Vers l'autre Rive


Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l'autre Rive – 30 Septembre 2015 – Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

J'ai entendu parler de ce film lors de la sortie d'un de mes films préférés en 2015 «Crimson Peak» de Guillermo Del Toro. Et au détour d'un tweet, je vois quelqu'un conseiller «Vers l'autre rive» car il traiterait mieux le sujet des fantômes que le film de Del Toro. Soit les deux films n'ont rien a voir, mais ils ont des fantômes tous les deux et légèrement aveuglé par mon amour pour ce gentil mexicain, je n'ai pas daigné jeter un œil sur ce film. Sauf que j'ai eu tort, car «Vers l'autre rive» est un grand film et que Kiyoshi Kurosawa traite le deuil avec beaucoup de justesse …

Sans crier gare, ni prévenir ou encore sans l'envoi d'un e-mail, Yusuke le mari de Mizuki réapparaît dans sa vie. Une surprise qui la laisse sans voix, car cela fait trois ans qu'il a disparu en mer. Il confirme lui même sa mort et les crabes qui ont depuis mangé son corps ne permet à Mizuki de retrouver son corps. Mais voilà, elle ne se pose pas de question, elle lui cuisine des shiratamas et profite de l'instant avant de dormir. Croyant a un doux songe, elle se réveille seule, mais il n'en est rien, son mari est toujours la et lui propose un périple à travers le Japon, sur les traces de ce qu'il a vu en trois ans. C'est ainsi qu'ils partent dans un road-trip étrange, entre rêve et réalité ou les fantômes du passé guident les pas des vivants vers la paix intérieure …

Ce film est au final une très belle surprise et certainement le film de Kurosawa qui m'a le plus touché. Si la comparaison n'a pas lieu d’être avec « Crimson Peak », il a un point commun fondamental qui les lie; c'est de faire du fantôme le reflet des peurs, des doutes et traumas des personnages à l'écran. Mais loin d’être un film d'horreur « Vers l'autre Rive » penche plus vers le mélodrame et la balade romantique, un univers bien éloigné des tourments de l’œuvre de Del Toro.

Pour une fois, le scénario n'est pas une création originale. Il s'agit de l'adaptation du roman « Kishibe no Tabi » écrit par Kazumi Yumoto et scénarisé par le duo K. Kurosawa / Takashi Ujita. La trame du film est vraiment classique, tant il emprunte les codes du road-movie et qu'il n'en dévie que peu, mais l’intérêt c'est vraiment ce qu'il raconte et la c'est vraiment surprenant. L'histoire est autant un récit sur le regret, les non-dits que sur l'apprentissage et l'acceptation du deuil, le tout expliqué par l'esprit de celui qui vient de nous quitter dont nous avons du mal a nous séparer.

Le deuil est un processus complexe, qui est même théorisé avec les fameuses 5 étapes du deuil. Sauf qu'il y a autant de deuil que de façon de le vivre et de l'évacuer, cela peut durer quelques mois comme quelques années, un fait que le film capte à merveille au travers des différentes situations que traverse nos deux protagonistes (Yusuke et Mizuki). Une façon pour Yusuke de la préparer à la séparation définitive qui l'attend, mais aussi une manière d'apaiser les âmes en peine qui n'arrivent pas à partir. C'est beau, sincère et surtout très juste. Vivant comme mort, on vit parfois avec des choses que l'on a pas dit, des regrets, des rancœurs ou des conflits qui n'ont jamais guéri, mais qui sont autant de poids inutiles dans le deuil que l'on doit traverser. La figure du fantôme est ici bienveillante, elle ne fait pas peur, elle fait ouvrir les yeux et les cœurs sur l'essentiel, l'amour que l'on porte à celui que l'on vient de perdre.

Concernant la forme, Kiyoshi Kurosawa fait un sans faute ! C'est toujours aussi précis, toujours aussi travaillé et l'épure dont il fait preuve habituellement pour nous effrayer apporte cette fois ci énormément de délicatesse. Et il y a aussi un joli travail sur la lumière, seul vrai indicateur à l'écran pour distinguer ce qui est vivant de ce qui ne l'est. Quant au rythme du film, on vit cela comme une balade bucolique dans un Japon qui semble s’être arrêté, sur une belle bande originale de Yoshihide Otom et Naoko Eto. On prend notre temps mais on ne s'ennuie jamais; cela peut être sombre et triste comme lumineux et joyeux. Un équilibre que le réalisateur tient pendant deux heures avec brio, maîtrisant le ton de film et l'émotion qu'il distille habilement. Le casting se révèle tout aussi juste que le propos véhiculer par le film, Tadanobu Asano dans le rôle de Yusuke est épatant, plein de nuance et de sensibilité ; quand Eri Fukatsu est plus dans l'empathie, un duo qui fonctionne bien et qui se montre à la hauteur du film. 

Poétique et très touchant, Vers l'autre Rive est une jolie fable à la sensibilité exacerbée ... 

Seventh Code


Vladivostok, Russie. Akiko est à la recherche de Matsunaga, un homme d’affaires qu’elle n’arrive pas à oublier depuis qu’ils ont passé une soirée ensemble. Le retrouvant enfin, Matsunaga, qui ne se souvient pas d’elle, lui dit de ne faire confiance à personne dans ce pays étranger et disparaît à nouveau. Réussissant à se faire embaucher dans un restaurant tenu par un expatrié japonais, Akiko passe son temps à scruter la rue jusqu’à ce qu’elle voie Matsunaga passer. S’ensuit une filature à travers la ville jusqu’à une usine désaffectée où Akiko l’aperçoit en train de faire des affaires avec la mafia locale...
Seventh Code – 11 Janvier 2014 (Japon) – Réalisé par Kiyoshi Kurosawa
Kiyoshi Kurosawa est un réalisateur qui ne manque pas de talent, ni de culot pour s'attaquer à des genres différents, que cela soit le polar, le thriller, le film de fantômes, le film d'horreur, le kaiju-ega ou encore le film catastrophe et parfois même en les mélangeant. Et quand vous n’êtes pas habitué, cela peut fait bizarre, sauf qu'au final c'est toujours justifié ! Une constante dans son cinéma qui ne déroge pas à la règle ici avec Seventh Code.

