.
Vaiana, la légende du bout du monde – 30 Novembre 2016 – Réalisé par John Musker et Ron Clements

Depuis que j'apprécie et que je suis le rugby, je suis tombé en admiration devant les équipes de l'hémisphère sud et notamment celles de Polynésie ce sont les équipes nationales de rugby de la Nouvelle-Zélande, les Samoa, les Tonga et les Fidji. Grace à cela j'ai découvert avant toute chose, le fameux Haka, son importance et sa signification, ainsi que la part de spiritualité immense que ça implique. Et lorsque Disney dans une des innombrables messes dont ils ont le secret on annonce la sortie de Moana, j'en étais ravi . La culture polynésienne allez être à l'honneur une fois de plus chez disney et surtout cela donnait à Dwayne Johnson un rôle en or, celui de « Maui »

Le film commence dans une île au milieu du pacifique dans une tribu d'insulaire. Tala la mère du grand chef de la tribu conte les aventures et exploits du demi-dieu « Maui » aux enfants du village. Et Tala fait vivre cela avec passion, quitte a leur faire peur. Seul la jeune Vaiana pleine d'envie et d'admiration reste stoïque devant les gesticulations de sa grand-mère, car malgré son jeune age, l'océan l'intrigue et l'appelle … Hélas son père ne voit pas ça d'un bon œil et il préfère lui rappeler ses futurs devoirs en tant que fille du chef de la tribu. Mais tout ça va voler en éclat quand la nourriture commence à se faire rare sur l’île et dans les eaux qui la bordent, car la seule solution est de retrouver Maui pour qu'il remette le cœur Te Fiti à sa place et rendre enfin la vie à un archipel qui dépérit. Pour ça Vaiana va embraser les traditions éteintes de ses ancêtres et franchir les limites de son île pour partir à la recherche de son cœur …

Enfin, alors que l'année 2016 touche à sa fin, j'ai vu un film qui ne m'a pas déçu et c'est Disney qui me l'offre. Si je dis cela, ce n'est pas pour dire que seul « Vaiana » m'a plu mais qu'il est le seul film à ne pas avoir déçu mes attentes à contrario d'un grand nombre de films cette année. Une réussite qui confirme aussi la vitalité d'un cinéma d'animation qui ne cesse de surprendre tant par la ou les techniques employées que pour les sujets abordés. C'est ainsi qu'après « Lilo et Stitch » en 2002, on redécouvre la Polynésie et une part de ses traditions par le duo Ron Clements/ John Musker qui signe avec « Vaiana » leurs 7 ème « Classiques d'animation Disney ».

Le scénario du film est passé entre de nombreuses mains, de Taika Waititi à Jared Bush au final que l'on retrouve après son travail sur Zootopie en début d'année. C'est un savant mélange entre le récit initiatique classique, la fable écologique et le récit mythologique avec le savoir faire du duo Clements/Musker. Car c'est peut être le seul point faible du film. Le scénario qui est en apparence peu complexe et sans surprise décevra une partie des gens, mais comme tout bon artiste, les réalisateurs connaissent leurs partitions sur le bout des doigts et livre un modèle de récit équilibré à tous les niveaux qui respecte en tout point les principes du monomythe de Joseph Campbell. L'héroine Vaiana est irrémédiablement attirée par l'océan, une aventure qu'elle ne tente pas de tout de suite car sa tribu à besoin d'elle, mais son mentor (La grand-mère) la pousse à y aller. Son décès est l'acte déclencheur à son voyage durant lequel elle subira des épreuves, dépassera son statut initial et trouvera un allié de poids, le demi-dieu Maui, jusqu'à la résolution de sa quête. C'est classique, je le conçois, mais c'est aussi clair, limpide et extrêmement bien exécute et raconté. La spécificité venant alors de la touche mythologique et culturelle que le film ajoute au récit.

Maui le personnage doublé par Dwayne Johnson en version originale est l'une des légendes les plus connues dans la mythologie polynésienne, histoire qui se transmet traditionnellement de façon orale. On le retrouve dans bons nombres d’îles, que cela soit en Polynésie, Micronésie ou encore Mélanésie. Parfois le nom diffère, ou le rôle, mais il a toujours sa place quoi qu'il arrive dans les récits oraux de ces cultures. Celui qui s'en rapproche le plus ici, c'est le Maui décrit dans la culture Maori. Il a était abandonné par sa mère, il a un hameçon, il donne le feu aux hommes et permet un équilibrage du cycle de jour et nuit en capturant le soleil. Et on retrouve ça dans le film grâce aux tatouages de Maui, qui soit y en passant est un art important dans la culture maori, De plus ils complètent de manière détournés la mythologie du personnage en réécrivant « sa mort ».

Il essaye de dérober l'immortalité à Hine-nui-te-po (la déesse de la Nuit et de l'Au-delà ) pour l'offrir aux hommes, mais la déesse s'en aperçoit et le tue. Dans le film de Musker/Clements, la quête est similaire pour lui, il veut dérober le cœur de Te-fiti pour offrir « la création » aux hommes, pour être apprécier mais aussi pour qu'ils puissent faire ce qu'ils désirent, créer à l'infini, car qui dit création, dit donner la vie et accéder ainsi à une forme d'immortalité. Mais cela sera aussi le nœud du problème, parce qu'il bouleversera l'ordre établi et l'équilibre dans le monde.

Le duo Musker/Clements récite leurs gammes avec une aisance qui frôle l'insolence. Si le scénario est certes classiques, la culture polynésienne insuffle ce qu'il faut de nouveauté et de mysticisme pour nous emporter avec eux. Du début à la fin c'est un sans faute en termes de rythmes, de découpages et de montages ou l'on a le tend d'apprécier à leurs justes valeurs les différents personnages (Maui, Vaiana), les péripéties qui les touchent et qui rendent hommage au cinéma, notamment lors de l'assaut des Kakamoras qui dans un élan mad-max fury roadesque livre une excellent scène d'action, qu'un clin d'oeil amoureux à l’œuvre de Miller. L'animation est au top de ce que l'on connaît chez Disney, c'est généreux, fluide et vraiment très beau. Le rendu incroyable est par instant proche du photo-réalisme, tant dans la modélisation de l'eau que des divers paysages qui entourent les protagonistes. La direction artistique et les choix en termes de chara-design sont réussis et totalement assumée. Tout comme le doublage du film qui donne tout le caractère nécessaire aux divers personnages, avec comme figure de proue Auli'i Cravalho et Dwayne Johnson.

A ça il faut ajouter les nombreuses chansons écrites pour le film qui vu les réalisateurs nous rappellent sans forcer leurs plus belles heures. On doit cela à trois personnes, à Mark Mancina, à Opetaia Foa'i du groupe néo-zélandais « Te Vaka » et au populaire Lin Manuel-Miranda, créateur du fameux spectacle de Broadway « Hamilton ». Un regroupement de talent qui fait mouche et qui habille par des belles mélodies l'ensemble du film et les péripéties des personnages. Subtil mélange de chanson en langue anglaise et en langue tokelau (langue polynésienne) pour un résultat des plus dépaysant. Ils n'en oublient pas cependant de marquer les esprits avec quelques morceaux emblématiques comme « You're Welcome » chanté par Dwayne Johnson, « Shiny » écrit et interpréter par Jemaine Clement ou encore « How Far I'll Go » interpréter par Auli'i Cravalho. Une bande originale excellente qui est un véritable plus pour le film.

