Détour [Concours] [TERMINE]


A l’occasion de la sortie en Blu-Ray et DVD du film "Détour" réalisé par Christopher Smith, avec Tye Sheridan, Emory Cohen, Bel Powley le 14 Mars 2017. Inglourious Cinema en partenariat avec l'Atelier d'Images et UFO Distribution vous font gagner 2 blu-ray du film.



Harper, un jeune étudiant, déteste son beau-père, responsable d’un accident qui a plongé sa mère dans le coma. Un soir, alors qu’il noie son chagrin dans l’alcool, il élabore un plan avec un voyou et une stripteaseuse pour l’assassiner. Le lendemain, à peine remis de sa cuite, Harper n’a pas le temps de se souvenir de sa rencontre qu’il se retrouve embarqué dans une virée vengeresse, contraint d’assumer ses choix…


TIME IS OVER
MERCI DE VOTRE PARTICIPATION

[Pour gagner, il vous suffit de répondre correctement à la question ci-dessous avant le 28 mars 2017 à minuit; un tirage au sort désignera les gagnants parmi les bonnes réponses:


Quel est le titre du film précédant de Christopher Smith ?


Envoyez votre réponse à inglouriouscinema@gmail.com

Avec votre nom, prénom et adresse postale.

Pour doublez vos chances, suivez nous sur facebook ou twitter]

Le tirage au sort aura lieu le 29 Mars 2017 et les gagnants seront avertis par e-mail. 1 seule participation par foyer sera prise en compte, toute réponse incomplète (sans adresse) ne sera pas prise en compte, Concours destiné aux habitants de France métropolitaine uniquement. Vos coordonnées ne seront pas conservées. Notre partenaire enverra les lots aux gagnants, Inglourious Cinema ne saurait être tenu pour responsable de l’acheminement des lots.

Toro


Après quelques temps passés à l’ombre, Toro, un ancien membre de la mafia, est bien décidé à refaire sa vie. Il souhaite plus que tout laisser derrière lui son passé. Mais lorsque sa nièce se fait enlever, il se retrouve entraîné dans une spirale infernale de fuite, de pièges et de violence. Son instinct de tueur va resurgir…

Toro – Réalisé par Kike Maillo - 22 Février 2017

Je ne recommencerai pas mon laïus sur les sorties tardives en France des films, mais sachez que dans le cas de « Toro » il s'est passé presque 10 mois entre la sortie en Espagne et la sortie en dvd/bluray en France. C'est peu dire que je suis content de pouvoir le découvrir, car il s'agit du deuxième long-métrage du cinéaste espagnol Kike Maillo, déjà auteur en 2012 de la petit pépite pleine de poésie « Eva ».

Toro est l'homme de main préféré du mafieux Romano. Une place qui lui donne une certaine autorité, mais c'est aussi la place que l'on veut prendre. Un poids qui pèse sur les épaules de Toro, qui décide contre l'avis de son chef, de se retirer après un dernier cambriolage. Hélas rien ne se passe comme prévu. A peine arrivé sur le lieu du vol, la police arrive et force Toro et ses complices à fuir, provoquant une confrontation inévitable qui fini par l'arrestation de Toro et par la mort d'Antonio l'un de ses amis qui participait au vol. 5 ans plus tard, Toro est sur la voie d'une vie nouvelle. Sa peine est aménagée, il a un travail de chauffeur et il entretient une relation durable avec une institutrice, la chaleureuse Estrella. Malgré tout ça, il ne peut tenir à l'écart trop longtemps un passé bien décidé à lui pourrir la vie, notamment son frère Lopez, un escroc notoire qui vient de se mettre à dos Romano, le parrain de la mafia de Malaga. Toro ne veut plus rien avoir à faire avec Lopez, mais il ne peut lui refuser son aide, car sa fille à été enlevée par Romano et elle ne mérite pas ça. Entraîner dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas, Il s'engage alors dans une fuite en avant qui va mettre ses bonnes résolutions à rudes épreuves …

Si son premier film « Eva » m'avait bouleversé, on ne peut pas en dire autant de son second long-métrage qui si il se laisse regarder, ne possède pas la surprise et la fraîcheur qui habitait son premier film. Kike Maillo avait le mérite malgré la science-fiction de minimiser ses effets, de jouer la carte de l'humain et de personnage bien incarné pour se détacher du genre en question. Ici c'est tout le contraire, des le début on sent l'influence énorme d'un film, le « Drive » de Nicolas Winding Refn, une influence qu'il ne digère absolument pas et c'est assez problématique …

Le début du film ne perd pas de temps. L'intrigue nous plonge directement dans l'action, on découvre les personnages et ceux qui les lient. C'est assez rapide et l'efficacité est là, mais des que l'on rentre dans le cœur de l'intrigue, le scénario écrit par Rafael Cobos et Fernando Navarro fonce droit dans le mur des clichés et stéréotypes (La mafia, le parrain, l'homme de main taciturne, le repentis, la vengeance …) , le tout saupoudré d'une narration plate qui ne cherche jamais à surprendre. De plus il s’assoit allègrement sur la cohérence ce qui n'aide pas à s'attacher et a comprendre les différents personnages. Cependant tout n'est pas à jeter, le fait de se concentrer sur une période de 24 heures par exemple imprime un rythme implicite au récit qui lui donne une certaine dynamique; mais là ou c'est vraiment judicieux, c'est le fait d'ancrer l'histoire dans son folklore et de confronter passé/présent. On retrouve ainsi le senorito andalou (le Mafieux Romano), la relation seigneur/sujet (Romano et les personnages qui lui donnent de l'argent) et enfin la corrida avec l'affrontement entre le Matador et le taureaux (Romano/Toro). Des traditions qui donnent de la tension, du cœur et un sens de la solennité qui rappelle les mises à mort dans la corrida; un apport au récit essentiel et qui nourrit la relation entre Romano et Toro, la rendant beaucoup moins artificielles.

Bon l'histoire ne vous emmènera pas vers des territoires inconnus et le visuel qui penche en plus vers du NWR (Nicolas Winding Refn) en rajoute avec cet air de « déjà-vu ». Parallèlement à ça je reconnais aisément que Kike Maillo signe un film impeccable visuellement; il y a toujours ce soucis du plan bien composé, bien éclairé, d'ailleurs il retrouve le chef-op de « Eva » Arnau Valls Colomer qui avait fait un bon travail la aussi.