Akiko est une fille un peu naïve et très enthousiaste, qui pour les beaux yeux d'un homme décide de partir pour Vladivostok en Russie. Elle retrouve après quelques recherches, l'homme qu'elle avait vu une nuit à Tokyo, un certain Matsunaga. Hélas les retrouvailles ne sont pas ce qu' Akiko rêvait, il ne se rappelle pas d'elle et la laisse sans aucune pitié seule dans un environnement qu'elle ne connaît pas. Malgré tout, elle n'abandonne pas l'idée de lui parler, mais le sort va s'acharner sur elle, car elle tombe sur des gens mal intentionnés qui vont la brutaliser pour enfin la laisser en périphérie de la ville. Jamais à cour de courage, elle ne baisse pas encore pavillon et en attendant de retrouver Matsunaga, elle travaille dans un petit restaurant tenu par un expatrié japonais …

Ce n'est pas passionnant ? Cela ne vous fait pas envie ? C'est compréhensible … Parce que si on retrouve cette façon qu'a Kiyoshi Kurosawa de capter l'immensité d'une ville, ou encore son aisance à mixer les genres, on est très loin d’être devant l'un de ces meilleurs films. Car ici il s'agit avant tout de mettre en avant le talent de la chanteuse Atsuko Maeda, qui signe aussi la chanson de fin, que l'on ne comprend pas vraiment, finissant de faire basculer dans de la promotion.

Loin d’être dérangeant, notamment grâce à sa durée d'une heure, le réalisateur nous entraîne dans une histoire d'apparence simple et ennuyeuse vers le film d'espionnage, en basculant progressivement vers un monde de faux-semblant ou Matsunaga est à son aise. Dualité, mystère et solitude rythme ce métrage qui cache un twist aussi couillon que profondément inattendu, même si vu la durée, il arrive un peu tardivement, déséquilibrant un peu plus ce film.

[ATTENTION SPOILER] La jeune chanteuse Atsuko Maeda ou Akiko qui jusqu'à présent n'était qu'une femme fragile et sans défense, se transforme en un clin d’œil en la plus mortelle et efficace des tueuses à gages. Un rebondissement aussi abrupte que la violence des coups de pied qu'elle met dans la gueule de son Matsunaga adoré! [FIN DES SPOILERS]
A partir de là les personnages dévoilent leurs vrais natures, les objectifs changent et l'ambiance du film prend les atours d'une bonne vieille série B à l'ancienne ! La seule scène d'action est aussi bien chorégraphiée que filmée et brutale ; Akiko devient badass, désinvolte et n'a plus peur de rien. Le réalisateur n'hésite pas quand même à se rappeler a nous, avec une fin cartonnesque que n'aurait pas détester Chuck Jones. Quant à Atsuko Maeda, elle fait bonne figure tout au long de l'heure qui s'écoule et démontrant quelques talents d'acting pas inintéressants … 


Petit produit étrange mais pas sans intéret !


Real



REAL
de Kiyoshi Kurosawa



Real est l'un des huit films de Kiyoshi Kurosawa que l'on ait vu. Si je les ai tous aimé, celui ci est mon préféré.

Koishi rentre de son travail. Il retrouve sa compagne Atsumi qui est mangaka. Elle est perturbée car elle n'arrive pas a écrire le prochain tome de son manga sur un serial-killer. Quant au milieu du salon apparaissent des corps. Après une fondue au noir on retrouve le jeune homme étendu dans un appareil médical. Il lui permet de rentrer en contact avec Atsumi dans le coma depuis un an, sous la surveillance de neurochirurgiens par le biais d'ondes électromagnétiques.

Un film de Kurosawa c'est toujours un film de genre. Celui ci s'habille avant tout comme un film de SF. Le réalisateur créé un univers qui répond aux codes dans lesquels nous évoluons, mais qui diffère sur de légers détails. C'est dans ces détails que s'enracinent l'histoire.
D'abord il décide d'habiller tous les protagonistes d'une sorte d'uniforme. ils sont vêtus de tenues très recherchées qui ne changent que pour l'un d'entre eux lors du climax du film. Les tenues ont de fortes identités, elles pourraient être utilisées dans des mangas.
Ensuite il construit un univers médical. Des machines qui permettent de communiquer avec des personnes dans le coma. Il les entoure d'objets médicaux que l'on connaît, les scopes qui suivent les constantes; les électrodes, les perfusions et les fils qui rendent crédible la procédure. Ce qui permet à l'histoire de se développer et de nous mener ou elle a envie que l'on aille.


Elle justifie les effets secondaires que subit Koishi, et la recherche d'un dessin particulier de son amoureuse. Ce dessin est le prétexte pour explorer la vie de cet homme. C'est une mise en abîme de ce que ressent notre héros. Et il nous donne une raison de traverser la ville, qui est grise froide et vide. Mais aussi l’île ou ils ce sont rencontrés ou il y a foule, ou les couleurs sont chaudes, ou le temps est changeant. De plus une partie de ce périple est ponctué par la présence de personnes sans âmes, ou de cadavres. Elles apparaissent au grès d'un mouvement de caméra. Laissant le spectateur jamais vraiment serein, constamment sur le qui-vive.

Et c'est dans cet état d'esprit que l'on développe l'histoire d'amour des Koishi et Atsumi. Elle nous est racontée autour d'un dessin qu'elle lui aurait offert enfant. Elle est parfois contée, mais le plus souvent elle est retracée lors de ces sessions. Il y a la création d'une mythologie, comme chaque couple a, mais ici elle est poussé à l’extrême. C'est plein de poésie, et cependant c'est toujours inquiétant. Toutes ces sensations antagonistes sont majorées par l'univers médical: les bips, les soins post séances, les topos sur l'état de la patiente...


