La Forteresse Cachée



LA FORTERESSE CACHEE
Akira Kurosawa


Les principaux films d'Akira Kurosawa ressortent au cinéma. Les voir à Bordeaux revient à dealer avec le cinéma le plus caractériel de la ville. Il a été impossible de voir tous ceux que l'on nous a conseillés. Mais j'ai pu avoir mon baptême avec celui là.

Dans le Japon du XVIe siècle deux hommes sont en fuite. Ce sont deux paysans qui ont tout vendu pour aller combattre. Ils espéraient revenir couverts d'or et de gloire, mais ils sont arrivés à la fin du combat,ont été fait prisonniers et passent leurs temps à creuser, à fuir, à se faire rattraper, à creuser, à fuir... jusqu'au jour,ou au grès d'une de leur fuite ils découvrent une barre d'or, rencontre un homme mystérieux et inquiétant qui finira par les convaincre de...creuser. Mais cela n'est qu'un début. Car plus qu'un film sur une quête c'est un film sur une odyssée, et même pour certains des personnages un voyage initiatique.

Avant de parler à proprement du film je tiens à vous causer de sa forme et à évacuer sa paternité.
Commençons par l'aveu de George Lucas, il s'est inspiré de cette œuvre pour créer la guerre des étoiles. Effectivement quand on vous le dit, vous n'avez aucun problème à reconnaître les éléments. Mais moi qui ne l'ai su qu’après ça ne m'a pas sauté aux yeux pendant le visionnage. C'est très sensible sur le fond et pas du tout dans la forme. Le découvrir c'est aussi le voir libre de ce préalable sinon c'est courir le risque d’être déçu.
Comme je le précisé en introduction, il est mon premier Akira Kurosawa, et je me refuse à réécrire bêtement ce que j'ai lu ou m'attribuer des expériences que je n'ai pas. Je sais qu'il est particulier car il est beaucoup moins violent que ceux qui le précédent et qu'il est le premier qu'il filma en cinémascope. 
Ce choix lui permet de donner une profondeur à certains moments. Pendant une scène de rébellion avec une centaine de figurants, ce format amplifie cette impression de foule de suffocation, de vague qui emporte tout, même nous en train de regarder. Ou de créer des paysages quasi irréels enveloppant une frontière de nappe de brouillard, la dématérialisant symbolisant son inaccessibilités. La réalisation s'en sert aussi pour mettre en relief les caractéristiques de certains personnages. Les positionnant seul en haut d'une colline, et les filmant en contre plongée, rajoutant à leurs charismes
et nous parlant de leurs rangs sociaux.

La réalisation et sa composition de l'image est un vrai bonheur, d'une princesse endormie nichée au creux d'un arbre à un combat de samouraïs... J'ai eu l'impression, d'avoir à nouveau sept ans. Tout est étudié et rien n'a vieilli.
J'aime beaucoup les noirs et blancs très tranchés avec de forts contrastes. Là le noir et blanc est plus subtile, il est utilisé comme un élément de narration à part entière et moins pour son esthétisme.
les gens qui veulent définir un film par un mot ont beaucoup de mal, je serai bien incapable de le faire. Mais en recherchant les noms des provinces que nos personnages devaient traverser (noms que je n'ai jamais retrouvé),j'ai lu que c'était un film de princesse. Et j'ai eu envie de mordre.

Yukihime qui est la princesse en fuite est le vecteur d'un discours humaniste. C'est elle que l'on suit, c'est elle qui évolue et qui énonce l'idée humaniste qui sous tend tout le film. Elle est un personnage fort, capable de commander et gouverner en temps que seule héritière, la survivante d'un clan. Elle a cette manière de crier, ou plutôt de parler fort dans une expiration. Misa Uehara compose un personnage avec un jeu très actuel. Le plus souvent en jouant avec sa posture, et sans sur-jeu. Je glisserai un mot sur l'autre personnage féminin, celui de la paysanne, courageuse, dévouée. Dans ce film chaque personnage féminin est droit et sans faille. C'est un message auquel je ne m'attendais pas.