Le réalisateur ne se contente pas de mettre simplement en image son histoire, il recherche constamment à mettre de l'ampleur dans sa mise en scène (travelling aérien, caméra portée) et même si ce n'est pas toujours réussis, cela donne un certain caractère à l'image, on est pas sur quelques choses qui cherche la sécurité. D'un autre coté Kike Maillo gère bien le rythme assez soutenu du film, il intègre aussi dans sa mise en scène toute le folklore de la corrida, ou la ville de Malaga devient une arène à ciel ouvert, une ambiance solennelle assez juste qui nous entraîne jusqu'au final attendu, qu'il gère avec pas mal de maîtrise, avec une montée en tension finale réussi apportant une dose d'émotion bien venue.

Quant au casting, je n'ai honnêtement rien à dire dessus, car ils sont globalement bons. Sauf qu'il y a un mais ! Si j'ignore les 20 dernières minutes, les deux rôles principaux, tenu par Mario Casas et Luis Tosar, moi je les aurais inverser. Alors je pense que ce n'est pas ce que le réalisateur aurait aimer, car ça participe au décalage qu'il veut nous montrer, mais pendant les ¾ du film, je ne crois pas au personnage interpréter par Mario Casas. Il manque de consistance, de charisme, de force et de puissance, puis c'est Luis Tosar en face et personnellement ça pardonne pas, car même si lui joue un personnage roublard, pleutre et lâche, je n'ai pas de mal à le croire. Une sensation qui ne m'a pas quitter jusqu'au final du film ou Mario Casas se lâche enfin et s'approprie son personnage. Reste Jose Sacristan dans le rôle de Romano, qui joue assez juste, puis avec flegme et retenue quand il se transforme en Matador prêt à donner la mort. 

Une série B pantouflarde !


This Is Where I Leave You



THIS IS WHERE I LEAVE YOU
Shawn levy


This is where I leave you, est le film adapté du roman éponyme de Jonathan Trooper Je suis tombée, par hasard sur le teaser, et il m'a fait pleurer de rire. Le lendemain on s'installait devant ce film.


Judd est le réalisateur d'une émission de radio à succès. Un jour où il rentre plus tôt avec un énorme gâteau pour fêter leur anniversaire avec sa femme. Il la trouve au lit avec son patron, l'animateur de la-dite émission de radio. Quelques jours après son téléphone sonne, c'est sa sœur qui lui annonce que son père est mort. Il se retrouve à devoir rester une semaine avec sa famille, dans la maison de son enfance, pour célébrer «shiva». C'est la dernière volonté de son père. Cette famille ce sont ses deux frères, et leurs compagne et épouse; sa sœur ses enfants et son mari; ainsi que sa mère.
Toute personne qui a perdu un membre de sa famille, sait combien un deuil et les jours qui suivent un décès sont rythmés par des rituels. On les accepte, ou on les rejette, mais c'est la manière dont nous les affrontons qui nous permet d'avancer.
Ici le livre puis le scénario utilise le rite de shiva, et la religion juive car il permet de réunir les protagonistes dans une position spéciale, chaque jour pendant une semaine, dans un même lieu. Ce regroupement est à l'origine de révélations, autant que de moments très drôles. Il est le temps ou les choses se dénouent. Il faut ajouter la position physique des protagonistes. Assis sur des sièges bas, les trois frères, la sœur et la mère semblent parfois un peu engoncés sur leurs chaises.
Ces passages sont particuliers, avec un défilé de personnages aussi divers que variés. leurs mises en scène est quasi théâtrale. Mais le script et la réalisation restent respectueux de la religion, bien qu'aucun des protagonistes ne soit réellement pratiquants. La religion est utilisée pour alléger l'atmosphère à chaque étape du récit. Que ce soit au moment de l'enterrement, ou lors de la messe commémorant le mort, le moment est détourné de manière a permettre l'humour de naître autour d'un personnage. Et que celui qui n'a pas du réprimer un fou rire dans ces moments, jette la première pierre au scénariste. Ce ne sera pas moi. Le rabbin est à l'image de l'utilisation de la religion, il est touchant mais sa fonction est parfois détournée, lors d'un discours aux accents de prêches évangélistes, ou à cause d'un surnom d'adolescent qui revient de nulles part.
Tout est savamment dosé.
Dans la vie, ces circonstances ne vont pas sans questionnements sur nos existences. Et c'est le coté le plus touchant du film. ces personnages traversent des crises qui leurs sont propres. Ces crises trouvent leurs origines dans ce qu'ils ont vécu avant de quitter cette maison familiale. Le réalisateur par petites touches, s'attarde sur chacun d'entre eux. Et même s'il ont tous des moments emprunts d'humour, spécialement Phillip le plus jeune, ils laissent tous percevoir leurs failles. Pendant ces moments la réalisation sait faire naître l'émotion.
Ce film, dans sa globalité, est un moment d'équilibre parfait. Il permet en plus d'évoquer des thèmes essentiels comme le deuil, la parentalité, comment rebondir quand la vie vous trahit, puis finalement ce qu'est l'amour, aimer et être aimé.
La construction du scénario, laisse la place belle à une pléiade d'acteurs qui semblent prendre un grand plaisir à jouer ensemble; et compose une famille dysfonctionnelle dans laquelle on voudrait bien avoir une petite place. 
Jane fonda est une mère de famille aimante, combative et sans tabous. Elle est l'élément de fraîcheur de ce film. Elle est crédible dans toutes les situations même dans le twist de fin.
Jason Bateman est Judd, le fils que l'on suit. Il est juste dans un jeu sans fioriture. 
Tina Fey joue la sœur protectrice de la famille; Corey Stoll incarne le frère aîné qui a du mal à s'affirmer. Puis Adam Driver joue le petit frère insouciant et aimant qui s'avoue plus complexe que ça. Il est l'un des personnages les plus attachants.



Ce film a été une bonne surprise et un moment agréable avec plein de bons acteurs. Il est fidèle à sa bande annonce, ce qui est de plus en plus rare aujourd'hui. Il a un humour juste et frais qui me touche, et un discours sur la vie qui fait écho en moi.