Si au final le message du film est simple dans le sens ou il ne faut pas renier ce que l'on est au fond de nous, il s'accompagne à mon humble avis d'un sous-texte écologique puissant et de circonstance. Maui en volant le cœur de Te-fiti pour le donner aux hommes, pille en réalité les ressources essentielles pour que les habitants et la terre puisse vivre et se développer. Petit à petit les ressources se tarissent, les cultures pourrissent, les poissons ne sont plus la, bref une façon imagée de voir le réchauffement climatique, ce qui est d'autant plus frappant que ce sont les habitants des îles du pacifique et d'ailleurs qui sont les premières victimes de ça. Mais voilà, la fatalité n'est pas une solution pour les auteurs du film, qui croient que l'on peut encore changer, que l'on peut sauver cette bonne vieille terre et que cela nous appartient à nous de faire les bons choix. Et si pour certain la fin paraît mièvre au possible, elle est un beau message d'espoir …

Un soupçon de mythologie, de poésie et d'aventure pour une quête enivrante 
"YOU'RE WELCOME"

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Que dios nos perdone


À Madrid, durant l’été 2011. La crise économique ébranle la société et provoque la naissance du mouvement social 15-M, celui des Indignés. De surcroît, des milliers de pèlerins débarquent dans la capitale espagnole pour y accueillir le Pape. C’est dans ce contexte que les policiers Alfaro et Velarde ont pour mission d’arrêter de manière « discrète » un assassin présumé. Mais la pression exercée et la course contre la montre leur feront prendre conscience d’une terrible vérité : dans quelle mesure sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que Dios nos Perdone – 9 Août 2017 – Réalisé par Rodrigo Sorogoyen

Depuis quelques années j'essaye tant bien mal de suivre ce que le cinéma espagnol nous propose ! Et vu qu'il n'est pas évident de les découvrir en France, je me contente des 2/3 films que les distributeurs achètent et les films qui sortent en DTV. Bref depuis, une constante revient dans les films que je découvre, c'est qu'il y a toujours (parfois dans un degré moindre) un angle social, voire politique et c'est une fois de plus le cas avec « Que Dios nos Perdone » !

Madrid est en ébullition, car elle s’apprête à recevoir le pape lors des journées mondiales de la jeunesse. La ville à beaucoup de mal à faire face à tout cet afflux de pèlerins venus pour l'occasion, surtout que le pays est aussi révolté par la gestion de la crise économique qu'ils viennent de traverser, une révolte qui a vu émerger le mouvement des indignés sur la place Puerta del sol le 15 mai 2011. C'est dans ce climat électrique qu'un tueur en série sème la mort dans Madrid en violant et mutilant des personnes âgées. Cette affaire aussi délicate que particulièrement éprouvante est confiée a deux policiers aux profils radicalement différents. Le premier, Alfaro est un inspecteur instinctif et brutal ; le second Velarde, complexé par un bégaiement prononcé est plus discret mais il n'est pas pour autant incompétent. Un duo atypique qui doit faire vite et discrètement, car si l'affaire sort au grand jour, cela sera catastrophique pour la ville et pour la réputation de la police. Une pression supplémentaire qui s'ajoute à l'horreur de l'affaire et qui va les mettre au pied du mur, face à eux même et à leurs propres démons ….


Rodrigo Sorogoyen après deux romances, signe ici son troisième film. Un thriller poisseux et radical de grande qualité, qui se place dans la droite lignée des autres représentants espagnols sortie cette année en France. On plonge ainsi dans une Espagne en pleine crise, d'un coté la jeunesse sacrifiée par un pouvoir corrompu se soulève avec le mouvement des indignés, pendant que de l'autre l'Espagne Catholique accueille le pape et les journées mondiales de la jeunesse en pleine crise des valeurs. Un contexte agité dont Sorogoyen et sa scénariste Isabel Pena s'empare pour livrer une histoire sur la violence qui gangrène le cœur de chaque homme …

L'intrigue du film est plutôt classique, c'est l'histoire d'une enquête sur un violeur et tueur en série. Un récit qui est toutefois brillamment articulé, notamment autour d'une poursuite centrale qui prend place dans le centre de Madrid. Bascule narrative qui nous plonge dans une ambiance encore plus sombre et désespérée. C'est là que le vrai sujet à mon humble avis prend vie, a savoir le portrait de trois hommes, deux policiers et un criminel qui font de ce film ce qu'il est, une interrogation sur la nature de la violence chez l'homme. D'un point de vue moral, le film respecte les carcans de « gentil » et de « méchant », mais quand on gratte sur la surface, il n'y en a pas un pour vraiment rattraper l'autre. Ce sont les produits d'une vie, d'une éducation, souvent catholique, et d'une société patriarcale ou tout ne tourne qu'autour de l'image de « l'homme », fort et viril ! Une violence naturelle, profondément ancrée en eux, qui rend cette histoire encore plus terrifiante, car il n'y a pas de monstre, juste des hommes.

Rodrigo Sorogoyen s'attelle à montrer cela pendant les deux heures que durent le film. Une ambivalence entre ce que l'on voit et ce que l'on renvoie qui se traduit aussi bien dans les actes que visuellement. Un contraste saisissant entre l'ambiance aride et poisseuse des rues madrilène par exemple et l’intérieur aseptisé de l'appartement de Velarde ou encore avec la chaleur et la bonhomie d'Alfaro. Mais ce travail là, admirablement menée par le réalisateur et son chef op Alex de Pablo continue dans la deuxième partie du film ou ils ramènent de la couleur, de la variation et des sentiments, signe d'un récit qui s'emballe et ou chacun des protagonistes se retrouvent face à lui-même. Un rythme qui va crescendo et que le réalisateur maîtrise habilement, alternant les scènes d'expositions et les scènes violentes avec précaution, avec comme point d'orgue cette poursuite centrale fabuleuse.

Longue, imprévisible, sans fin, filmé caméra à l'épaule, on s'épuise au rythme des protagonistes, de plus en plus fatiguer, par la chaleur, par le poids de la tache et par l’impossibilité de coincer le criminel ! Une séquence pivot bien monter que Rodrigo Sorogoyen nous livre avec beaucoup d'application. A cela on peut ajouter une partition musicale signé Olivier Arson particulièrement anxiogène, qui résonne lourdement à chaque fois et qui amplifie le malaise de certaines séquences; les décors de Miguel Angel Rebollo, notamment des appartements, qui alternent entre épure (appt de Velarde) et habitats surchargés, des endroits détaillés et bien penser.

Quant au casting, c'est de la bombe tout simplement ! Javier Pereira dans le rôle d'Andres (le méchant) est un excellent choix. L'homme normal par excellence, courtois et poli, on ne se doutes de rien et c'est nombreux actes délictueux n'en sont que plus terrifiants. Puis il y a l'excellent Antonio de la Torre dans le rôle de Velarde. Impeccable caméléon qui surprend avec ce rôle de policier bègue, presque mutique, l'acteur tout en retenue ne cesse jamais de nous étonner pendant ces deux heures. Et enfin il y a Roberto Alamo, Goya du meilleur acteur en 2017, véritable révélation à mes yeux ! Il est épatant, sous sa carapace de machisme, il montre aisément toutes les failles de son personnages avec un jeu fait de coup d'éclat et de nuance, avec la touche de naturel qui désarçonne. Une excellente performance pour un goya amplement méritée ! 


Un thriller qui mérite le coup d'oeil !