Mais celui qui incarne la droiture est le général Rokurota Makabe joué par l'acteur fétiche du réalisateur Toshiro Mifune, tout en droiture et en force, même son rire respire ces caractéristiques. Il incarne aussi le sens du devoir et de l'honneur. Il est le personnage central du film qui est le lien entre tous cesprotagonistes hétéroclites.
Nos deux paysans sont interprétés par Minoru Chiaki (Tahei) et Kamatari Fujiwara (Matashichi)sont là pour amener la légèreté dans le film. C'est toujours de l'humour situationnel ou à base de mimiques. Je n'ai eu aucune sympathie pour eux. Et on est soulagé de ne plus les voir au moment ou finit le film.

Ce film m'a surprise. Je ne sais pas bien ce que j'attendais de lui, peut être une leçon de cinéma qui aurait vieilli, mais ce ne fut pas du tout le cas. Il m'a parlée de moi, de mes valeurs et en a profité pour réveiller l'enfant de sept ans qui aimait les films de samouraïs.

Miss Sloane


Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille.

Miss Sloane – 8 Mars 2017 – Réalisé par John Madden

Le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique est presque autant connu dans le monde que les enseignes McDonald, les Iphones d'Apple ou les tonnes de blockbusters qui déferlent sur nos écrans chaque année. Celui qui vulgairement autorise chaque Américain à posséder une arme à feu. Arguant qu'il s'agit d'un droit fondamental qui ne peut être remis en cause et profitant d'un flou dans sa définition, Il est défendu avec hargne par les conservateurs les plus acharnés, ainsi que par la toute puissante NRA (National Rifle Association).

Et les gouvernements qui ont essayer de lui donner quelques limites se sont casser les dents, dont Barack Obama lors de son second mandat; car au delà de l'opinion et des responsables politiques dur à convaincre, il y a le lobbying de l'industrie des armes qui est tout aussi puissant que particulièrement efficace. C'est de ce point de vue la, de celui de lobbyiste qui se bat pour faire passer une loi sur le contrôle des armes que John Madden articule son film, une femme impitoyable, la téméraire « Miss Sloane »

«Une milice bien organisée, étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.»

Au royaume des lobbyistes, Madeline Elizabeth Sloane en est la reine et Washington son terrain de jeu favoris. Elle n'a peur de rien, ni de personne et elle n'hésite pas à être au limite de la légalité si cela peut lui permettre de gagner la bataille dans laquelle elle s'engage. Considérée comme une arriviste de première, elle étonne son employeur quand elle refuse de mener la campagne d'un lobby pro-armes qui cherche à s'opposer à l'adoption d'une loi qui prévoit d'étendre le contrôle des antécédents psychiatriques des acheteurs à toutes les ventes d'armes à feu. Elle est engagée par la partie adverse pour aider à faire passer cette loi. Et tel un défi personnel, elle mène une bataille contre le lobby des armes que personne d'autre n'a encore gagné …

Avec le recul, ce film m'a déçu! Alors certes « Miss Sloane » m'a diverti et cela malgré l'aspect bavard souvent pointé comme un défaut. De plus l'intrigue n'est pas inintéressante et se placer du coté d'une lobbyiste est assez judicieux; cependant il manque au film de John Madden de la crédibilité et un semblant, un tout petit semblant de personnalité ….

Le scénario du film est écrit par Jonathan Perera. Ce jeune scénariste signe ici son tout premier script, un script qui fut dans la fameuse liste noire des scénarios à Hollywood en 2015 et qui intéressa un temps monsieur Steven Spielberg. L'histoire se concentre sur la lobbyiste « Miss Sloane », une femme qui se consacre uniquement à sa carrière et qui se retrouve à devoir battre l'imbattable, tout en gérant ce que l'on imagine être un lourd passif et certaines addictions contraignantes. Bref rien de bien nouveau à se mettre sous la dent, mais voilà si d'un coté l'intrigue est bien écrite, elle en oublie malgré tout d’être crédible, a cause notamment de son personnage principal bien trop omnipotent pour être tangible. Elle réussit tout ce qu'elle entreprend, elle est plus maligne que quiconque, elle ne se fait jamais prendre à défaut et même ses erreurs n'en sont pas; donc comment ne pas rire quand au dénouement final, à ce tour de passe-passe grandeur nature digne d'un Ocean's Eleven que Frank Underwood n'a jamais réussi …