Cet amour rend tout possible et plausible. Il y a du lyrisme dans cette partie de l'histoire, dans l'imagerie qui est utilisée. Tout est à base de métaphores, jusqu'au monstre créé en images de synthèses. Il s'intègre parfaitement dans le récit, contrairement aux cadavres. il prend sa place et s'installe dans le film. C'est vraiment très beau plein de sens. En plus les deux acteurs Takeru Sato et Haruka Ayase, sont lumineux et semblent complémentaires. ils ont un jeu plein de retenu et de sensibilité.

C'est peut être car il parle d'amour, ou c'est peut être toute la poésie qu'il dégage. mais ce film inspiré d'un roman m'a touché est charmé.


Loft



LOFT
De Kiyoshi Kurosawa

Loft est l'un des huit films de Kiyoshi Kurosawa que nous avons eu le bonheur de découvrir. Il est à mon avis l'un des plus riches sous une forme poétique.

Reiko est une écrivaine auréolée d'un succès, qui travaille sur son second roman. Mais voilà elle est sujette à des malaises, parfois à des hallucinations, et le plus inquiétant sont ses vomissements... elle vomit de la boue. A bout de force, elle a envie de partir à la campagne. Son éditeur, lui trouve une immense maison proche d'un lac encore remplie des affaires de la précédente locataire. A peine arrivée, elle apprend qu'une momie a été trouvée dans ce lac. Cette femme est morte alors qu'elle faisait des soins dans cette boue aux qualités cosmétiques reconnues.

L'une des principales originalité de ce film est son implantation dans la réalité. Ce réalisateur à l'habitude de situer ses histoires dans des paysages urbains très cartésiens. Là l'univers est quasi onirique. Il utilise ces grands espaces, cette foret dont on ne connaît pas vraiment les limites, cet étendu d'eau, ces nappes de brouillard pour créer une ambiance digne de celles des landes anglaises. On s'attend à voir surgir n'importe quel animal fantasmagorique, ou un spectre du brouillard.
Il combine cela avec des bâtisses gigantesques. Celle ou habite Reiko, dont on ne visite pas toutes les pièces, avec ces grands meubles massifs et lourds, ces fenêtres immenses qui s'ouvrent sur cet hangar mystérieux; ainsi que des portes que tout le monde peut franchir. Puis le hangar non habité, et non habitable mais quand même occupé, très inquiétant a quelques mètres de chez elle. Cet aspect inquiétant est majoré quand on peut voir ce qu'il y a à l'intérieur. Les pièces, leurs obscurités, les plafonds que l'on ne perçoit pas tant ils sont hauts; cet endroit est le centre de l'inquiétude au début, mais il n'est qu'un leurre comme toujours dans ce film. Car rien n'est ce qu'il semble être.

C'est aussi le cas d'Aya le fantôme et d'une momie.Elles sont des éléments effrayants, mais il faut chercher plus loin, pour en trouver la substantifique moelle. Par exemple Aya est filmée de diverses manière, parfois comme une forme floue sur laquelle on ne fait pas le point, mais le plus souvent, il y a qu'une moitié d'elle, un hémisphère qui apparaît l'autre semblant être caché par un arbre ou un mur. Elle attise notre curiosité. Et à la fin lorsque la lumière est faite sur elle, sa manière d’être incomplète nous parle encore de sa mort.Quant à la momie, elle est floue. Jamais le réalisateur ne fait réellement le point. D'ailleurs son visage n'a pas de traits. En tant que spectatrice je me suis sentie incitée à réfléchir sur elle et sur ce qu'elle pouvait représenter.

Kiyoshi Kurosawa dans ce film installe une atmosphère sonore, en choisissant de filmer avec une caméra DV qui capte tous les bruits, flippants. Le bois craque, car il travaille ou parce qu’il y a quelqu'un dans l'escalier? Le vent qui claque et qui fait bruisser les arbres. Le son n'a jamais été autant utilisé dans ce que j'ai pu voir de lui.
Dans les décors la maison,le hangar, ce lac qui ressemble de loin à un monastère, cette boue source de la mort de la femme momifiée, mais aimée et étudiée pour ses vertus esthétiques; rien n'est ce qu'il à l'air d’être. Et pour moi les personnages autour de Reiko ne sont pas ce que l'on croit.

[Alerte spoilers]

Ma vision de ce film est que chacune des choses effrayantes est un aspect de Reiko. Aya est l'écrivaine. Elle est celle qui écrit son deuxième roman, qui est confrontée a cet éditeur très ambigu et qui sait se défendre crânement. Sa présence est toujours là pour avertir Reiko . Pour lui permettre de survivre.
La momie est un autre aspect de Reiko, celui de la recherche de la perfection. D'ailleurs ses vomissements boueux s’arrête quand elle la rencontre. Elle symbolise la femme amoureuse aussi. Makoto de qui elle tombe amoureuse à une relation particulière avec cette momie, une sorte d'emprise amoureuse passionnelle étrange. Comme celle qu'il partage avec Reiko.
Car les rôles masculins parlent aussi d'elle, des dangers qu'elle doit affronter. Son éditeur qui tue ou essaie de tuer ses écrivaines semblent nous parler de la volonté de rogner une créativité. Et le risque d’être transformé en objet dépendant de lui.
Quant à makoto, il est l'homme qui veut l'arracher à son art. Il incarne un amour malsain qui l'oblige à renier qui elle est et à essayer de trouver une perfection futile.

Ceci n'est pas un film de fantômes. Il n'est pas là uniquement pour vous faire peur. Il est un film sur ce qu'est être une femme, une artiste dans le japon d'aujourd'hui. Il est aussi beau que fort.