Citizen Kane


A la mort du milliardaire Charles Foster Kane, un grand magnat de la presse, Thompson, un reporter, enquête sur sa vie. Les contacts qu'il prend avec ses proches lui font découvrir un personnage gigantesque, mégalomane, égoïste et solitaire.

Citizen Kane – 3 Juillet 1946 - Réalisé par Orson Welles

Je suis quelqu'un qui ne croit pas aux classements. Oui les classements du genre « Les 100 meilleurs films de tout les temps » ou « Les meilleurs films du 21 eme siècle », que des critiques rédigent après une concertation plus ou moins grande, ou même des blogueurs parfois … Sauf que le problème avec chaque « top » c'est qu'il ne représente que les personnes qui l'ont conçu et qu'il ne sont pas forcément représentatif du cinéma en général. C'est dans ce cadre là que j'ai découvert il y a longtemps l'existence de « Citizen Kane » élu fraîchement « Meilleur film de tous les temps » par une flopée de réalisateurs, réalisatrices et critiques. Une titre honorifique qui en impose, mais me concernant à l'époque, ce n'était ni plus ni moins qu'un film portait aux nues par une poignée de gens snobs ! Sauf que depuis ce temps là, j'ai énormément changé, j'ai découvert mon premier Orson Welles avec « La Soif du Mal » qui est un petit bijoux et que « Citizen Kane » n'usurpe pas sa réputation …

Charles Foster Kane est un grand magnat de la presse à la fortune colossale, un homme que l'on adore, ou que l'on déteste et qui a presque réussi tout ce qui l'a tenter. Un homme ambitieux qui à marquer son temps et son décès laisse la presse américaine dans une profonde incompréhension, car si l'on connaît sa vie publique, il est difficile de dire qui était vraiment cette personne. Une interrogation légitime qui apparaît au moment du décès de Kane. Il était dans son immense palais de solitude « Xanadu », une boule de neige serrait entre ses mains qu'il lâcha lors de son dernier souffle, ou seul le mot « Rosebud » vient troubler cette étrange quiétude qui venait de s'installer. Car la presse qui pensait tout savoir, ne savait qui était « Rosebud » ! C'est ainsi qu'un journaliste va essayer de remonter la piste de ce nom, en interrogeant les uns après les autres diverses connaissances de Kane, proches comme collaborateurs, ils vont tous dépeindre un Charles Foster Kane différent, tantôt en homme affable et aimant, en impitoyable homme d'affaire ou encore comme quelqu'un profondément seul …

Au final je ne dirai toujours pas que « Citizen Kane » est le « Meilleur film de tous les temps », mais c'est bien l'excellent film dont j'ai entendu parler. Un film subtil, étonnant, vibrant et moderne. Un film sur un homme comme l’Amérique en compte des centaines (William Randolph Hearst) et un cinéaste prodigieusement talentueux pour réaliser ça. Un film qui a presque quatre vingt ans, n'en fini pas d'influencer les cinéastes et de marquer de son empreinte le 7eme art. Un intemporel qui fait encore écho de nos jours …

Des le début on est pris à contre pieds par l'histoire que nous conte Welles, on assiste à la fin de vie de Kane, puis on enchaîne sur la nécrologie préparée par un organe de presse. D'entrée on est surpris par cette succession de séquence, qui font passer Charles Foster Kane pour un certain Donald Trump, preuve si il ne le fallait que le self-made man à l'américaine est ancrée dans les gènes de ce pays, mais cela entraîne aussi une course à l'image, maîtrisée ou non qu'ils se doivent de posséder pour durer dans le temps et c'est ce que Orson Welles interroge pendant 2 heures. Avec la collaboration de Herman J. Mankiewicz, il livre un scénario qui déconstruit une certaine idée du rêve américaine, en interrogeant diverses personnes qui ont connu Charles Foster Kane et qui apporte un éclairage sur les événements clé de sa vie. Son enfance, comment il a tué symboliquement le père, ses premiers amours, ses ambitions, ses réussites comme ses plus cuisants échecs, une alternance de fait nourrit par l'envie de savoir ce qu'est « Rosebud ». Un macguffin qui nous dévoile un homme qui n'a pas eu d'enfance, qui c'est toujours construit dans l'affrontement, qui n'a jamais eu d'amis, ni de véritable amour, un homme seul dans son palais, seul face à lui même …

Un scénario solide qui prend toute son ampleur grâce au talent de Orson Welles à la réalisation. Des le début c'est soigné, précis, la caméra est sure et elle bouge élégamment pour nous faire rentrer dans Xanadu, découvrant par la même occasion l'immensité de cette propriété. Tout en retenue Welles nous entraînes dans cette enquête, sur le mystère « Rosebud ». Une introduction qui mêle prises de vues réelles et trucages (Matte-paintings), une pratique que l'on retrouve tout au long du film et qui rendent certains plans stupéfiants, une mise en scène puissante qui sert à merveille l'histoire et le parcours aussi clinquant que triste de Kane. Une dynamique qui imprime un rythme au récit soutenu, on ne s'ennuie jamais et les différents flash-back sont insérés avec beaucoup de justesse. Rien ne parasite la progression de l'histoire, jusqu'au final aussi fin que délicat qui nous donne la réponse tant attendue. Une maîtrise de tout les instants émane de ce film, que l'on retrouve au montage avec Robert Wise, au soin apporté à la photographie par Gregg Toland, à la musique de Bernard Herrman ou encore à la direction artistique ambitieuse de Van Nest Polglase qui fourmille de détails.

Quant au casting, il est vraiment très bon. On y trouve Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Agnes Moorehead, Ruth Warrick, Ray Collins et bien d'autre, mais il y en a un qui mange tous les autres c'est « Orson Welles » ! Rare sont les réalisateurs qui se montrent aussi bon acteur et Welles fait partie de cette catégorie là, il maîtrise son sujet sur le bout des doigts que cela soit devant ou derrière la caméra. Le personnage est ici un prolongement naturel de sa personne qui s'efface (littéralement) derrière le portrait grandiloquent de Charles Foster Kane. Tantôt affable, colérique, jovial, sensible ou complètement désespéré il donne suffisamment de nuance pour que l'on apprécie toutes les aspérités du personnage dont il conte l'histoire. Une performance majuscule qui porte le film et qui marque l'esprit. 