Et si j'ai nommé ce truculent personnage que Kevin Spacey interprète avec brio, c'est que le film semble plus être un immense « pilote » pour un spin-off de la série « House of Cards » qu'un film qui se suffit à lui même. Vous prenez le lieu de l'action (Washington), le lobbying, les jeux de pouvoirs, les trahisons, le ton ou encore le personnage principal qui est une variante féminine de Underwood et vous y êtes ! C'est tellement flagrant que je n'aurais même pas était choqué si j'avais vu passer Kevin Spacey tant les univers sont proches.

Quant à la réalisation, j'ai vu John Madden beaucoup plus dynamique dans « L'Affaire Rachel Singer » qu'ici ou tout manque de relief. Un peu long, voir laborieux dans sa résolution, seul les scènes de joutes verbales, parfois saignantes ou non, injectent de la vie dans ce long métrage au rythme irrégulier. Cela assure au film son lots de scènes fortes, comme le final ou le débat télévisé. D'un point de vue graphique c'est propre sans être vraiment original malgré le travail soigné de Sebastian Blenkov à la photographie et la direction artistique de Mark Steel.

Ce qui fait vraiment le sel de ce film et son intérêt, c'est le casting qu'a réunit John Madden autour de lui. On trouve des valeurs sures, avec Mark Strong, Michael Stuhlbarg, John Lithgow et Sam Waterston qui incarne avec talent leurs rôles, du patron avenant, au rival pugnace en passant par les anciens qui ne comprennent pas leurs erreurs, ils assurent du début à la fin. Mais ce sont les actrices qui tiennent le haut du pavé, avec Jessica Chastain comme porte étendard qui livre une performance de choix, bien qu'un peu limitée par le personnage qu'elle interprète, ensuite il y a Alison Pill dans le rôle de l'ex assistante de Miss Sloane, discrète mais tenace et efficace. Mais la ou j'ai étais surpris c'est avec Gugu Mbatha-Raw dans le rôle de Esme Manucharian qui s'avère être très forte, talentueuse et surtout touchante, un personnage avec une âme qui contrebalance un peu la froideur de Miss Sloane et qui est à mes yeux la vraie surprise de ce film … 

Oubliable !

Doctor Strange



DOCTOR STRANGE
Scott Derrickson

Il va y avoir un an que j'écris pour des blogs. J'ai eu beaucoup de chance d'écrire sur des films pour lesquels j'avais des choses à dire. Pour la première fois je me retrouve face à un sur lequel je n'ai rien à dire. Et je trouve que c'est assez signifiant