Doppelgänger


Michio Hayasaki travaille pour la recherche médicale. Dix ans auparavant, il a conçu une machine novatrice qui permet à la compagnie qui l'emploie de faire de gros profits. Ses employeurs ont de grandes espérances avec son nouveau projet, une chaise roulante intelligente qui fait corps avec son malade. Soumis à cette forte pression, Michio Hayasaki traverse une crise difficile à gérer. Un jour, lors d'une expérimentation, il fait la connaissance de son « doppelgänger », un double qui, d'après les croyances locales, annoncerait une mort prochaine...

Doppelgänger – 27 Septembre 2003 (Japon) - Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Le terme « Doppelgänger » est quelque chose d'assez énigmatique, tant dans ce qu'il désigne, le double, le sosie, le jumeau ou dans sa traduction. Ce mot d'origine allemande trouve aussi un écho dans le folklore de plusieurs pays, comme le Japon qui voit en ça un présage funeste, car si tu rencontres ton « Doppelgänger » cela annonce ton décès futur. D'une manière beaucoup plus succincte, c'est une croyance que le réalisateur Kiyoshi Kurosawa avait déjà abordé dans son film « Séance». Dans son précédent essai, c'était un présage, le signe qu'on paye toujours une mauvaise action, mais cette fois ci, il va plus loin, le double se matérialise, s'immisce et manipule son jumeau, pour un résultat étonnant. C'est entre charme, malice et burlesque qu'on rentre avec envie dans « Doppelgänger » …

Michio Hayasaki est un imminent chercheur qui travaille pour l'industrie médicale. Depuis une dizaine d'années cette industrie qui le paye s'est enrichie ostensiblement sur son dos et elle attend patiemment, le nouveau produit que Hayasaki est entrain de concevoir. Il s'agit d'un fauteuil roulant révolutionnaire, qui ne fait plus qu'un avec son utilisateur qui le commanderait avec la pensée. Mais c'est un travail très lourd que mène Michio, la mise en œuvre est complexe, la pression de ses employeurs est énorme et malgré le soutien de ses assistants il est au bord du burn out. Un soir après une journée infructueuse, il rentre chez lui et se trouve face à son doppelgänger, ce qui l'effraie énormément. Cependant il s'avère être une personne joviale, prêt à tout pour l'aider à accomplir ce défi insurmontable qui se pose devant lui. Hayasaki préfère l'ignorer, mais il va prendre de plus en plus d'importance dans sa vie, quitte à vouloir le remplacer …

Si les différents posters du film promettent une ambiance angoissante voire cauchemardesque, il est bon ton de se rappeler que l'on à faire au roi du contre-pied et que cela a une fois de plus encore bien fonctionner. En effet si pendant les 20 premières minutes on à l'impression d’être devant un film de fantômes classique, le traitement du sujet vu par K. Kurosawa nous emmène bien plus loin que ce que l'on espérait ! Loin de faire de son « Doppelgänger » qu'un simple présage, il s'en sert comme un élément de comédie et de psychanalyse en confrontant celui qu'on est et celui que l'on aimerai être!

Le scénario est écrit par Ken Furusawa et par le réalisateur en personne. Ils déroulent une histoire linéaire, mais aux nombreux changement de tons, ce qui en fait toute sa particularité. Grâce au « Doppelgänger » du personnage principal, on navigue entre l'angoisse, la légèreté, le thriller et un dernier quart aux accents burlesques, il apporte de la vie, de l'énergie et une ambiguïté morale tout au long du film qui ne cesse de nous faire douter sur ce que l'on voit et sur les réelles motivations des personnages. Et plus le film avance, plus on plonge avec envie dans cette querelle d'égo, car si c'est dans un premier temps un présage funeste aux yeux de Michio, c'est aussi le signe d'un grand trouble intérieur, celui d'un homme insatisfait de sa vie.

C'est la que le « Doppelgänger » devient un outil pour exprimer le ressenti d'un personnage perdu, ici c'est Michio, un créateur, un constructeur d'invention qui n'arrive pas à finaliser sa dernière œuvre. C'est esprit rationnel est bloqué et l'apparition de son double va lui offrir une porte de sortie. Une issue qu''il rejette, mais qu'il va apprivoiser, en lui laissant une certaine latitude et en projetant sur lui des choses qu'il n'a jamais su faire, comme séduire son assistante ou simplement quitter son travail.

Jusqu’à réaliser par lui même que le problème vient de lui et seulement de lui. « Le Doppelgänger » à fait alors son office, celui de remettre de l'ordre dans la vie et la tête de Michio. La fin est alors extrêmement parlante, Michio refuse de se vendre et fait table rase de ce qu'il a hanté. Ce qui peut être, peut faire écho à un sentiment du réalisateur qui un jour à lui aussi perdu la foi en son art et en lui même.

Quant à la forme, elle est toujours aussi agréable à l’œil que soigné dans sa mise en œuvre. Kiyoshi Kurosawa maîtrise son sujet sur le bout des doigts, l'ambiance ou la partition musicale sont en adéquation avec l’atmosphère paranormale qu'il installe au début, avant de bousculer vers le « Doppelgänger » et un certain comique. Le réalisateur manipule alors l'image, en la segmentant à l'écran, ou les deux « Koji Yakusho » évolue, puis par des Split-screens savamment instillés pour nous faire perdre le sens des réalités. Une perte de repère que le réalisateur associe à un décalage permanent entre le personnage principal et son « doppelgänger », un comique de situation inattendue qui déclenche des rires totalement inattendue. Toutefois, il y a quelques bémols comme le rythme un peu anémique par instant et surtout un dernier quart qui tire en longueur, ainsi que totalement redondant dans ces effets comiques. Le casting quant à lui si il peut compter sur Hiromi Nagasaku, Yusuke Santamaria et Akira Emoto dans les rôles secondaires, on trouve l'excellent Koji Yakusho dans le double rôle de Michio et du « Doppelgänger ». Une performance à mes yeux XXL ou il se glisse dans les deux personnages avec beaucoup de conviction et de nuance. J'ai découvert ainsi une palette encore plus large de cet acteur qui est définitivement à l'aise dans tous les registres. 