Ran


Dans le Japon du XVIe siècle, le seigneur Hidetora Ichimonji décide de se retirer et de partager son domaine entre ses trois fils, Taro, Jiro et Saburo. Mais la répartition de cet héritage va déchirer la famille.
Ran – 25 Septembre 1985 – Réalisé par Akira Kurosawa

Le seigneur Hidetora Ichimonji arrive bientôt au bout d'une vie agitée, faite de conquêtes et de guerres, pour enfin laisser la place à ses enfants. Lors d'une partie de chasse parmi des milliers, il décide de passer la main et de le dire à ses trois enfants. L’aîné Taro devient le chef du clan et hérite du plus grand des châteaux, quand Jiro et Saburo hérite eux aussi des deux derniers châteaux, devenant aussi les vassaux de leur frère. Une obéissance que leur père justifie par le fait d’être unie. Taro et Jiro ne disent rien et abondent dans son sens, sauf Saburo qui ne comprend pas cela, vu que leur père à acquis sa puissance en usant de la traîtrise. Prenant cela pour une menace, Hidetora bannit son fils. Débarrassé de toute menaces, Hidetora abdique et Taro accède à la tête du clan. Hélas c'est ce qui signera le début de la fin de l’ère Ichimonji. Taro se laisse aveuglé par le pouvoir et par le désir secret de revanche de sa femme qui à vu son clan dévasté par l'armée de son père. Peu à peu le chaos s'installe dans la famille et Hidetora sera alors le témoin désabusé de la chute de son empire …

J'ai découvert ce film lorsque j'avais une dizaine d'années, un film qui à défaut de rester imprimé dans ma tête, m'a laissé ce goût de la démesure que j'avais ressenti et en le revoyant c'est ajouter la maestria d'un réalisateur talentueux, celle de Akira Kurosawa. Une redécouverte complète de bout en bout qui ne fait que confirmer que j'apprécie énormément les films d'époque de Kurosawa, les fameux Jidai-Geki qui vous transporte dans le Japon médiéval, avec des seigneurs, des guerres, des trahisons et des gigantesques batailles.

S'inspirant de la pièce « Le Roi Lear » écrite par William Shakespeare, les scénaristes abandonnent la grande Bretagne pour le Japon médiéval. Exit le Roi et ses trois filles, place au daimyo Hidetora Ichimonji et ses trois fils. L'intrigue porte sur le destin du clan Ichimonji, de l'héritage que laisse Hidetora et de la trahison successive de ses deux plus vieux fils. C'est à la fois très simple dans sa construction et très complexe dans ses ramifications, car il ne s'agit pas que du destin des Ichimonji mais bien de payer les affres d'une vie faite de violences, avec ce que cela implique comme conséquences. C'est ainsi que le film mêle vengeance, trahison, politique, cupidité, pouvoir, haine, jalousie et héritage ou l'autorité d'un père ne peut aller contre la soif de pouvoir de ses enfants, ou une femme qui a vu son clan exterminé fomente sa vendetta avec patience et ou des frères se jalousent entre eux quitte à faire plonger leur père dans la folie …

Une histoire tragique qui synthétise bien des thèmes de Kurosawa, entre le bien et le mal, entre le ciel et l'enfer, entre la dualité qui existe en chaque homme et sur les puissants qui méprisent les plus démunis. Un regard sans concession et intransigeant sur le monde des hommes qui méprisent leurs prochains, qui prend ce dont ils ont envie sans se soucier un seul instant des conséquences de leurs actes, se construisant une bulle de bonheur, sur les cendres encore chaudes du malheur qu'il ont causé! Un sentiment que l'on peut apercevoir dans certains de ses précédents films, comme « Un merveilleux dimanche », « les bas-fonds » ou encore « Les salauds dorment en paix » …

Ce qui frappe quand on regarde « Ran » avant quoi que ce soit d'autre, c'est la beauté picturale de l'ensemble du film. Akira Kurosawa a savamment pensé son film, que cela soit des le début avec la partie de chasse qui finit en pleine montagne, symbole de la passation de pouvoir entre le père, figure déifiée, et ses enfants, ou encore par la narration maîtrisée qui nous entraîne dans la chute de ce clan. Jusqu'au final, cruel et sans concession. C'est admirable de bout en bout et l'on ne s'ennuie absolument jamais, Akira Kurosawa nous gratifiant même d'une incroyable scène de bataille en milieu de film, intense, désespérée et violente, avec un décor naturel et des milliers de figurants. Et c'est la que tout le génie du réalisateur opère, visuellement chaque plans est extrêmement bien détaillé, bien composé, avec soin et minutie qui dénote du travail colossal de Kurosawa. Il a mis près de dix ans à storyboarder à la peinture chaque plan et cela se ressent au final, car c'est un rendu très proches de la peinture qui donne une ampleur démesurée à un bon nombre de séquences. De plus le film ne fait jamais l'économie d'un décor reconstitué, comme le château incendié, ou bien évidemment des costumes fait main, sublimes et colorés qui ont demandé près de deux ans pour les réaliser et qui rajoute encore une couche en terme d'authenticité.

Bref un travail d'une immense qualité que l'on retrouve dans la prestation des différents acteurs qui composent le casting du film. Celui qui m'a marqué et qui vous marquera à coup sur, c'est la prestation sans faille de Tatsuya Nakadai dans le rôle de Hidetora Ichimonji. A cheval entre une interprétation théâtrale et une retenue sans faille, il incarne toutes les facettes de son personnage avec un grand soin et une intensité qui ira crescendo. Une mue sans aucun mesure qui s'accompagne d'un travail de maquillage somptueux, allant presque nous le faire passer pour homme qui porte son masque de mort. Mieko Harada incarne Kaede la femme de Taro (Akira Terao) et elle compose un personnage trouble mue par un sentiment de haine très profond. Un sentiment qu'elle fera passer peu à peu, se dévoilant avec malice jusqu'à réussir sa vengeance, avec froideur et détermination. Puis on trouve les trois enfants joués par Akira Terao, Jinpachi Nezu et Daisuke Ryu, un mélange de cœur, d'arrivisme et de trahison. Et enfin pour finir on peut compter sur Shinnosuke Ikehata l'inoubliable bouffon d'Hidetora, Hisashi Igawa et Masayuki Yui ! 

Magnifique, puissant et inoubliable 

Ran par Kevin Tong

Barberousse


Début 19ème siècle. De retour à Edo après trois ans d'études à Nagasaki, le jeune docteur Noboru Yasumoto est décidé à y faire une brillante carrière. Il rêve d'une nomination dans l'hôpital du Shogunat. Sa connaissance de la médecine occidentale et ses origines le destinent aux plus hautes sphères médicales. Mais sa première affectation l'envoie dans un quartier très pauvre de Tokyo, à la clinique de l'intransigeant Dr Niide dit "Barberousse". Égoïste et arriviste, le docteur est mécontent d'être aux ordres d'un médecin dans un endroit qui ne correspond pas à son diplôme et à son ambition. Mais peu à peu, Yasumoto surmonte son amère déception et s'attache aux malades et à son étrange patron. Barberousse est un médecin atypique au cœur pur entièrement dévoué à la cause des plus pauvres. En fréquentant les laissés pour compte de la société, Noboru s'humanise...
Barberousse – 3 Avril 1965 - Réalisé par Akira Kurosawa

« Poverty's a political problem they say. But what has politics ever done for the poor? Has a law been passed to get rid of poverty and ignorance? »

Cinquante deux ans ont passé depuis la sortie au japon de « Barberousse » et Akira Kurosawa a encore eu le regard juste sur son époque et sur ce qu'allait être le monde de demain. Un monde ou ne donne pas les moyens à son école de fonctionner correctement, ou l'on supprime 5 euros d'APL a des étudiants, ou les personnes dans le besoin sont des assistés, ou le personnel soignant est tellement a bout que les suicides se multiplient et ou l'on empêche des migrants de se nourrir et boire quand d'un autre coté on ne pense que compétitivité, facilité de licenciement, plafonnement des indemnités prud’homales et limitation dans le temps de l'assurance chômage! Alors comment peut on faire preuve d'humanité dans une société qui n'a plus le nom que d'humain ? Si ce n'est par l'altruisme le plus profond et le don de soi ! C'est ce que Akira Kurosawa développe ici, pendant 3 heures, à l'ombre du docteur Kyojio Niide plus communément appeler « Barberousse » !