vu qu'on a beaucoup parlé de Doctor Strange je vais vous résumer rapidement le début. Un neuro chirurgien de génie (bien sure), a un accident de voiture (une lamborghini pas moins), se retrouve dans l'incapacité d’opérer (mais qu'elle surprise!), découvre combien il était peu humain dans sa pratique (snif snif), mais va partir au Népal car là bas quelqu'un peu le soigner (of course)
le maître de ce blog dit que ce film a les qualités de ses défauts et ce n'est pas faux !
Le premier point symbolique de ce sentiment est l'histoire.
Comme le pitch vous laisse le percevoir, elle enfonce beaucoup de portes ouvertes. Il n'y a pas vraiment de surprises, on retrouve les poncifs des comics books. Le personnage charismatique mais avec un caractère difficile. Son amoureuse non avouée mais dévouée, intelligente mais moins que lui. Un élément traumatique qui va le pousser à sortir de sa zone de confort, et au final le faire se transcender. On l'a vu vingt cinq fois, décliné différemment, et on commence à connaître le topo.
Cependant il ouvre un univers nouveau, avec un esthétisme différent auquel je suis plus sensible. Les gadgets on y est habitué, mais ici c'est autre chose, ils ont une personnalité, ils sont même source d'une partie de l'humour de ce film. Car l'humour n'est jamais loin. Le film en est émaillé, des petites touches qui le rendent digeste et lui permette de prendre des libertés avec plein de choses.
Ce que j'aime le plus est le code d'honneur du personnage. Et comment il le mixe avec ce qu'il a appris à kamar Taj. Cette volonté d'éviter la mort et de faire du mal, sa réflexion sur ce qu'on lui apprend. C'est assez rafraîchissant.
Les bons points, ce sont les promesses de ce film. Les portes qui s'ouvrent vers une autre ville, ou des univers différents dont on perçoit juste les possibilités... c’est exactement ce qui rend ce film original, et qui nous fera revenir pour le prochain opus. C'est un peu frustrant de ne pas avoir pu explorer plus de ces possibilités, mais la frustration va de paire avec CBM.
Ensuite le gros dossier de ce film ce sont les effets spéciaux. En moyenne il doit y en avoir toutes les cinq minutes. Le spectateur peut frôler l'overdose. Certains sont bien fait et apportent des choses au film parfois ils sont très drôles, et efficaces. Mais d'autres comme le moment sur fond vert sensé se passer sur l’Everest sont vraiment laids.
Puis il y a le cas des univers parallèles qui se déforment . C'est distorsions sont techniquement bien faites, mais il y en a beaucoup et au sens propre ça piquent les yeux. A force de vouloir casser les repères du spectateur, on le perd.
Mais dans l'ensemble malgré l'abus de sf la photographie reste belle et arrive à créer un univers visuel qui est propre à cet opus marvel. Les personnages ne sont pas surprenants dans leurs formes, on peut deviner assez rapidement quel sera l'acolyte d'aujourd'hui qui deviendra l’ennemi de demain, on n'est pas étonné du twist autour de l'ancien.
Mais que ça fait chaud au cœur de voir un homme qui traverse un drame et qui n'est pas en pleine crise métaphysique, qui ne ressemble pas à un ado trop gâté, et qui n'a pas besoin d'une prescription d'anti dépresseur (alléluia). Stephen Strange tient réellement le film. Il tient l'histoire par sa force et sa légèreté. Il est magnifiquement interprété par le jamais décevant Benedict Cumberbatch. Il bouffe l'écran, et incarne avec une aussi grande facilité la douleur que la légèreté. Le personnage de l'Ancien est très complet, Tylda Swinton est magnétique mais à la base, l'ancien est un homme asiatique. C'est une adaptation et je ne comprends pas pourquoi on a changé ce personnage.

Mon bémol va sur la place de Kaecilius (Mads Mikkelsen) qui a le sort des méchants de CBM, sous exploité alors qu'il a un potentiel énorme.

Je n'en ai pas parlé. Je sais bien que ce film est le premier de l’énième phase que Disney a mis en place pour conquérir l'univers des comic book movies, ou peut être pour conquérir le monde tout court. Mais je m'en fiche! Je ne parle que de ce que j'ai ressenti à la vu de ce film. Et c'est plutôt bon, même pour moi qui n'ai pris vraiment du plaisir que devant ant-man. Mais au point de vue narratif, c'est très vide. 

Vers l'autre Rive


Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l'autre Rive – 30 Septembre 2015 – Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

J'ai entendu parler de ce film lors de la sortie d'un de mes films préférés en 2015 «Crimson Peak» de Guillermo Del Toro. Et au détour d'un tweet, je vois quelqu'un conseiller «Vers l'autre rive» car il traiterait mieux le sujet des fantômes que le film de Del Toro. Soit les deux films n'ont rien a voir, mais ils ont des fantômes tous les deux et légèrement aveuglé par mon amour pour ce gentil mexicain, je n'ai pas daigné jeter un œil sur ce film. Sauf que j'ai eu tort, car «Vers l'autre rive» est un grand film et que Kiyoshi Kurosawa traite le deuil avec beaucoup de justesse …