Il ne vieillit pas, il est immortel, il est Charles Foster Kane !

Le Procès



LE PROCÈS d'Orson Welles

J'ai un souvenir particulier de Kafka, c'était en été, affalée devant mon livre au soleil. Je me souviens d'avoir frissonné en lisant une scène de torture. Il a laissé en moi une emprunte particulière. Ce souvenir d'avoir été déstabilisée par sa manière de construire son récit, surtout à cause d'une absence d'explication.
Alors lorsque j'ai lu que Orson Welles avait adapté Le Procès, j'ai été curieuse de connaître sa vision


Un matin alors qu'il dort, Joseph K voit surgir dans sa chambre un policier. Celui-ci l'interroge sur ce qu'il fait et pose des questions jusqu'à l'absurde dans leurs formulations. Sans jamais dévoiler autre chose que le fait qu'il est policier. Sans jamais l'interroger sur le méfait qui lui est reproché. Finalement on lui annonce qu'il est en état d'arrestation et perquisitionne.
Des témoins surgissent dans la maison de sa logeuse. K ne les connaît que de vue car il travaille avec eux. Il n'est pas proche d'eux. D'ailleurs joseph n'est proche de personne. Ces hommes s'en vont comme ils sont arrivés, et ils le laissent juste en lui disant qu'il est mis en accusation et que la procédure est mise en route. K va se perdre dans ces arcanes judiciaires, en rencontrer ses protagonistes ou croiser des intervenants. Sans jamais ne savoir de quoi il est accusé , ni comprendre ce qui va se passer.

Pour s'immerger dans un livre de Kafka il faut accepter de perdre pied. Orson Welles en tant que réalisateur applique parfaitement les préceptes de l'écrivain. Pour cela il déstabilise le spectateur. En premier par le visuel et les choix de photographie. Il joue avec les perspectives. Il transforme un ensemble d'immeubles récents du début des années 60, en paysage désertique et sans âme. Donnant un aspect de labyrinthe hypnotique ou seul nous, nous perdons.

Lorsque k est confronté à la justice, il va au tribunal et là les décors sont gigantesques et démesurés. Les colonnes semblent monter vers le ciel toujours gris. Les salles sont infiniment grandes, et parfois elles s’étendent sur différents niveaux. Les hommes semblent tellement petits, des fourmis qui égarent leurs âmes et leurs personnalités... des insectes qui se perdent dans le gigantisme de ce bâtiment dont certains ne sortent plus.
Quant au lieu ou travaille Joseph K , pour lui donner vie, Welles choisit la gare d'Orsay. Il créé une grande salle ou tous les employés sont habillés de la même manière. Ils semblent interchangeables quasiment non identifiables. On le reconnaît que parce qu'il ne cesse de gesticuler. Chaque moment a son esthétisme propre dans ce film. Il fait son identité. Mais ce qui ressort est cette impression de non individualité et un coté labyrinthique.

Tout cela participe à notre perte de reperds, mais pas seulement! elle se joue aussi au niveau des personnages. Ils passent et ont un rôle indéfini, tant dans l'histoire, dans la vie du personnage, ou dans la procédure judiciaire. Même le rôle de son avocat est indéterminé. On ne comprend que sur le tard qu'il n’est pas là pour le défendre mais pour faire traîner la mise en accusation. Chaque personnage a une fonction dans l'histoire et un sens plus profond. L'exemple le plus représentatif est Léni. Elle est l’infirmière et la maîtresse de l'avocat. Mais comme le dit son amant «elle aime les accusés», et couche avec tous les clients de son patron.
A chaque moment de ce film rien n'est ce que l'on voit, tout est plus riche.
Les acteurs sont mythiques. Anthony Perkins est Joseph K. Il est perdu dans son propre dynamisme. Ça longue silhouette, et sa grande taille lui donne l'allure parfaite pour se fondre dans les tableaux que dessine le réalisateur. Il compose un jeu qui évolue de la retenue guindée à la perte de contrôle hystérique.

On croise aussi la lumineuse Romy Schneider qui illumine le film et dont l'allure frêle contraste avec le monstre sacré Oscar Welles à qui elle donne la réplique. Deux icônes qui soufflent le jour et la nuit sur une même scène. Je finirai par Jeanne Moreau qui si elle a un petit rôle est tout simplement envoûtante.


Ce film est plus qu'un film, il est une expérience. Il est tout autant un matériel de réflexion qu'un manège qui vous laisse vacillant sur vos bases.

Bonnie and Clyde


Etats-Unis, les années 1930. C'est la Grande Dépression, suite au krach boursier de 1929. Un couple d'amants criminels, Bonnie Parker et Clyde Barrow, sillonne le pays en braquant des banques. Bientôt, l'Amérique ne parle plus que de ces hors-la-loi inexpérimentés. Certains les admirent. D'autres sont horrifiés. Quoiqu'il en soit, poursuivis par la police, ils devront bientôt faire face à leur destin...

Bonnie and Clyde – 8 Novembre 1967 - Réalisé par Arthur Penn

C'est un jour perdu dans les méandres de feu « Zive » qui se nomme désormais « SFR play » que j'ai découvert après moult recherche aussi agaçante que fatigante, un film sur un couple mythique. Pas un de ceux qui a forgé la légende du cinéma, mais plutôt de ceux qui ont marqué l'histoire des USA. Un film sur les années 30, sur la grande dépression, ses ravages et ses légendes, comme « Bonnie and Clyde »

Une journée comme une autre au Texas, territoire ravagé par les conséquences de la grande dépression, les banques ferment, la pauvreté s'installe et la misère gagne de plus en plus d'américains. Bonnie Parker est une jeune femme que la lassitude gagne, elle papillonne d'homme en homme sans que cela ne satisfasse ses envies. Un jour alors qu'elle attend que le temps passe dans sa chambre, elle surprend un homme à l'allure élégante s'approcher de la voiture de sa mère, ses intentions ne font aucun doute, mais pris par l'insolence qui se dégage de lui, elle tombe sous le charme de celui qu'on appelle Clyde Barrow. Une rencontre déterminante, ou Bonnie découvre le visage de son interlocuteur, un braqueur insouciant qui prend ce qu'il désire, animé par un esprit de revanche qui va les entraîner sur les routes sinueuses de l’illégalité. Sauf que les temps sont durs pour tout le monde et que les butins sont aussi rares que faméliques, ce qui pousse le duo à faire toujours plus. Clyde réunit ainsi son frère et sa femme avec eux, le gang Barrow écume divers États, hélas ils finissent par attirer l'attention de la police …