Noboru Yasumoto est un jeune docteur qui vient de finir ces études à Nagasaki et qui ambitionne pour la suite de sa carrière, de devenir le médecin personnel du shogun. Sauf qu'a sa grande surprise, il est affecté au dispensaire local et se retrouve face à un monde qu'il n'avait pas choisi, celui de la pauvreté. Il découvre lors de son arrivée le dispensaire, que le docteur Mori lui fait visiter en détail, non sans une pointe de cynisme, soulignant l'odeur des pauvres et la dureté de leurs métiers. Il lui raconte aussi les conditions qu'imposent « Barberousse », l'intransigeant maître de ces lieux ! Lorsqu'il le rencontre, l'accueil est froid, mais il lui montre de l'attention, un altruisme étrange pour quelqu'un qu'on lui a dépeint comme un tyran. Mais s'estimant malgré tout floué par cette affectation, Yasumoto décide de faire ce qui est possible pour que « Barberousse » le renvoie, en commençant par refuser de porter les habits de médecin qu'on lui donne à son arrivée …


Pour Akira Kurosawa c'est la fin d'une ère et cela sur bien des plans. Tout d'abord ce film marque la fin de sa collaboration fructueuse avec son acteur fétiche Toshiro Mifune, c'est aussi la fin de son contrat d'exclusivité avec le studio « Toho » et son dernier film en noir et blanc. Mais ce n'est pas pour autant la fin de Kurosawa et ça il le prouve en ajoutant à son immense filmographie, un nouveau jidai-geki, son genre phare, une œuvre somme, un chef d’œuvre qui se nomme « Barberousse » !

Ce film est l'adaptation d'un roman, celui de Shūgorō Yamamoto intitulé « Akahige Shinryotan » sortie en 1958. Un auteur qu'il retrouve après avoir adapté « Jour de Paix » avec le film « Sanjuro » trois ans auparavant. Et pour ça, il s'entoure à nouveau de ses fidèles collaborateurs, comme Hideo Oguni, Ryūzō Kikushima et un nouveau en la personne de Masato Ide qu'il retrouvera sur « Ran » et « Kagemusha » quelques années plus tard. Si le film se nomme « Barberousse », le vrai héros du film, la figure principale c'est Yasumoto ! L'histoire principale se concentre sur lui, sur son insolence et sa vanité, des valeurs contraire à celle que prône son chef. Et tout consiste à montrer comment il va peu à peu devenir quelqu'un de meilleur et surtout de plus attentionné pour ses patients. Un changement que le personnage de « Barberousse » accompagne tout au long du film, non pas sans quelques réflexions bien senties, mais par l'exemple ! Une abnégation qui touche fortement notre jeune médecin, tout comme le destin de plusieurs patients, qui finiront de lui faire prendre une voie différente, plus simple, mais plus noble d'esprit !

Un récit emprunt de l'humanisme cher à Akira Kurosawa qui lui permet de développer plusieurs thèmes. Celui du « héros », de la relation « maître/disciple », de la transmission entre les générations et sur la maladie comme conséquence de la pauvreté et de l'ignorance. On retrouve donc deux formes de héros, celui plus classique et valeureux avec « Barberousse », mais aussi le héros du quotidien avec la figure du médecin (Attention pas le médecin moderne, qui passe ses patients à la file sans vraiment t'ausculter et qui ne fait que prendre ton argent). La relation Barberousse/Yasumoto, similaire a celle entre un élève et son sensei rythmera le film et Kurosawa met en parallèle cela avec le fait de transmettre ce que l'on sait à l'autre ! Une transmission inter-générationnelle évidente pour le réalisateur et que ses personnages mettent en pratique. Ce qui nous amène a parler du fond du film, celui qui est mis en exergue par « Barberousse » ! Ce médecin se consacre corps et âme à son métier et fait ce qu'il peut pour soigner ses malades, sauf qu'il n'est pas dieu et qu'il sait que c'est un combat de longue haleine qu'il ne peut mener seul. Une critique sans concession envers l'élite de son pays qui ne se préoccupe pas pour lui de la pauvreté, un constat amer qu'on constate de nos jours et que Kurosawa développera encore plus dans le film qui suivra « Dodes'kaden » !

En 1963 avec « Entre le ciel et l'enfer », Akira Kurosawa bat une troisième fois son record personnel au box office japonais, encore mieux c'est le film japonais qui a le plus de succès cette année là. l'Empereur comme on le nommait à donc eu les moyens qu'il désirait pour montrer à l'écran ce qu'il voulait (Décors grandeurs natures, bois vieux d'un siècle, costumes faits mains et vieillis avant le tournage) ! Le résultat est magnifique. Le réalisateur maîtrise son film du début à la fin et rythme idéalement le récit malgré la durée de trois heures. Un équilibre parfait entre rébellion et émotion, froideur et candeur, ou encore entre la vie et la mort. Une narration qui constamment se répond, par un habile jeu de miroir, ou Kurosawa alterne avec des moments de vies, des actes de médecines et des scènes plus tragiques et spectaculaires.


Puis que ça soit par le mouvement qu'il instille dans chaque scène, ou par la composition de ces cadres, c'est toujours pensé avec une extrême minutie, l'image fourmille de détails et rien n'est là par hasard. On peut ajouter à ça le travail des deux chefs opérateurs, Asakasu Nakai et Takao Saito, qui contribue à cette perfection visuelle, par ce joli noir et blanc légèrement vaporeux, voir doux, qui apporte cette lumière dans l'obscurité. Et il y a des scènes qui sortent du lot; la rencontre entre Yasumoto et Oyumi ou Akira Kurosawa raconte à la fois les traumatismes qu'Oyumi a subit, mais aussi la menace qu'elle représente désormais, avec l 'utilisation de la longue focale et une composition millimétré, écrasant la profondeur pour mieux nous emprisonner comme Yasumoto ! On trouve aussi la scène de bagarre ou « Barberousse » se bat avec une douzaine d'hommes à la solde d'une maquerelle qui ne veut pas laisser une petite fille se faire soigner. Une scène qui a pris de l'ampleur par rapport au livre, mais qui bénéficie de la maestria de Ryu Kuze pour la chorégraphier, sur la science du cadre de AK et sur les capacités de pratiquant d'art martiaux de Toshiro Mifune. Ou encore cette scène ou Yasumoto entend pour la première fois, le dernier souffle d'un mort, une scène dure, éprouvante et tétanisante de réalisme grâce notamment au travail sur le son.