Sans crier gare, ni prévenir ou encore sans l'envoi d'un e-mail, Yusuke le mari de Mizuki réapparaît dans sa vie. Une surprise qui la laisse sans voix, car cela fait trois ans qu'il a disparu en mer. Il confirme lui même sa mort et les crabes qui ont depuis mangé son corps ne permet à Mizuki de retrouver son corps. Mais voilà, elle ne se pose pas de question, elle lui cuisine des shiratamas et profite de l'instant avant de dormir. Croyant a un doux songe, elle se réveille seule, mais il n'en est rien, son mari est toujours la et lui propose un périple à travers le Japon, sur les traces de ce qu'il a vu en trois ans. C'est ainsi qu'ils partent dans un road-trip étrange, entre rêve et réalité ou les fantômes du passé guident les pas des vivants vers la paix intérieure …

Ce film est au final une très belle surprise et certainement le film de Kurosawa qui m'a le plus touché. Si la comparaison n'a pas lieu d’être avec « Crimson Peak », il a un point commun fondamental qui les lie; c'est de faire du fantôme le reflet des peurs, des doutes et traumas des personnages à l'écran. Mais loin d’être un film d'horreur « Vers l'autre Rive » penche plus vers le mélodrame et la balade romantique, un univers bien éloigné des tourments de l’œuvre de Del Toro.

Pour une fois, le scénario n'est pas une création originale. Il s'agit de l'adaptation du roman « Kishibe no Tabi » écrit par Kazumi Yumoto et scénarisé par le duo K. Kurosawa / Takashi Ujita. La trame du film est vraiment classique, tant il emprunte les codes du road-movie et qu'il n'en dévie que peu, mais l’intérêt c'est vraiment ce qu'il raconte et la c'est vraiment surprenant. L'histoire est autant un récit sur le regret, les non-dits que sur l'apprentissage et l'acceptation du deuil, le tout expliqué par l'esprit de celui qui vient de nous quitter dont nous avons du mal a nous séparer.

Le deuil est un processus complexe, qui est même théorisé avec les fameuses 5 étapes du deuil. Sauf qu'il y a autant de deuil que de façon de le vivre et de l'évacuer, cela peut durer quelques mois comme quelques années, un fait que le film capte à merveille au travers des différentes situations que traverse nos deux protagonistes (Yusuke et Mizuki). Une façon pour Yusuke de la préparer à la séparation définitive qui l'attend, mais aussi une manière d'apaiser les âmes en peine qui n'arrivent pas à partir. C'est beau, sincère et surtout très juste. Vivant comme mort, on vit parfois avec des choses que l'on a pas dit, des regrets, des rancœurs ou des conflits qui n'ont jamais guéri, mais qui sont autant de poids inutiles dans le deuil que l'on doit traverser. La figure du fantôme est ici bienveillante, elle ne fait pas peur, elle fait ouvrir les yeux et les cœurs sur l'essentiel, l'amour que l'on porte à celui que l'on vient de perdre.

Concernant la forme, Kiyoshi Kurosawa fait un sans faute ! C'est toujours aussi précis, toujours aussi travaillé et l'épure dont il fait preuve habituellement pour nous effrayer apporte cette fois ci énormément de délicatesse. Et il y a aussi un joli travail sur la lumière, seul vrai indicateur à l'écran pour distinguer ce qui est vivant de ce qui ne l'est. Quant au rythme du film, on vit cela comme une balade bucolique dans un Japon qui semble s’être arrêté, sur une belle bande originale de Yoshihide Otom et Naoko Eto. On prend notre temps mais on ne s'ennuie jamais; cela peut être sombre et triste comme lumineux et joyeux. Un équilibre que le réalisateur tient pendant deux heures avec brio, maîtrisant le ton de film et l'émotion qu'il distille habilement. Le casting se révèle tout aussi juste que le propos véhiculer par le film, Tadanobu Asano dans le rôle de Yusuke est épatant, plein de nuance et de sensibilité ; quand Eri Fukatsu est plus dans l'empathie, un duo qui fonctionne bien et qui se montre à la hauteur du film. 