Drôle et déstabilisant, c'est un film à découvrir !


Kairo


Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l'inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient.

Kairo – 23 Mai 2001- Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Les seuls films de fantômes japonais que je connaissais avant « Kairo », c'était ceux de Hideo Nakata ! Notamment avec Ring et Dark Water, deux films angoissants, assez populaires et qui ont vite connus un remake américain. Un destin qui n'a pas échappé à « Kairo », avec un remake du nom de « Pulse » qui n'a pas connu le même succès que ses aînés. Personnellement ça me soulage, car je crois fortement que le film est beaucoup trop ancré dans sa société pour être adapté convenablement, surtout que c'est bien plus qu'un film de fantôme …

Taguchi est un informaticien de talent qui travaille pour un boutique de plantes. Ses collègues s'inquiètent au bout de quelques jours, car il n'a pas rendu un travail qu'ils attendent tous. Kudo Michi une de ses collègues décide d'aller le voir. Elle découvre son ami déprimé, livide et désorienté, puis sans crier gare, il se pend. Un suicide mystérieux que tous ses collègues ne comprennent pas, désemparés par la soudaineté de son acte. En parallèle on fait connaissance avec Ryosuke, un jeune étudiant qui décide de brancher internet dans son domicile. Quand il commence à surfer, il tombe sur un site étrange qui lui diffuse des images aléatoires, de gens seuls, parfois inquiétants, voire terrifiants et c'est ainsi que pris de panique, il débranche tout ça avant de s'endormir. Le lendemain, il décide de se renseigner sur le site et très vite rien n'aura de sens, sauf si l'on croit aux fantômes …

Bref, j'adore vous résumer l'histoire à ma façon, mais j'avoue que là c'est assez complexe à expliquer! Cependant, je dois dire que j'ai pris pas mal de plaisir devant ce film qui à la lourde tache de passer après l'excellent « Charisma ». Kiyoshi Kurosawa marche dans les traces des fameux « Yurei Ega » (film de fantôme) à sa façon, sans clinquant, sans effet tapageur et surtout avec un mélange des genres qui surprend tout le temps !

Scénariser par Kiyoshi Kurosawa, l'histoire se concentre sur le malaise de deux jeunes personnes dans une société qu'ils ne comprennent plus. Celle d'une société de plus en plus connectée, ou les écrans sont omniprésents et sur l'isolement qu'ils peuvent entraîner. Les fantômes représentent ici le stade ultime de la solitude dans laquelle s'enferme les personnages. Piégés et repliés sur eux, ils ne voient plus la différence entre leurs situations et ce que représente l'acte de se suicider. C'est ainsi que la dite « invasion » des fantômes dans le monde réel, n'est que le reflet de l'uniformisation de cette partie de la société, jeune, volontaire mais qui ne peut malheureusement échapper à ce qui l'attend, une vie solitaire. D’où au final la métaphore d'une catastrophe à l’échelle planétaire, symbolisant un monde qui se replie sur lui-même. Un final noir, sans détour ni concession, si ce n'est ce bateau, un éclair dans la nuit, l'arche de Noé d'un monde qui ne sait pas ou il va…

Si le film me parle énormément, il n'échappe pas à quelques poncifs et autres petits ratés que je trouve dommageable. Sans jamais être ennuyeux, Kiyoshi Kurosawa ne maîtrise pas tout a fait son rythme; la première demi-heure est d'une efficacité à toute épreuve, c'est angoissant, le suspense est la et l'effroi avec, mais après cela retombe comme un vieux soufflet et il n'arrive jamais à retrouver cet équilibre par la suite. Il tombe même dans la facilité à la fin, avec le syndrome du « personnage débile qui fait tout ce qu'il ne faut pas faire ». Cependant c'est très bien mis en scène, il y a un jeu constant avec les écrans, les matières et tout ce qui peut séparer deux individus; insistant sur un quotidien qui nous enferme dans une prison de conformité. Ajoutons à cela un sens du cadre limpide, une construction épurée et des mouvements de caméra toujours au service de ce que l'image nous raconte, le tout sans jump-scare. Un procédé inutile au vue de l'ambiance crée et de la musique associé, qui participe à l'ambiance anxiogène que dégage certaines scènes.

Le casting quant à lui se révèle plutôt bon. Dans un rôle minime on retrouve Koji Yakusho, ce qui fait toujours plaisir. Ensuite on trouve Haruhiko Kato dans le rôle de Ryosuke Kawashima, qui interprète un étudiant un peu dilettante. Une performance réussi, ou il alterne sans forcer entre l’insouciance et la peur terrible de mourir, avec conviction. Puis il y a aussi Kumiko Aso qui joue Kudo Michi. Cette actrice est un peu reléguer au rôle de la demoiselle en détresse, sauf qu'elle crée suffisamment d'empathie pour que l'on s'attache à son sort. Et enfin il y a Koyuki Kato dans le rôle d'une prof d'informatique aussi enjouée que curieuse, qui joue avec intelligence sur ce qu'elle découvre et sur les réactions que cela engendre chez elle. 


Film efficace malgré quelques maladresses ...

Séance


SEANCE
de Kyioshi kurosawa


Séance est l'avant dernier film de la série de films de KIYOSHI KUROSAWA qu'on a eu la chance de voir dont je parlerai ici. Les autres c'est le maître des clés de ce blog qui vous donnera son sentiment dessus. Pour moi ça a été une magnifique découverte.