Une fois le film fini, je n'ai pas tout de suite était convaincu, car je trouvais que le film d'Arthur Penn forçait sur la « glamourisation » de son couple, rendant presque son histoire complètement artificielle. Cependant et cela après quelques jours, les qualités du films sont ressorties peu à peu, pour se révéler être en phase avec le sujet qu'il aborde. Un acteur/producteur en perte de vitesse qui cherche à prendre une légitimité qu'il n'a pas pour un film en rupture avec les codes de l'industrie en vigueur à l'époque …

Avant que le film existe, il y a un livre, écrit par John Toland « The Dillinger Days » qui raconte l'histoire de ce duo. Ces deux jeunes scénaristes qui s'en emparent pour l'adapter, il s'agit de Robert Benton et David Newman séduit par l'histoire de ces gangsters et par l'aspect révolutionnaire que le couple incarnait à l'époque, qui résonne alors avec l'esprit de la fin des années 60. Admiratif du réalisateur François Truffaut, il lui propose le scénario, mais trop occupé par l'un de ces films, il décline l'offre et leur conseille de s'adresser à Jean-Luc Godard qui décline à son tour. Mais le destin, qui se nomme Truffaut, leur met sur la route Warren Beatty qui cherche une opportunité pour se relancer. Intéressé par le rôle, il décide de tout faire pour que cette fois-ci rien ne lui échappe comme pour « What's New Pussycat », il achète les droits, le produit, recrute le réalisateur et fini même par incarner au final le rôle principal.

Un choix idéal qui sert à merveille l'histoire. Si Beatty n'a pas voulu que son personnage soit bisexuel comme dans la réalité (Question d'image à l'époque pour lui), ils ont fait de lui quelqu'un d'impuissant et qui va comme sa partenaire à l'écran chercher quelque chose de nouveau, à dépasser sa propre condition de départ grâce à leurs vies de gangsters. Car au delà des méfaits qu'ils commettent, ce sont deux personnes en marge de la société et qui ne cherche qu'une place qui leur échappe depuis trop longtemps. Bonnie veut prouver qu'elle n'est pas qu'une femme qui attend le bon partie et Clyde qu'il n'est pas qu'un simple séducteur et braqueur de banque. Une quête de soi qui ne se fera pas sans heurt, ni drame, mais qui les verra changer et porte l'idée d'un monde différent ou chacun aurait sa place. Une métaphore à peine caché de la situation des gens dans les années 30 qui subissaient la crise et qui se devaient de se battre pour espérer une vie meilleure. le parcours de Bonnie & Clyde est alors symbolique du mal-être de la population qui voit en eux des idoles renversant un ordre établi qui les oppresse. Une façon aussi pour Arthur Penn et Warren Beatty de placer leur film au début du Nouvelle Hollywood …

Un film à la richesse thématique indéniable dont Arthur Penn s'empare pour faire un film en rupture avec les codes de l'époque à Hollywood. Une obligation vu les personnages qu'il met en scène, mais aussi par rapport à la situation de « la grande dépression » qui n'était pas avare en coup dur et autre drames. Premier bon point, c'est tout l'ambiance et le background mise en œuvre à l'écran, on voit un Texas qui est entrain de dépérir, ou les propriétaires sont jetés à la rue par les banques, les paysages sont désertiques, les habitations abîmés par le temps, les couleurs sont chaudes, dans des teintes de jaunes, que la photographie de Burnett Guffey magnifie et ou les décors de Dean Tavoularis résonne comme les fantômes de la grande dépression. Un décorum de western qui nous accompagne tout au long du film, ou le réalisateur nous livres des scènes de poursuites et de fusillades d'une violence étonnante pour l'époque, tout comme la représentation de la sexualité à l'écran qui est présenter frontalement (presque) notamment au début quand on découvre Bonnie, ou de manière détourner par des substituts (bouteille ou arme à feu). Le réalisateur nourrit ainsi la personnalités des différents protagonistes, un duo à l'apparence adulte mais au comportement juvénile mue par leur instinct les plus basiques, boire, manger, faire l'amour. Un film qui va au rythme de ces différents protagonistes, à la fois rapide et instinctif, que lent, tendre et cruel, jusqu'au final d'une brutalité choquante …

Le casting est quant à lui magnifique, beau et plein de talent. C'est la première fois que je regarde un film avec Warren Beatty et je n'ai pas était séduit à 100 % par l'acteur qu'il est. Alors pour son rôle de Clyde, il se glisse à merveille dans les habits de ce gangster, il a la carrure et la dose d'impulsivité qui sied au personnage, cependant je le trouve un peu lisse, il manque un peu de caractère. Ce qui est pour moi tout le contraire de sa partenaire à l'écran Faye Dunaway, un vrai caméléon qui donne naissance à un personnage dur, sensible et attachant. Une performance majuscule pour une actrice qui se métamorphose en deux heures, avec minutie, empathie et subtilité, qui font passer la Bonnie sensuelle et insouciante à la femme sure d'elle, qu'elle est à la fin. Michael J. Pollard joue le rôle du mécano/chauffeur « C.W. Moss » un peu simplet que le duo recrute; il y a aussi Gene Hackman dans le rôle du frère de Clyde « Buck », une composition survoltée qui tranche avec celle de Beatty ; Estelle Parsons joue la compagne de « Buck », c'est aussi l'antithèse du personnage de Bonnie, ce qui crée quelques étincelles ; puis pour finir on trouve Denver Pyle dans le rôle du texas ranger Frank Hamer et Dub Taylor dans le rôle du père de Moss. 

C'est l'histoire d'une rébellion inter-générationnelle qui ne vieillit pas, beau, intense et puissant ... 