Poétique et très touchant, Vers l'autre Rive est une jolie fable à la sensibilité exacerbée ... 

Seventh Code


Vladivostok, Russie. Akiko est à la recherche de Matsunaga, un homme d’affaires qu’elle n’arrive pas à oublier depuis qu’ils ont passé une soirée ensemble. Le retrouvant enfin, Matsunaga, qui ne se souvient pas d’elle, lui dit de ne faire confiance à personne dans ce pays étranger et disparaît à nouveau. Réussissant à se faire embaucher dans un restaurant tenu par un expatrié japonais, Akiko passe son temps à scruter la rue jusqu’à ce qu’elle voie Matsunaga passer. S’ensuit une filature à travers la ville jusqu’à une usine désaffectée où Akiko l’aperçoit en train de faire des affaires avec la mafia locale...
Seventh Code – 11 Janvier 2014 (Japon) – Réalisé par Kiyoshi Kurosawa
Kiyoshi Kurosawa est un réalisateur qui ne manque pas de talent, ni de culot pour s'attaquer à des genres différents, que cela soit le polar, le thriller, le film de fantômes, le film d'horreur, le kaiju-ega ou encore le film catastrophe et parfois même en les mélangeant. Et quand vous n’êtes pas habitué, cela peut fait bizarre, sauf qu'au final c'est toujours justifié ! Une constante dans son cinéma qui ne déroge pas à la règle ici avec Seventh Code.

Akiko est une fille un peu naïve et très enthousiaste, qui pour les beaux yeux d'un homme décide de partir pour Vladivostok en Russie. Elle retrouve après quelques recherches, l'homme qu'elle avait vu une nuit à Tokyo, un certain Matsunaga. Hélas les retrouvailles ne sont pas ce qu' Akiko rêvait, il ne se rappelle pas d'elle et la laisse sans aucune pitié seule dans un environnement qu'elle ne connaît pas. Malgré tout, elle n'abandonne pas l'idée de lui parler, mais le sort va s'acharner sur elle, car elle tombe sur des gens mal intentionnés qui vont la brutaliser pour enfin la laisser en périphérie de la ville. Jamais à cour de courage, elle ne baisse pas encore pavillon et en attendant de retrouver Matsunaga, elle travaille dans un petit restaurant tenu par un expatrié japonais …

Ce n'est pas passionnant ? Cela ne vous fait pas envie ? C'est compréhensible … Parce que si on retrouve cette façon qu'a Kiyoshi Kurosawa de capter l'immensité d'une ville, ou encore son aisance à mixer les genres, on est très loin d’être devant l'un de ces meilleurs films. Car ici il s'agit avant tout de mettre en avant le talent de la chanteuse Atsuko Maeda, qui signe aussi la chanson de fin, que l'on ne comprend pas vraiment, finissant de faire basculer dans de la promotion.

Loin d’être dérangeant, notamment grâce à sa durée d'une heure, le réalisateur nous entraîne dans une histoire d'apparence simple et ennuyeuse vers le film d'espionnage, en basculant progressivement vers un monde de faux-semblant ou Matsunaga est à son aise. Dualité, mystère et solitude rythme ce métrage qui cache un twist aussi couillon que profondément inattendu, même si vu la durée, il arrive un peu tardivement, déséquilibrant un peu plus ce film.

[ATTENTION SPOILER] La jeune chanteuse Atsuko Maeda ou Akiko qui jusqu'à présent n'était qu'une femme fragile et sans défense, se transforme en un clin d’œil en la plus mortelle et efficace des tueuses à gages. Un rebondissement aussi abrupte que la violence des coups de pied qu'elle met dans la gueule de son Matsunaga adoré! [FIN DES SPOILERS]
A partir de là les personnages dévoilent leurs vrais natures, les objectifs changent et l'ambiance du film prend les atours d'une bonne vieille série B à l'ancienne ! La seule scène d'action est aussi bien chorégraphiée que filmée et brutale ; Akiko devient badass, désinvolte et n'a plus peur de rien. Le réalisateur n'hésite pas quand même à se rappeler a nous, avec une fin cartonnesque que n'aurait pas détester Chuck Jones. Quant à Atsuko Maeda, elle fait bonne figure tout au long de l'heure qui s'écoule et démontrant quelques talents d'acting pas inintéressants … 


Petit produit étrange mais pas sans intéret !