Séance est un des films qui rassemble tous les points forts de l'art de ce réalisateur, c'est un condensé de savoir faire. Il y a d'abord une histoire marquante. Koji est un ingénieur du son il partage sa vie avec son épouse Junko qui est à la fois serveuse et médium. Un jour ou il va chasser les sons dans la foret «des bruits d'arbre», une enfant se cache dans ses affaires, et c'est là que commence l'histoire.
Ensuite le réalisateur et le scénario font évoluer l'histoire et les protagonistes. Ils les tordent, et mettent leurs personnages dans une situation à mi-chemin entre une histoire en prise avec le réel, et une ou les mythes prennent formes. On retrouve des choses que l'on croise souvent dans les films asiatiques (une jolie petite fille flippante ici en manteau vert, des explications psychologiques, et des théories ésotériques).
Le réalisateur créé une histoire ou les personnages doivent prendre des décisions inconfortables, et des choix plus ou moins judicieux sont faits. Rajouter à cela des détails anodins, et des ingrédients flippants.

Puis il y a la mise en scène. Dans ce film les images sont fortes et souvent épurées. Ici elles semblent toutes zen. les paysages de foret, les décors intérieurs, les moments de contemplation du jardin... tout est calme. Puis surgit dans ce contexte un fantôme, laissant le spectateur sursauter. La composition de l'image est vraiment ce qui m'a le plus séduit dans les films de Kiyoshi Kurosawa.
Ensuite comme dans tous ses films, ils s'ouvrent et nous laisse sur une foule de questions. Comme par exemple sur le choix des symboles, cet homme passe sa vie à écouter; sa femme quant à elle est la seule à voir certaines choses.
L'enfant qui est entre eux ne parle pas vraiment et est là sans l’être. Ou en nous laissant en pleine réflexion sur les décisions que l'on prend et leurs conséquences. Et sur ce qu'est une dynamique de couple. Ou encore sur ce qu'est la vie , la mort, ceux qui sont en vie et ceux qui sont morts.

Séance est un film de kurosawa typique. Avec un de ses acteurs fétiche, Koji Yakusho toujours beau, charismatique et inquiétant. Un film qui nous laisse avec des questionnements et des images fortes qui nous poursuivent. Un film qui me donne envie d'en découvrir d'autres de ce réalisateur


Charisma


Un brillant détective mis en échec au cours d'une prise d'otages où le ravisseur et sa victime ont été tués se retire dans une forêt. Au milieu d'une clairière, isolé, se dresse un arbre. On le nomme Charisma. Entouré de mystérieux objets, l'arbre paraît aussi énigmatique qu'une œuvre d'art. En errant dans la foret, le détective découvre que ses habitants s'affrontent et se déchirent à propos de cet arbre...
Charisma – 8 Décembre 1999 - Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Il est rare quand je découvre un nouveau cinéaste que j’enchaîne plus de deux films d’affilés, parce que le premier film est toujours déterminant ! Si il est bon, j’enchaîne, si il ne l'est pas, je m’arrête là. Mais cette fois ci, j'ai eu l'occasion de découvrir en une semaine, huit films du cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa. Un réalisateur que je ne connaissais pas, qui n'a rien à voir avec Akira Kurosawa et dont j'ai pu apprécier avec Cécile un éventail représentatif de son talent. Si elle a commencé avec « Cure », moi j’enchaîne avec « Charisma »

L'inspecteur Goro Yabuike est un flic bien trop zélé, qui enchaîne affaire sur affaire et qui ne pense que très peu à sa famille. Un jour il intervient sur une prise d'otage avec le sérieux qu'on lui connaît, sauf que rien ne va se passer comme prévu. Le forcené tire sur l'otage qu'il ne peut malheureusement sauver. Goro perdu et déboussolé décide de fuir la ville pour respirer et s'éclaircir les idées, surtout quand le congé qu'il s’octroie s'annonce a durée illimitée. Il se retrouve alors bien loin de toute civilisation, dans la foret ou même là, différentes factions s'affrontent pour décider du sort d'un arbre que l'on nomme « Charisma ». Goro qui tombe dessus par hasard, fait la rencontre de Kiriyama qui prend soin de cet arbre, qui le défend et qui lui explique ce qu'il est. Un arbre rare qui ne vient pas du Japon et qui empoisonne sans le vouloir tout l'écosystème alentour. Une particularité qui fascine autant qu'elle n'effraie et qui va changer, tous les personnages qui s'en approchent …

Ce « Charisma » est une belle réalisation qui n'hésite pas à surprendre constamment ! Un essai indéfinissable (hormis par le prisme de la vision du réalisateur), qui oscille entre plusieurs genres cinématographique. Une constante; qu'il cultive avec brio et malice pour nous parler des thèmes qui lui sont chers sans jamais se répéter et surtout en laissant au spectateur le choix de son interprétation. Une complexité qui se prête admirablement bien pour « Charisma », qui est bien plus que l'histoire d'un policier.

Comme pour une grande partie de sa filmographie, on retrouve Kiyoshi Kurosawa au scénario. Ici il livre une histoire sur l'introspection d'un homme suite à la prise d'otage à l'issue sanglante qu'il n'a pu éviter, ni gérer. Rapidement l'inspecteur Goro Yabuike est considéré comme le seul et unique responsable. Un acte qu'il vit assez mal et par la suite il part sans trop savoir ce qu'il va faire. C'est là qu'il va tomber sur cette arbre « Charisma », sur les gens qui se déchirent pour lui et sur les problèmes qu'il cristallise. L'éthique de Goro lui intime de défendre cet arbre et d'aider à sa préservation, mais petit à petit, il va comprendre au contact des gens, que cet arbre qui les divise n'est pas différent de ce qu'il vient de traverser. L'arbre « Charisma » est l'élément cathartique des différentes frustrations humaines, de l'incompréhension devant une situation que l'on ne contrôle ni ne maîtrise !