L'homme qui en savait trop [1935]


En vacances en Suisse avec leur fille, Bob et Jill Lawrence se lient d'amitié avec un Français qui est assassiné. Avant de mourir, il prévient Bob qu'un diplomate va également être assassiné. Pour empêcher le couple de parler, les futurs meurtriers enlèvent leur fille. Jill se rend a l'Albert Hall ou un tueur doit abattre le diplomate et tente de faire échouer l'attentat.

L'Homme qui en savait trop – 1 Mars 1935 – Réalisé par Alfred Hitchcock

Le remake au cinéma c'est un peu la facilité pour un studio en panne d'idée. Cela parasite même de nos jours les chaînes de télévisions qui créent toujours, mais qui n'hésitent pas à ressortir les vieilles marmites du placard pour titiller la nostalgie des spectateurs. Mais j'avoue naïvement que je n'aurais jamais cru qu'Alfred Hitchcock fasse cela et c'est bien ce qu'il a fait avec « l'Homme qui en savait trop » il a remaké son propre film. Hélas nous sommes pas là pour parler du remake, mais bien de l’œuvre originale de 1935, avec Leslie Banks, Edna Best et Peter Lorre. Le couple Lawrence avec leur enfant sont en vacances dans une station de ski en Suisse. Ils profitent allègrement des joies que procure la montagne, ils se lient même d'amitié avec d'autre personnes, dont un français. Un homme qui décède mystérieusement et qui livre au couple Lawrence un immense secret, un diplomate va être assassiné lors d'un concert à Londres. Les commanditaires décident d'enlever la fille des Lawrence pour les empêcher d'agir et de mettre un terme à ça, sauf que rien ne se passera comme prévu.

Alors le remake de 56 ne m'avait pas particulièrement touché, mais c'était un film extrêmement solide, avec une justesse et un rythme parfaitement maîtrisé, notamment dans un troisième acte sublime dépourvu de superflu. Tout le contraire de son essai de 1935 qui est littéralement un brouillon de ce que sera son film vingt ans plus tard. On retrouve malgré tout une certaine maîtrise du suspense, un sens du découpage millimétré et une réalisation que l'on sent ambitieuse, mais l'ambiance en pâtit, on est jamais oppressé, stressé ou pressé, le rythme du film est calamiteux alors qu'il ne dure que soixante-douze longues minutes et le scénario ne suit pas, s'embourbant lentement dans une intrigue boueuse. Écrit à plusieurs mains, elle expédie trop les choses, on ne rentre jamais dans le détail et les différents personnages manquent d'épaisseur, un manque que l'on aurait pu « peut-être » éviter si il n'y avait cette fusillade grotesque à la fin qui n'apporte absolument rien, d'ailleurs il faut noter qu'elle n'est plus là dans la version de 1954. Mais si il y a bien un élément qui n'a pas a rougir de son remake, c'est le casting qui est superbe. On retrouve ainsi Leslie Banks, Edna Best et l'excellent Peter Lorre, l'inoubliable « M » dans le film de Fritz Lang qui excelle une fois de plus dans le rôle du méchant de service. 


C'est décevant et je ne serais que trop vous conseiller le remake de 1956 !


Les Oubliés



LAND OF MINE (les Oubliés) de Martin Zandvliet


Land of Mine est un film danois, ce qui est rarement le cas des films que je regarde. Land of Mine est un titre parfait pour le film dont je vais vous parler, mais un traducteur fou est passé par là et l'a transformé en les oubliés. Titre qui ne fait pas vraiment sens à la vue de ce long métrage.

Ce film nous ramène en 1945 lorsque la guerre se termine et que le Danemark doit déminer ses cotes ou ont été enterrées 2,2 millions de mines, plus que nulles part ailleurs en Europe. Pour rendre les cotes à nouveaux accessibles, les soldats danois décident d'utiliser les prisonniers de guerre allemands avant de les renvoyer dans leur pays. Dans L'Histoire ils furent deux milles à déminer et la moitié furent tués ou blessés. Cette histoire suit une quinzaine de soldats et nous nous attardons sur un petit groupe. Le réalisateur n'est jamais dans la complaisance. Et surtout pas avec l'histoire de son pays, ce qui est assez rare quand ça concerne les films qui traitent de la seconde guerre mondiale et de ce qui s'est passé après.

Il dessine l'animosité qui confine à la haine du soldat allemand par touches, créant un contexte et dépeignant un climat. Ceci dès la scène d'ouverture très explicite sur les sentiments du sergent qui va encadrer les soldats germaniques. Ou par le biais de la haine et la peur d'une mère (probablement veuve) au quotidien. Elle qui aux allures si douces semblent capable de souhaiter le pire pour des enfants tant qu'ils sont allemands. Ou encore en montrant comment les soldats victorieux prennent les perdants pour leurs jouets voir des sous hommes.
Ensuite il utilise les décors naturels somptueux de bord de mer. Il les filme sous la pluie. Donnant ces images en hiver ou tout est kakis et les gris, on ressent l'humidité le froid et la crasse. Mais lorsque le temps s'éclaircit, la réalisation desature toutes les images. Il créé un univers particulier, ou les uniformes ont un aspect délavé et passé. la luminosité est blanche et froide, même le sable devient blanc.

La chose la plus marquante de ce film est le choix de ces acteurs. A la fin de la guerre l'armée allemande est décimée, et partent au front des enfants, des jeunes adolescents. C'est eux qui sont capturés et qui vont déminer les plages. la majorité de ces soldats n'ont jamais été au combat. Il ont des envies d'enfants. Le parti pris est donc de caster que des jeunes hommes, aux teints de lait et aux yeux translucides. Cela créer des moments en complet décalages avec la cruauté de ce qui les entoure. Par exemple lors des interactions avec une petite fille blonde et pleine de candeur et d'innocence. Ces relations sans idées préconçues sont un contrepoint à la situation qu'ils vivent.