Quant au casting, c'est un sans faute ! Yuzo Kayama joue l'apprenti Yasumoto. Il délivre une partition juste et se montre l'égal de son illustre aîné Toshiro Mifune. Jeune chien fou pendant une première partie, ou l'on sent le bouillonnement intérieur qui l'anime, il se calme progressivement, son visage devient alors plus sur et bienveillant. Toshiro Mifune qui signe ici son dernier film pour Akira Kurosawa incarne le héros parfait, magnétique et charismatique, qui ne laisse passer que quelques failles ! Un personnage attachant ou l'acteur fait preuve d'un calme et d'une justesse à toute épreuve, alternant les attitudes et sentiments avec aisance. On trouve aussi Tsutomu Yamasaki incarne le touchant Sahachi, Reiko Dan c'est Osugi, Yoshio Tsuchiya le Docteur Mori, Kyoko Kagawa qui joue Oyumi (la mante religieuse), excellente dans son rôle ; Terumi Niki qui joue Otoyo vous brise le cœur par son empathie, sa délicatesse et sa force, tout comme Yoshitaka Zushi dans le rôle du petit Choji, mendiant chapardeur instantanément attachant. 

Droit, profond et humaniste, tel est la voie de Akira Kurosawa ... 


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Indiana Jones et la Dernière Croisade


L'archéologue aventurier Indiana Jones se retrouve aux prises avec un maléfique milliardaire. Aux côtés de la cupide Elsa et de son père, il part à la recherche du Graal.

Indiana Jones et la Dernière Croisade – 18 Octobre 1989 – Réalisé par Steven Spielberg

Après avoir visionné une fois de plus les trois premiers Indiana Jones, une chose est désormais claire, le second opus malgré toutes ces qualités intrinsèque est une anomalie. A l'époque George Lucas voulait que le second soit dans une tonalité plus sombre, comme un certain « Empire contre-attaque », une idée que Spielberg approuvait qui hélas n'a dans le contexte aucun sens, surtout si on compare ça au second volet de Star Wars. En résulte alors un Indiana Jones extrêmement misogyne et un personnage féminin mal écrit, aberrant de bêtise, dont Lucas admet après coup qu'il avait rendu ça bien plus sombre qu'au départ, car il était entrain de divorcer et qu'il n'était pas dans le bon « mood ». Des critiques à mon sens fondées qui pousseront le troisième film à revenir vers l'esprit du premier volet et donc quoi de mieux que de partir à la recherche du Saint Graal dans « lndiana Jones et la Dernière Croisade ».

Des son plus jeune age Indiana Jones est passionné par l'histoire, une façon pour lui aussi d'attirer l'attention de son père Henry Jones. Alors qu'a l'age de treize ans il était scout, Indiana avec un groupe d'amis tombe sur des pilleurs de tombes. Indiana reconnaît alors dans les mains de l'un d'eux « La croix de Coronado », un objet précieux qu'il ne peut se résoudre voir partir entre les mains des bandits. N'écoutant que son courage, il la vole et part au galop pour la mettre en lieux sur, tenant la dragée haute à des hommes expérimentés, mais hélas il ne peut empêcher la restitution de la dite croix à l'homme qui menait cette expédition. Impressionné par le culot du jeune Indy, il lui donne son chapeau, un présent qui l'accompagnera toutes sa vie. 1938, le monde s’apprête à basculer dans le chaos à cause de l'Allemagne Nazie. Une Allemagne qui cherche à mettre toutes ces chances de coté en partant à la recherche du Saint-Graal. C'est ainsi qu'Henry Jones, le père d'Indiana, le plus grand spécialiste sur le Graal est porté disparu. Jones prévenu par Donovan, part à Venise à la recherche de son père.

On revient au basique et cela fait du bien ! Ce n'est pas un séquel, mais la suite du film « Les aventuriers de l'arche perdue » et surtout c'est un film qui verse pas dans « la dark attitude » pour rien et de façon artificielle. Pourtant ce n'était pas gagné, car les premières versions du scénario écrites par Chris Columbus prolongées la thématique du film précédent, allant même parfois très loin, avec des fantômes ou encore des zombies. Mais tout ceci est écarté au profit une fois de plus des « Nazis », du « Saint-Graal » et de la venue du papa de Indiana Jones, un triptyque un poil redondant (sauf sur ce qui concerne le père) mais au combien palpitant à suivre.

La grande nouveauté du film, c'est la présence à l'écran de Sean Connery dans le rôle du père d'Indiana Jones, l'érudit Henry Jones. Un ajout à la mythologie Indiana Jonesque judicieux qui enrichit le personnage principal, tout en créant une nouvelle dynamique à l'écran et surtout cela permet de développer des thématiques chères à Steven Spielberg. La relation père/fils est au centre du film et se substitue clairement à la quête du Graal. Indiana Jones n'est pas à la recherche de cet artefact légendaire mais à la recherche de ce lien qui les unit lui et son père. Pendant deux heures, de péripéties en péripéties, de nazis en nazis, le récit s'attelle à recréer une relation durable entre ce père absent et son fils intrépide ou les incompréhensions sont légions, les sermons récurrents, mais qui sont muent par le même amour de l'histoire. Une passion qui se transformera en une confiance réciproque lors d'un climax tétanisant ou le père guidera le fils et ou le fils retrouvera foi en son père.

Quant à la réalisation, c'est une nouvelle fois du grand art ! Steven Spielberg fait preuve cette fois ci d'un grand sens comique, notamment en exploitant à merveille l'alchimie du duo Harrison Ford/ Sean Connery qui s'en donne à cœur joie. Un rire communicatif, des situations burlesques et une énergie communicative qui nous plonge au cœur de ce tandem inattendu, jusqu'à l'immense scène de fin dans le temple ou l'on passe du rire a l'émotion avec une aisance folle. Une maitrise de tout les instants, qui tire tous les autres acteurs du film vers le haut, comme le travail de Douglas Slocombe à la photographie, le montage réussit de Michael Kahn, les décors de Peter Howitt d'une grande minutie ou encore toute la direction artistique du film supervisé par Stephen Scott qui nous place dans la continuité visuelle du premier film. Puis il y a une nouvelle fois le génie de John Williams qui signe une composition sublime, épique et qui clôture le film avec le thème phare de la saga.

Le casting est une nouvelle fois de plus excellent ! On trouve d'abord River Phoenix qui est un parfait Indiana Jones jeune, intrépide, insouciant et un brin natif, il donne de l'épaisseur au Indy senior de part l'intensité de sa composition. Ce qui fait que l'on voit Harrison Ford sous un œil nouveau, notamment grâce a ce qu’amène l'introduction du père, il est encore plus sur de lui, sauf quand son père est dans les parages, ce qui lui renvoi ces propres faiblesses à la figure. Une composition plus nuancée qui rend indiana jones encore plus attachant. Comme dit plus haut, c'est Sean Connery le père de Indiana Jones et c'est un choix judicieux tant cela semble naturel. De plus Sean Connery se révèle être extrêmement drôle et ce n'est pas tous les jours que ça arrive. Après on trouve Denholm Elliott dans le rôle de Brody et John Rhys-Davies dans celui de Sallah. Seul point faible, ce sont les méchants incarnés par Alison Doody et Julian Glover qui ne sont pas à la hauteur du reste du casting, car leurs personnages manquent de clairement de consistance … 

Une dernière croisade salvatrice 


Zootopie


Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia ! Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …
Zootopie – 17 Février 2016 – Réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