Mais ça, ce n'est que la surface, car il y a bien d'autres choses que l'on peut en tirer! Deux me viennent naturellement. Une métaphore du malaise de la jeunesse japonaise dans une société trop stricte, les éléments différent comme « Charisma » doivent être détruit car ils menacent le groupe (l'écosystème); ou encore celui d'une société qui ne veut pas de l'immigration, qui à peur que son modèle soit remis en cause et que le changement soit plus un mal qu'un bien. Un plaidoyer contre l'immobilisme particulièrement radical, qui n'hésite pas à virer dans la dystopie la plus impromptu à la fin …

Quant à la réalisation, Kiyoshi Kurosawa est avare en effet ! C'est très épuré, il laisse la part belle aux décors, aux plans d'ensemble travaillés, à l'ambiance qui oscille entre fin du monde, angoisse et paranoïa; soutenue par une excellente partition musicale signé Gary Ashiya. Mais paradoxalement, ce n'est jamais lent, on ne s'ennuie pas, il nous réserve quelques beaux moments de tension, avec la finesse qui lui est propre et c'est toujours maîtrisé dans sa narration. Jusqu'au climax final qui en laissera plus d'un sur le carreau.

Le casting est toujours aussi solide, notamment avec Koji Yakusho (Que j'aime désormais énormément) qui est l'acteur phare de ce réalisateur. Dans « Charisma » on a un peu l'impression de retrouver l'inspecteur qu'il incarnait dans « Cure », sérieux et intriguant, il se dégage toutefois de ce qu'il avait fait avant. Il joue avec plus de nuance et de sensibilité, il incarne ce policier broyé par le doute avec beaucoup d'élégance qu'il nourrit constamment au gré des expériences que traverse son personnage. On peut compter aussi sur Hiroyuki Ikeuchi dans le rôle de Naoto Kiriyama, Ren Osugi dans celui de Satoshi Nakasone et dans le rôle des sœurs Jinbo, Yoriko Doguchi et Jun Fubuki


Un excellent film, l'un de mes préférés de K.Kurosawa

Cure



CURE
de Kiyoshi Kurosawa


C'est avec Cure que j'ai découvert Kiyoshi Kurosawa. Je suis tombée amoureuse de son œuvre et de ses images composées avec richesses,et intelligences. Un vrai coup de cœur.
Kenichi Takabé est un inspecteur de police judiciaire japonnais. Depuis plusieurs jours, il fait face à un série de meurtres très particuliers. on trouve des cadavres avec une croix gravée au niveau du scapulaire, à chaque fois l'assassin est retrouvé à coté du cadavre. Il reconnaît le meurtre mais ne peut pas expliquer comment ni pourquoi il est passé à l'acte. Régulièrement il y a de nouveaux meurtres avec les mêmes caractéristiques. Il n'y a aucun point commun entre les victimes et-ou les assassins. Si ce n'est cet état très particulier dans lesquels sont les coupables, à la fois conscients de ce qui se passe mais dans une espèce de trance.


Kenichi est accompagné par son ami le docteur Akiko Miyajima qui l'aide à percer le secret de ses meurtres mais aussi à s'occuper de son épouse. Elle se perd dans sa ville autant que dans sa vie.

Il y a une manière de filmer bien particulière à Kiyoshi Kuroswa. Ici elle se base majoritairement sur le fait de filmer avec une légère desaturation en utilisant des couleurs ternes. Couleurs qui se répondent et se coordonnent, accentuant le sentiment désespéré et opaque du film.
La composition de l'image ,dans chacun des films que j'ai vu de ce réalisateur , est un aspect qui m'a fasciné. Elle est pensée et théâtralisée. Tout est important dans ce que représente l'image, mais aussi dans tout ce qui en est absent. Les champs contre champs sont aussi une des armes de cet homme. les choses ou les personnes apparaissent dans le cadre au détour d'un mouvement de caméra.


Ou alors c'est une image que l'on croit voir mais qui n'est pas celle que l'on croit. Tout n'est qu'apparence. Rien n'est ce que l'on croit . C'est une leçon de manipulation du spectateur, Un jeu de suggestion.
Et ça tombe bien car ça nous permet de rentrer en empathie avec... les meurtriers. Il est difficile d'en dire plus sans gâcher le film. Car même si parfois on peut avoir une intuition. Il est quand même surprenant, et c'est savoureux de se laisser porter par cette sublime réalisation. Mais une chose est sure la manipulation du spectateur est l'une des plus fine dont j'ai été le jouet.
Je ne serai pas dire si c'est un thriller efficace ou un film de genre de haut vol. cette ambiguïté est à l'image de ce long métrage. Il a différents niveaux de lecture. Aucune vérité ne se détache vraiment dans la vision du film et pourtant l'histoire est construite et palpitante. A chaque fois que je repense à ce film, à certains de ses détails,je trouve une nouvelle interprétation, ou théorie. C'est une richesse que je chéris tout particulièrement.

On trouve dans ce film un des acteurs fétiche du réalisateur Koji Yakusho qui joue un policier très clivé. Il sait très bien être froid et fermé lorsqu'il exerce son métier. Et compose un époux profondément aimant, inquiet et au bout du rouleau lorsqu'il est avec sa femme. Masato Hagiwara joue son antagoniste. Il incarne cet homme qu'on ne peut cerner. Son corps semble hypotonique quasi désarticulé. Il cultive grâce à son jeu son ambiguïté entre zombie et manipulateur. Rien que sa présence à l'écran donne le frisson.
A ce tandem il faut rajouter Yoriko Doguchi qui incarne le psy. Il est personnage qui évolue le plus imperceptiblement. son jeu est délicat et dans la nuance.

J'ai aimé ce film. Il n'a rien en commun avec ceux que j'avais déjà vu. Il est inquiétant et intéressant. Pour un premier contact avec Kiyoshi Kurosawa, il permet d'appréhender le style de ce réalisateur dans un cadre relativement concret.