Le film n'est pas rythmé par une musique ou tout autre chose, il n'est habillé que par des voix pas encore matures et des explosions par ci ou par là. Je pense que je n'ai jamais autant sursauté devant mon écran. Cette ambiance sonore, et l'économie des dialogues font ressortir le peu de mots prononcés. Et ils revêtent une importance particulière mettant en exergue la jeunesse de ces soldats et leurs rêves d'avenir.
Les acteurs sont incroyables si jeunes et pourtant si doués. Je ne vais en citer que deux, mais j'aurai pu m’arrêter sur chacun d'eux. Il y a l'adulte, le sergent allemand qui évolue tout le long du film, interprété par Rolland Moller.  Puis il y a l'un des jeunes soldats des plus charismatique, il mange l'écran, et nous fracasse l’âme. Il est interprété par Louis Hofmann. C'est la première fois que je le vois dans un film, mais il a déjà une longue carrière. Il est extraordinaire.

Ce film m'a séduit car il n'est pas manichéen. Il est à la fois épuré, et fort. Il n'est pas étonnant qu'il soit nommé aux oscars dans la catégorie « best foreign language film » car il est à la fois une bijou technique et nous rappel une par de notre histoire à laquelle on n'aime pas être confronté.


Silence


SILENCE de Martin Scorsese

A l'heure de l'annonce du partenariat entre Netflix et Scorsese pour la production de son nouveau film. Il est temps de parler du dernier opus de son œuvre silence qu'il a mis vingt ans tourner. Ce film est tiré du livre éponyme de Shusaku Endo. Bizarrement ce film majeur dans sa filmographie, si épuré a fait l'unanimité dans notre maison alors que nous avions tous les deux une vision différente du message religieux que voulait faire passer le réalisateur. Cet écrit encore plus que d'habitude est juste l'expression de mon sentiment.
L'histoire se situe au XVIIeme siècle. Au japon, les jésuites qui évangélisés l’île ne sont plus les bienvenus. Le père Cristovao Ferreira a disparu. Il est un missionnaire de premier ordre. Au détour d'un convoi marchant et maritime une lettre arrive ou il renie Dieu, et son engagement dans les ordres.

Face à ce courrier deux frères qu'il a formé, décident de s'embarquer pour le Japon. Ils ont conscience d’être les derniers missionnaires à y partir, leur but est de trouver le père Ferreira. Mais des qu'ils arrivent, ils se retrouvent face à une population évangélisée en pleine détresse car elle ne peut pas exercer son culte. Ils se mettent à dire des messes, donner des sacrements, et sont vites confrontés à l'inquisition japonaise. Il y a des films qui vous touchent par leur beauté. La beauté sans fioriture de ce film m'a ému. Scorsese pause sa caméra de ne manière à ne laisser de la place qu'à l'histoire. Certaines images sont très légèrement desaturées, d'autres sont très contrastées. Les scènes de nuits sont aux flambeaux. Il n'y a jamais une lumière ou une image qui est facile. La maîtrise du maestro est totale.

Tout est beau et il est bon de se laisser mener par le réalisateur. Et il faut avouer que c'est assez prodigieux, car c'est un film fleuve de 2h40 et une partie est consacrée à regarder appliquer des tortures aussi bien physiques que morales, mais à aucun moment il y a de l’ennui. Il y a une alchimie parfaite entre ce film et son spectateur. Puis il y a cette manière de filmer l’Asie fantasmée de cette époque; ses couleurs ses habits, ses tissus ses habitations. Le pauvre et le riche, celui qui vit dans les petits villages, et ceux qui vivent dans un lieu un peu plus urbain; ce sont des films dans le film. Tout est remis en cause et filmé différemment avec une maîtrise parfaite. J'aime son choix d'acteurs, ils sont tous très bons. Mais le tandem Adam Driver et Andrew Garfield est un pur bonheur. On a l'impression qu'ils sont nés pour avoir ces rôles. Et même si je suis pour plus d'Adam Driver dans ma vie de cinéphile. Je trouve qu'il a un corps pour incarner le frère Francisco Garupe.
Son aspect longiligne, ses cheveux bruns et raides donnent corps à sa vision de la religion. Sa volonté d’être intègre face à ce qu'il a appris. Il y a dans cet homme d'un profond sentiment religieux qui va de paire avec le respect des règles qui lui ont été enseignées; et une volonté d'aider les autres. Il est probablement le personnage le plus attachant de ce film car il est le plus déchiré. Andrew Garfield quant à lui est le frère qui est le plus apte à détacher sa foi des rituels qui accompagnent son culte.

Très rapidement il montre comment il peut passer sur certaines choses, et démontre une aptitude à prioriser des événements même les plus inacceptables à nos yeux. Puis il y a la manière dont il apparaît spécialement en seconde partie du film, avec ses cheveux souple coiffés, ses kimonos. Tout, même dans les pires moments respire en lui, la réflexion,et la force de ses convictions et son adaptabilité. Le sujet du film nous amène aussi à parler de l'inquisition japonaise. Je ne connaissais rien de ça. C'est un peu l'anti thèse de ce qui s'est passé en Europe, avec une seule constante la torture. Le but ici est que les japonnais abjurent la religion catholique et soient tous bouddhistes. On pourrait parler pendant des heures sur le fait que le bouddhisme est la religion pacifique par excellence et que c'est pas compréhensible qu'elle se retrouve au milieu de tout ça. Mais elle apparaît tout autant utilisée que l'est le catholicisme.

L'inquisition ici , permet de poser des question sur la torture. Elle est mise en scène en reprenant l'imagerie de la religion catholique. Et alors qu'en Europe les historiens la décrivent comme plutôt physique, ici quand le but est de faire céder un prêtre la torture est morale, et menée par quelqu'un qui connaît les mécanismes des religieux.
Mais ce film est aussi un questionnement sur la religion, et à bien des égards il ressemble au questionnement d'un croyant sur sa foi et sur l'église. Chaque moment du film semble toucher interroger un thème précis. Que ce soit la place du religieux dans l'institution? qui est le plus important l'individu ou l'institution? Ou encore est ce que dieu est dans l'église ou dans les silences? Ce ne sont que quelques uns des thèmes de réflexion abordés

Ce film m'a fasciné. Mais je suis athée et j'ai une culture catholique de base. J'ai pu avoir la distance parfaite pour l'apprécier. Alors que d'autres personnes, pour différentes raisons y seront insensibles. Mais a minima c'est un très bel objet cinématographique.