La satisfaction de l'année 2016 au cinéma, c'est l'animation. Alors bon j'ai fait l'impasse sur « Le Monde de Dory », « Comme des Bêtes » ou encore « Les Trolls », mais je me suis fait énormément plaisir avec trois d'entre eux. L'un est sorti en face du premier spin-off star wars, c'est « La Jeune fille sans mains » réalisé par Sébastien Laudenbach, une revisite des frères Grimm cruelle et poétique ; puis fin novembre c'était au tour de l'excellent « Vaiana : La légende du bout du monde » qui mettait à l'honneur la culture polynésienne, le tout par les réalisateurs d'Aladdin et enfin « Kubo and the two strings » l'admirable conte en stop-motion de Travis Knight. Trois films tous étonnants à leurs manières que j'aurai plaisir à revoir, cependant il en manque un pour être un peu plus exhaustif et c'est « Zootopie » le hit de début d'année du studio Disney. Un film presque unanimement salué qui remet au goût du jour les histoires avec des animaux anthropomorphique …


Judy Hoops est une jeune lapine de neuf ans qui ne rêve que d'une chose « Zootopie ». Cet endroit est la grande ville ou tous peuvent vivre ensemble, proies comme prédateurs. Une envie qu'elle expose lors d'un spectacle à l'école, en même temps qu'elle annonce son souhait de devenir policier. Ces parents qui sont des humbles cultivateurs de carottes espèrent la décourager, mais les convictions sont plus fortes que tout et des qu'elle a pu, elle est rentrée à l'académie de police. Un premier pas dans la vie hésitant, elle n'a pas le même gabarit que tous les autres inscrits, mais avec détermination, ruse et agilité elle finit major de sa promotion et lors de la remise des diplômes, le maire Leodore Lionheart la nomme lieutenant au commissariat central de Zootopie. Judy folle de joie ne quitte pas ses parents sans un léger pincement au cœur et un brin d'angoisse. Malgré ça, la nature enthousiaste de Judy refait vite surface et même si l'accueil qui lui est réservé est glacial, elle s'acquitte de son travail avec sérieux. Sauf qu'elle en veut plus, elle veut mener des enquêtes et être plus utile qu'en dressant des contraventions et c'est par le plus grand des hasards qu'elle acceptent sans l'accord de son chef un dossier sur une disparition. Une enquête qui va la ramener vers un arnaqueur de première, le renard Nick Wilde. Ensemble ce duo atypique va mettre à une énorme machination …

Bref si au final il ne dépassera dans mon cœur « Kubo and the two strings », ce nouveau classique d'animation Disney est vraiment intéressant et surtout d'une grande richesse thématique. Pour mettre cela en œuvre, on trouve aux manettes l'un des co-réalisateurs de « Raiponce » Byron Howard, le réalisateur de « Wreck it Ralph » Rich Moore et enfin Jared Bush qui à travailler sur « Big Hero 6 », sur le scénario de « Moana » et de Zootopie. Si dans un premier temps, le film devait être un film d'espionnage à la James Bond avant de basculer vers le buddy-movie avec un duo ou Nick Wilde aurait été le personnage principal et Hoops son faire-valoir. Mais un an avant ils réalisent que l'intrigue fonctionnerait mieux en inversant les rôles et c'est ainsi que l'on découvre le destin de Judy Hoops dans la magnifique cité de Zootopie. Une décision intelligente qui prend tout son sens vis a vis des thématiques abordées.

Mi policier, mi buddy movie, l'intrigue brasse à merveille les deux genres dont on retrouve les principaux marqueurs. Ceci dit c'est là mon principal reproche que je peux faire au film. Que cela soit au début, ou tout au long du film, on est jamais surpris ou bousculé par ce que l'on suit à l'écran. L'intrigue policière ? Quiconque aura vu plus de deux, trois films de ce genre verra les rebondissements arrivés et la dynamique entre les personnages ne dépaysera pas les habitués du buddy-movie. Si je trouve ça classique et sans surprise, cela ne l’empêche pas d’être bien écrit et au service d'un fond bien plus riche qu'on ne le croit. L'intrigue est à mon sens secondaire, car le but final n'est pas de savoir qui à fait quoi mais bien de décrire d'une façon systémique une société idéale. C'est la que le film se révèle intéressant et profondément actuel. On est loin de l'utopie comme son nom l'indique, mais plus dans une photographie des cités modernes actuelles, avec leurs qualités et leurs défauts.

On rentre ainsi dans le fameux « vivre ensemble » que les politiques tendent comme une expression magique pour que les gens de différentes communautés vivent en bonne intelligence, mais quand la société perpétue les stéréotypes, le racisme, le sexisme, l'islamophobie, l’antisémitisme, l'homophobie, la transphobie, l'inégalité entre les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, il ne peut y avoir de société apaisé et juste. Un des points du film rappelle d'ailleurs le traitement médiatique et politique post 13 novembre 2015 en France; [SPOILER] Judy qui a découvert pourquoi des prédateurs disparaissaient, stigmatise auprès des journalistes et cela bien malgré elle tous les prédateurs, ce qui engendra moult tensions et amalgames nauséabond [FIN SPOILER]; un parallèle frappant que l'on a pu constater régulièrement et qui montre les mécanismes de nos sociétés contemporaines, basé uniquement sur la peur. Constat pessimiste mais vrai, ou Judy est un vecteur d'espoir que l'on aimerait tous voir fleurir …

Quant à la réalisation, elle s'adapte à l'intrigue avec beaucoup de finesse et fait également des prouesses en termes d'animations. Car qui dit animaux anthropomorphique, dit poils, fourrures et tout ce qui va avec. Et Disney à du se mettre au niveau, crée de nouveaux outils. Une mue qui au vu du rendu final est on ne peut plus réussi, de Nick Wilde à Judy Hoops, du maire Lionheart à son assistante la brebis, le rendu est d'une grande qualité et cela peut importe ce que font les personnages, qu'ils courent, sautent, ou discutent simplement. C'est dynamique, plein d'imagination et cela sait aussi gérer les temps morts à merveille. Une qualité obligatoire pour mettre en image et faire exister un monde aussi vaste que « Zootopie », d'un coté la vaste métropole avec son jeu d'échelle ou le petit côtoie l'infiniment grand, jusqu'au quartier limitrophe qui reprennent les caractéristiques climatiques dont ont besoin certaines espèces comme les panthères ou les ours polaires pour vivre. C'est lumineux, coloré et avec pleins de clins d’œils aux œuvres de Disney, mais aussi à des œuvres de la pop-culture, comme Breaking Bad par exemple.

Meme si l'intrigue policière est convenue et que l'aspect buddy-movie est sans surprise, ça reste un film d'animation ambitieux. Et c'est avec Moana l'un des Disney les plus réussis que j'ai du voir depuis bien longtemps.

Hunt for the Wilderpeople


Elevé dans une famille d'accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se retrouve chez une famille d'accueil aimante, quand une tragédie survient le jeune garçon et Hec, l'oncle de sa nouvelle famille, s'enfuient dans le Bush. Ces nouveaux hors-la-loi vont devoir faire équipe...
Hunt for the Wilderpeople réalisé par Taika Waititi

Sans faire énormément de bruit, peu à peu le néo-zélandais Taika Waititi se pose comme un réalisateur qui compte dans le paysage du cinéma. Comme bon nombre de réalisateur, il commence avec des courts-métrages dont « Two cars, One Night » qui lui valu une nomination en 2005 pour l'Oscar du Meilleur court-métrage avant d’enchaîner par son premier long métrage « Eagle vs Shark » en 2007, suivi de « Boy » en 2010 avant de recevoir un accueil unanime pour son hilarant mockumentaire « What We do In The Shadow ». Cette année arrive sa première grosse production, avec le troisième volet de la saga Thor et qui s'intitule « Thor: Ragnarok ». Un film qui pourrait le faire définitivement exploser à la face du monde et lui permettre de sortir enfin dans nos contrées certain de ces films, comme un certain « Hunt for the Wilderpeople ».