Midnight Special


MIDNIGHT SPECIAL

de Jeff Nichols


Il y a des films que l'on rencontre dans de drôles de circonstances. Je suis tombée amoureuse du film précédent de ce réalisateur Mud. j'avais été séduite par la beauté des images et par la poésie qui émanait de lui. C'est lors d'une émission de radio en écoutant ce qu'en disait max (max la menace si tu passes par ici merci) que je me suis dit qu'il fallait que je le vois. Ajoutez à cela la présence d'Adam Driver dont je ne finis pas de découvrir le talent, il est donc devenu urgent qu'on lui donne sa chance. A la fin de ce film il est apparu comme une évidence qu'on avait été bouleversé tous les deux, mais que chacun l'investissait de manières différentes. De nuit Roy et Lucas sont retranchés dans la chambre d'un motel calfeutrée par des cartons. Ils surveillent les alentours avant de sortir, pendant ce temps la télé diffuse leurs signalements car ils ont enlevé un enfant.


Cet enfant est caché sous un drap, en train de lire des comics éclairé par une torche. Cet enfant qui se balade avec une paire de lunettes de piscine bleues est le fils de Roy. Pendant ce temps, le FBI est en train débarquer dans une secte d’où il est parti avec son père.
Ce film est un road movie. Un road movie dont on ne sait pas la destination. Seuls ses trois personnages savent ou ils vont.
Au début la seule clé que l'on ait, est Paul Servier agent de la NASA, qui débarque dans l'histoire en même temps que nous. Il prend les traits d'Adam Driver, il est celui qui fait parler le gourou de la secte. Celui qui comprend le rôle de cet enfant, sorte de messie qui transmet des informations et des codes. Codes qui se révèlent être des données secrètes qui pourraient valoir des siècles de prison à ce prêcheur. C'est à partit de là que ce film glisse vers la science fiction de manière légère avec un fort ancrage dans la réalité.


Tout cet univers est renforcé par des métaphores des allégories ou des analogies. Par exemple l'enfant et ses aptitudes sont mis en parallèles avec les personnages de comics qu'il lit. Son ouïe, et ses yeux si particuliers lui en donne toutes les caractéristiques. Et lorsque vient le moment ou il s'interroge sur la Kryptonite. Le message éclaire celui qui voit le film, sans jamais plomber l'histoire. En règle général tout ce qui touche son affaiblissement est imagé, ça allège le discours, tout en nous montrant sa progression; tout est illustré, sans être prononcé. 

Cet effet sf est aussi renforcée par l'imagerie que choisit d'utiliser le réalisateur. En effet il date son film et l'ancre dans les les années 2010, par les objets utilisés par les agents du FBI, les ordis, les voitures, les portables, les satellites... Rajoutez à cela le compte à rebours qui nous rappelle la date plusieurs fois dans le film. alors que tout ce qui a attrait à l'enfant semble sortir des années 80 (ce qui se justifie par le fait qu'il est vécu dans la secte) le total look jean du père, les voitures qu'ils conduisent, les téléphones qu'ils utilisent.


Le réalisateur allie cela à un hommage aux films de SF qu'il chérissait enfant. Ce petitou sous son drap, sa lampe torche, même sa coiffure,jusqu'à la manière dont s'éclaire la main tout me ramène à E.T. Il y a aussi quelque chose des X-Men, de superman et d'autres...
Tout cela créé un ensemble d'une finesse et d'une efficacité quasi poétique. Elle est aussi due aux acteurs. Michael Shannon est un père épuisé mais combatif formidable. Son histoire semble se lire sur son visage. Joel Edgerton pendant tout le film est à l'opposé de ce que renvoi son image, il est super touchant. Adam Driver est le personnage pour qui on a de l'empathie, il nous donne les clés du film. Puis il y a Jaeden Lieberher, bouille à bisous venue des années 80, enfant omniscient il est bouleversant


( Attention même si j'évite d'habitude, vous entrez dans une zone de spoilers )

Ce film parle d'autres choses. pour moi il est la métaphore de la mort d'un enfant. Et c'est probablement l'un des plus beau, digeste et poétique film sur ce sujet. Tout y est, la maladie de cet enfant. Ici elle est incarnée par son don. Don qui comme toute maladie transforme un enfant en enfant particulier, en héro du quotidien. il y a aussi l'évolution de son état, avec tous les marqueurs que distille le film. L'imagerie de cet enfant qui vit la nuit et qui voit un dernier coucher de soleil qui lui annonce un monde au dessus de la terre. Un monde qui correspond parfaitement à ce que l'on imagine du paradis. La finesse d'écriture de ce film va juste à reproduire ce que l'on décrit lorsque l'on parle des familles des petits malades. Le refuge dans une croyance, dans une pensée magique d’où la secte. La perte de pouvoir et le sentiment d'impuissance des parents, dans ce film c'est le gourou qui décide de se proclamer père d'Alton.

Roy reste là avec un sentiment d'impuissance et un énorme amour. Mais dans la course finale, c'est lui avec sa mère et un ami d'enfance qui l'accompagnent. Puis il y a l'épilogue. Ou l'imagerie d'un monde meilleur est partout. La lumière éblouissante, un univers plus adaptés à notre petit héros, ou il y a des gens comme lui. mais dans le film ils ne sont que des formes lumineuses qui ressemblent à la représentations de l’âme des morts. Il y a une vision architecturale de cet ailleurs. Puis il y a ce qui se passe après pour les parents et ceux qui les accompagnent. Le changement même physique pour certains, la lecture très cartésienne, ou ce vacillement entre le recueillement la peine et le soulagement pour d'autres.

Ce film est un beau film, riche et a la lecture différente suivant les personnes. J'ai tenu à vous parler de mon ressenti et c'est pour cela je devais spolier. C'est la première fois depuis que j'écris. Maintenant après avoir posé mes idées sur le papier, il me fait penser à un de ces magnifiques tableaux ou l'on peut se plonger, voir des choses différentes mais être d'accord sur le fait qu'elles sont assez complémentaires, que la vision de l'autre vaut bien la sienne, et que la constante est la beauté de la toile