Cien anos de perdon


Pete, braqueur réglo et très pro, se lance avec cinq de ses hommes sur un gros coup : le casse d'une grande banque internationale. Ils doivent maîtriser une dizaine d'otages et vider un maximum de coffres-forts avant de s'échapper par un tunnel souterrain. Mais l'opération se complique lorsqu'ils réalisent que leur unique voie de sortie est inondée. Pris au piège de cette forteresse, les braqueurs finissent par découvrir que l'un des coffres renferme bien plus que de l'argent. Et si leur mystérieux commanditaire ne leur avait pas tout dit ?

Cien anos de perdon – 31 Janvier 2017 – Réalisé par Daniel Calparsoro

[EDITO] Depuis la généralisation du piratage des œuvres cinématographiques et l’échec des diverses politiques de répression qui ont été mises en place; il y a toujours un problème majeur qui se pose, la disponibilité du film dans le cadre d'une offre légale face au piratage. Globalement (C'est un exemple général, pas une généralité), un film est disponible en dvd/bluray au bout de quatre mois après sa sortie en salle, dépassé ce délai, le film se retrouve (Presque automatiquement) alors sur la toile dans une qualité équivalente. De ce fait, un film qui met plus de quatre mois entre ça première date d'exploitation et l’hypothétique date de sortie chez nous à donc plus de chance de se faire pirater, car il sera d'une meilleure qualité et qu'il sera ainsi plus intéressant pour l'internaute. Un bémol qui devrait faire réfléchir tout les acteurs du marché, car ça les pénalise tous et qu'au final si nous consommateurs on veut faire un effort, il faut aussi que ça suive de l'autre coté … [FIN EDITO]

Cela fait plusieurs années que je reste à l’affût de la moindre sortie d'un film espagnol, du moins j'essaye et quand j'y arrive je ne le regrette que rarement. Mais ce qui est difficile quand on apprécie le cinéma espagnol, c'est qu'en plus de ne pas être bilingue, c'est de devoir attendre que le film sorte en France, soit directement en vidéo, soit au cinéma (Le Graal) et la c'est un chemin de croix. Ici j'ai attendu entre la sortie espagnole du film de Calparsoro et la sortie chez nous en VOD, dvd et blu-ray presque onze mois et diantre qu'est ce que c'est long …

C'est un jour comme un autre à Valence, enfin presque, si ce n'est les trombes d'eau qui s'abattent sur la ville en discontinue et qui donne à la ville un air de fin du monde. Malgré tout la vie continue, les gens se rendent au travail, comme ceux d'une banque du centre, ou mobilisés autour de leur patronne, ils commencent une nouvelle journée. Les clients arrivent avec leurs lots d'interrogations et d'agacements, une nervosité ambiante qui fait partie de leur travail. Une journée qui va alors prendre une tournure étonnante, une bande de braqueurs arrivent dans la banque et les prennent en otages. L'équipe à l’œuvre est menée par « El Uruguayo » et « El Gallego » qui ont un plan extrêmement bien pensé qu'ils développent sans encombre, se montrant même courtois avec les otages. Alors que chacun sait ce qu'il a à faire, que tout semble aller pour le mieux, une imprévue s'invite dans l'équation, la pluie ! « El Gallego » qui s'occupe de l'issue de secours pour s'échapper, trouve leur sortie remplie d'eau et comme il n’arrête pas de pleuvoir, le timing devient de plus en plus court. Et quand enfin ils se décident à filer, ils sont dans l'incapacité de partir de la banque … 

Sur le papier, comme avec les bandes-annonces, « Cien anos de perdon » promettait un divertissement de qualité, un « Inside Man » espagnol avec toute la particularité de cinéma, inventif, puissant et audacieux. Hélas à mon grand regret, le dernier film de Daniel Calparsoro se prend les pieds dans le tapis, par un excès de générosité manifeste qui ne rentre pas dans les 97 minutes que dure le film.

Au scénario on trouve « Jorge Guerricaechevarria », un scénariste de renom qui est un collaborateur régulier de « Alex de la Iglesias » (El dia de la bestia, Perdita Durango) et de « Daniel Monzon » (Celda 211, El Nino). Son histoire est au départ un braquage classique, avec plan établi, prise d'otages, fuite, mais il complexifie cela en ajoutant une seconde intrigue impliquant un homme politique. Dans sa seconde partie, le film ressemble alors à « The Bank Job » de Donaldson ou les braqueurs se retrouvent face a quelques de choses d'inattendu et de bien trop grand pour eux, mais ceux du film s'en servent comme d'une monnaie d'échange pour s'assurer une fuite tranquille. Un jeu de dupes intéressant jusqu'au final qui met en lumière la corruption dans le milieu politique espagnol.

Sauf que cela n'est intéressant que par intermittence, car le scénariste a multiplié les intrigues jusqu'au point qu'on ne comprenne plus qui est qui, qui fait quoi et pourquoi. Le film se noie littéralement sous ses propres sous-intrigues, entre deux braqueurs en conflit, les braqueurs et la police, les braqueurs et les services secrets, la police et les politiques ou encore la police et les services secrets. C'est confus, énervant, inintéressant, frustrant et cela gâche le potentiel de départ, surtout que dès que le récit se recentre sur son intrigue principale, le film revit et les acteurs peuvent s'exprimer pleinement.

C'est la que le film n'a pas grand chose à se reprocher, car le réalisateur Daniel Calparsoro sait tenir sa caméra pour mettre en valeur ses décors et ses comédiens. La photographie de Josu Inchaustegui est impeccable même si un peu simple dans l'idée (bleu/gris pour la pluie et jaune pour le beau temps), elle ne manque pas d'intensité ni de contraste et couplé au travelling aérien ample de la ville de Valence c'est juste magnifique.Une précision que l'on retrouve à la fin, ou débarrasser du superflu, le cadre est précis, les mouvements assurés et le suspense se fait sentir peu à peu. Mais c'est trop peu pour relever le niveau du film auquel il manque au moins 30 minutes pour fonctionner correctement. Ceci dit il peut compter sur un casting de choc, avec entre autre Rodrigo de la Serna, Raul Arevalo, Jose Coronado, Joaquín Furriel, Patricia Vico et l'excellent Luis Tosar. 

Décevant !