Ricky Baker est un jeune garçon de treize ans comme les autres … Enfin pas tout à fait ! Ricky n'a plus sa mère, ni son père et il est ainsi ballotté de foyer en foyer, se forgeant une réputation d'enfant ingérable. Il le sait, l'assistante sociale le sait et sa nouvelle famille aussi. Malgré tout ce passif encombrant et le manque de tact de l'aide à l'enfance, il est accueilli à bras ouvert par Bella, sa nouvelle « tante ». Une femme au grand cœur qui traite Ricky avec beaucoup d'attention et d'affection, mais le jeune Baker est assez rétif à toute preuve d'amour. Une barrière qu'elle baissera peu à peu, jusqu'à avoir une relation de confiance avec lui. Hélas, le sort s'acharne; alors qu'il était bien dans cette famille (même si « l'oncle hector», le mari de Bella grogne à chaque fois qu'il le vois) il doit faire face au décès soudain de Bella. Une tragédie pour l'Oncle Hec et Ricky, dont les cœurs emplis de tristesse doivent composer avec les services de l'aide à l'enfance, qui annonce qu'ils vont revenir chercher le petit Baker pour le placer ailleurs suite au décès de Bella. Le garçon sait très bien ce qui l'attend et il préfère prendre la tangente, avec ses affaires, son chien et des provisions pour échapper a ce que lui réserve la société. Très vite accompagné de l'oncle hector, cette fuite en avant va faire souffler un vent de contestation au pays du long nuage blanc.

Au final c'est comme je pouvais l'imaginer, c'est un film d'une grande qualité qui surprend tout autant sur le fond que la forme. Cette adaptation du roman « Wild Pork and Watercress » écrit par Barry Crump et réaliser par Taika Waititi s'inscrit dans la veine d'un grand nombre de films pour enfants des années 80/90. Des films qui conjugaient habilement entertainment et un fond à même d'interpeller le jeune public sans l'abrutir et ça le film de Waititi le fait avec bienveillance.

Adaptation oblige, le réalisateur conserve la structure en chapitre qui rythme l’œuvre originale, mais ce n'est en aucun cas un frein car c'est d'une fluidité à toute épreuve et que l'on ne ressent jamais cet aspect. Ce qui donne sans en avoir l'air une histoire proche du folklore maori, de la littérature orale et plus particulièrement des contes et légendes, avec ici comme narrateur un jeune garçon de 13 ans. Un enfant maori à l'imagination débordante qui entre un soupçon de surréalisme et d'exagération entretient sa propre légende qui se forge au fil de l'intrigue. Cependant ce n'est pas qu'un récit plein d'humour, d'aventure, de drame et de tendresse, c'est aussi un récit intergénérationnel entre deux bras cassés, deux exclus de la société, qui vont au contact de l'autre, combler leurs propres manques. Ricky découvre enfin des adultes qui veulent de lui, qui lui offrent un toit, de l'amour, la sensation de compter et surtout. Il trouve une figure paternelle (Hec) qui va le guider, le former et lui apprendre les techniques (The Knack) pour se débrouiller dans la vie. L'oncle Hector (Hec) vie un deuil difficile après la mort brutale de sa femme, mais il retrouve au contact de Ricky l'envie de vivre. Une humanité qu'il croyait avoir perdu et que Ricky lui ramène, perçant la carapace qu'il s'était forgé.

Une histoire à la tendresse infinie qui dresse d'un autre coté une critique de la Nouvelle Zélande et sur les discriminations des minorités dont les Maoris sont victimes. Des les premières minutes du film, Taika Waititi nous met face au malaise du personnage principal. Ce jeune Maori que certains qualifieraient de difficile est devenu un poids pour les services de l'enfance. L'assistante sociale qui à sa charge dresse un portrait bien peu flatteur de Ricky a sa nouvelle famille et elle lui expose clairement la situation « Personne d'autre ne veut de toi ». Un rejet qui fait mal et qui montre de facto la mise à la marge des Maoris dans la société Néo-zélandaise. Le seul choix qui s'impose à Ricky est de s'adapter à sa nouvelle famille ou d'aller dans une prison pour jeune. Une hostilité qui forge le tempérament de notre jeune héros qui ne peut compter que sur lui au début et qui répond à ce monde qui ne veut pas lui comme on le traite, avec méfiance. Une critique qui finit quand même sur une note d'espoir, pleine de promesse et d'une grande solidarité.

Sur son précédent film « What we do in the shadow » qu'il co-écrit et co-réalise avec Jemaine Clement, le réalisateur T. Waititi nous montrait son aisance avec l'humour, avec un sens du timing comique assez dévastateur. Mais ici on est plus dans le faux documentaire, le cadre se fait plus précis, plus fluide et surtout il garde cette approche intimiste ; à hauteur d'hommes que l'on retrouve dans « Boy ». Le réalisateur magnifie ainsi les paysages néo-zélandais (Le bush) à la manière d'un autre célèbre néo-zélandais par d'élégant et majestueux plans aériens, contrepoint parfait aux péripéties de notre duo. Des instants suspendu dans le temps, qui contraste avec l’énergie que Waititi impulse tout au long du film et surtout du rythme qu'il assure par un montage efficace. En résulte un équilibre extrêmement plaisant, que le réalisateur dose à merveille entre les genres, ça alterne aisément entre drame, humour, aventure et action, le tout ponctué de références savoureuses et de dialogues qui font mouches ; jusqu'au climax de fin, qui toute proportions gardées est certainement plus spectaculaire que celui de « Assassin's Creed » réalisé par Justin Kurzel.

Quant au casting il est juste génial. Oui le mot est lancée, mais c'est particulièrement vrai, surtout que personne ne prend le pas sur l'autre. Chaque personnage a sa place et a son moment pour exister. On commence par le caméo du réalisateur Taika Waititi hilarant en prêtre au sermon particulier, puis on retrouve Rhys Darby dans le rôle de l'illuminé Psycho Sam, un survivaliste paranoïaque qui a le cœur sur la main, surtout si c'est pour aller contre l'ordre établi. Rima te Wiata joue Bella, la nouvelle « Tante » de Ricky. Une actrice surprenante pour un rôle qui n'hésite pas à aller contre les poncifs habituels. Elle a du caractère, elle ne manque pas d'humour ni de cet esprit aventureux qui parcours le film. Rachel House que vous pouvez trouver dans « Vaiana » en V.O dans le rôle de la grand-mère ou dans les précédents films de Waititi, elle joue l'impétueuse Paula ! Une agent de l'aide à l'enfance à mi chemin entre l'assistante sociale et un US Marshall interprété par Tommy Lee Jones. C'est une antagoniste de premier ordre qui est aussi terrifiante que particulièrement ridicule des qu'il s'agit de prouver qu'elle aime les enfants. Une chose que ne reniera jamais Sam Neill, il aime les enfants, même si il essaye de nous faire croire le contraire avec le rôle de l'oncle hector. C'est avec beaucoup de sensibilité et de tact qu'il nous rend ce vieil acariâtre sympathique et terriblement attachant. A la manière du jeune Julian Dennison qui en une scène nous montre l'étendu de son talent, il est rebelle, drôle et sensible. Une sensibilité qu'il démontrera pendant 1h40 sans jamais se forcer ni se tromper. Une composition pleine d'audace qui rend son personnage instantanément adorable. 

Un excellent film qui mérite son succès et sa réputation !


Entre le ciel et l'enfer


Actionnaire d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens pour racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a enlevé son fils et qu’une rançon est exigée. Mais, second coup de théâtre, c’est le fils de son chauffeur qui a été enlevé…

Entre le ciel et l'enfer – 1 Mars 1963 – Réalisé par Akira Kurosawa

Après « Les bas-fonds » et « Les salauds dorment en paix », voici « Entre le ciel et l'enfer », le troisième des films de Kurosawa à être sortie début Mai qui vient compléter la collection initiée par Wildside depuis plus d'un an. Trois films que j'ai grandement apprécié et qui sont tous différents, malgré la veine sociale qui les réunis et que le réalisateur exploite avec beaucoup de talent. Ici c'est un film entre deux mondes, entre ceux qui sont privilégiés et ceux qui ne le sont pas …

Kingo Gondo est un ancien ouvrier qui s'est mue en un excellent homme d'affaire ! Il a pu avec le temps devenir l'un des actionnaires importants de l'usine de chaussures ou il a évolué, gravissant les échelons jusqu'à devenir l'un des hommes majeurs de l'entreprise. Un jour il discute chez lui avec des fournisseurs, de nouveaux modèles de chaussures mais très vite la discussion tourne sur une possible alliance pour s'emparer de l'usine. Gondo lui ne veut rien entendre, car secrètement il se prépare à prendre le contrôle majoritaire de l'usine. Un coup de poker qui ne doit pas rater, parce qu'il n'y aura pas de seconde chance. Sur de son fait, il congédie ses encombrants invités et finalise sa future prise de pouvoir, quand il reçoit un coup de fil qui lui annonce que son fils a été enlevé et qu'il doit payer une rançon de 30 000 000 de yens pour le revoir en vie. Heureusement pour Gondo, les ravisseurs se sont trompés et n'ont pas enlevé le bon enfant, mais il lui reste un dilemme payer pour sauver le fils de son chauffeur ou ne pas payer et mener à bien son plan …. .

« Entre le ciel et l'enfer » est un film qui porte bien son nom ! C'est à la fois une promesse (Mise en scène, histoire, personnages) et l'interrogation principale du film, à savoir « Comment l'homme réagit quand il est soumis à un questionnement qui échappe à la morale ». Comme Orson Welles quelques années auparavant avec « La Soif du Mal », le réalisateur Akira Kurosawa porte brillamment ce dilemme à l'écran et fait de Kingo Gondo son « Mike Vargas » !

Akira Kurosawa s'entoure de ces fidèles collaborateurs que sont Eijirô Hisaita, Ryūzō Kikushima et Hideo Oguni pour écrire le scénario de ce film. Il adapte le roman de Ed McBain (Les Oiseaux) « Rançon sur un thème mineur » en gardant le postulat de départ, à savoir la confusion sur l'identité de l'enfant kidnappé ! A partir de là on voit l'histoire de deux hommes qui sont face à leur propre doutes, qui vont faire des choix, jusqu'à voir dans l'autre le miroir de ses peurs et de ses envies. Gondo est un homme qui a connu la pauvreté, mais qui a réussi à se faire un nom, à avoir une situation et un certain statut, faisant de lui un homme rétif à tout chantage. Le ravisseur Ginjiro Takeuchi, un jeune interne en médecine est quelqu'un d'intelligent, qui ne semble hélas plus pouvoir suivre le rythme de ses études, qui vit dans une certaine précarité et qui jalouse jusqu'à commettre l'irréparable « celui qui a réussi », qui toise de par son imposante maison le peuple en contrebas !

Un jeu de miroir que l'on retrouve dans la narration, les deux parties du récit se répondent et entretiennent l’ambiguïté que l'on ressent pour chacun des deux personnages. Entre Gondo qui ne veut pas retomber en « Enfer » quitte à ne pas payer, quant a Takeuchi, désespéré et envieux qui aimerait tant goûter au « Ciel », se laisse gagner par ces plus bas instincts ! C'est dans cette frontière tenu entre le bien et le mal que l'on se perd nous aussi, que l'on se pose des questions, sur ce que l'on a, sur ce que l'on veut et sur la manière de l'avoir et que quoi qu'il arrive on est responsable de nos actes. Le film finis la ou il doit se finir, sans jugement, sur un face à face d'une profonde noirceur, ou l'homme se confronte à soi-même et a ses échecs …

Puis comme à chaque fois, c'est très très bien réaliser ! Le scénario qui s'articule sur deux parties distinctes permet a Akira Kurosawa de créer deux ambiances totalement différentes et de jouer à merveilles avec les décors. Dans un premier temps c'est un huis-clos exemplaire ! On ne vois qu'une seule pièce, mais tout est concentré ici, l'introduction, l’enlèvement et la demande de rançon du ravisseur (Takeuchi). C'est bien rythmé, l'image est composée avec minutie, chaque personnes est à sa place avec un rôle qui est parfaitement définit ! Une clarté qui donne une dynamique implacable, pour laisser place à la procédure d’enquête, amenée par une mise en scène éclairée, le rideau se tire, le huis-clos se termine et laisse voir la ville en contrebas, le terrain de jeu du ravisseur. La seconde partie est tout aussi réussie, jusqu'au final entre Gondo et le ravisseur, qui se parlent dans une pièce de la prison. Juste une vitre les sépares, point d'orgue d'une rancœur que l'on saisit à peine mais que Gondo comprend,jusqu'à ce plan aussi fugace que réussie ou leurs visages se mêlent, finissant de nous troubler et de nous dire que chacun d'entre nous pourrait être celui derrière la vitre …

Le casting est de qualité et il joue aussi très juste ! Toshiro Mifune interprète Kingo Gondo. Un rôle qui permet à cet acteur de montrer une nouvelle fois le talent qui l'anime et la palette de jeu qui sont la sienne. A la fois plein de hargne, de colère et de retenue, sa composition électrise la première partie du film et attrape à lui seul toute la lumière, synthétisant alors le dilemme qui l'anime. Celui qui joue Takeuchi le ravisseur, c'est l'acteur Tsutomu Yamazaki. Jeune acteur à l'époque, il excelle dans le rôle de cet étudiant dépassé par la vie qu'il mène. Symbole d'une jeunesse en manque de repère, il choisi d'assumer ses actes et l'émotion qu'il donne dans le dernier acte rend tout ça encore plus dur. Puis on trouve aussi des seconds rôles de choix, avec Takashi Shimura, Tatsuya Nakadai le brillant inspecteur, Kyoko Kagawa qui joue la femme de Kingo Gondo, puis Tatsuya Mihashi, Takeshi Kato ….

C'est un film brillant du début à la fin, qui permit au réalisateur d'aborder la question des « enlèvements d'enfants », un sujet qui lui tenait à cœur depuis que l'un de ses amis eu subit cela et que la justice fut trop clémente a son goût avec le ravisseur. Ironiquement, lui qui voulait dénoncer, du faire face à une recrudescence d’enlèvement suite à la sortie de son film …
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