Real



REAL
de Kiyoshi Kurosawa



Real est l'un des huit films de Kiyoshi Kurosawa que l'on ait vu. Si je les ai tous aimé, celui ci est mon préféré.

Koishi rentre de son travail. Il retrouve sa compagne Atsumi qui est mangaka. Elle est perturbée car elle n'arrive pas a écrire le prochain tome de son manga sur un serial-killer. Quant au milieu du salon apparaissent des corps. Après une fondue au noir on retrouve le jeune homme étendu dans un appareil médical. Il lui permet de rentrer en contact avec Atsumi dans le coma depuis un an, sous la surveillance de neurochirurgiens par le biais d'ondes électromagnétiques.

Un film de Kurosawa c'est toujours un film de genre. Celui ci s'habille avant tout comme un film de SF. Le réalisateur créé un univers qui répond aux codes dans lesquels nous évoluons, mais qui diffère sur de légers détails. C'est dans ces détails que s'enracinent l'histoire.
D'abord il décide d'habiller tous les protagonistes d'une sorte d'uniforme. ils sont vêtus de tenues très recherchées qui ne changent que pour l'un d'entre eux lors du climax du film. Les tenues ont de fortes identités, elles pourraient être utilisées dans des mangas.
Ensuite il construit un univers médical. Des machines qui permettent de communiquer avec des personnes dans le coma. Il les entoure d'objets médicaux que l'on connaît, les scopes qui suivent les constantes; les électrodes, les perfusions et les fils qui rendent crédible la procédure. Ce qui permet à l'histoire de se développer et de nous mener ou elle a envie que l'on aille.


Elle justifie les effets secondaires que subit Koishi, et la recherche d'un dessin particulier de son amoureuse. Ce dessin est le prétexte pour explorer la vie de cet homme. C'est une mise en abîme de ce que ressent notre héros. Et il nous donne une raison de traverser la ville, qui est grise froide et vide. Mais aussi l’île ou ils ce sont rencontrés ou il y a foule, ou les couleurs sont chaudes, ou le temps est changeant. De plus une partie de ce périple est ponctué par la présence de personnes sans âmes, ou de cadavres. Elles apparaissent au grès d'un mouvement de caméra. Laissant le spectateur jamais vraiment serein, constamment sur le qui-vive.

Et c'est dans cet état d'esprit que l'on développe l'histoire d'amour des Koishi et Atsumi. Elle nous est racontée autour d'un dessin qu'elle lui aurait offert enfant. Elle est parfois contée, mais le plus souvent elle est retracée lors de ces sessions. Il y a la création d'une mythologie, comme chaque couple a, mais ici elle est poussé à l’extrême. C'est plein de poésie, et cependant c'est toujours inquiétant. Toutes ces sensations antagonistes sont majorées par l'univers médical: les bips, les soins post séances, les topos sur l'état de la patiente...


Cet amour rend tout possible et plausible. Il y a du lyrisme dans cette partie de l'histoire, dans l'imagerie qui est utilisée. Tout est à base de métaphores, jusqu'au monstre créé en images de synthèses. Il s'intègre parfaitement dans le récit, contrairement aux cadavres. il prend sa place et s'installe dans le film. C'est vraiment très beau plein de sens. En plus les deux acteurs Takeru Sato et Haruka Ayase, sont lumineux et semblent complémentaires. ils ont un jeu plein de retenu et de sensibilité.

C'est peut être car il parle d'amour, ou c'est peut être toute la poésie qu'il dégage. mais ce film inspiré d'un roman m'a touché est charmé.


Loft



LOFT
De Kiyoshi Kurosawa

Loft est l'un des huit films de Kiyoshi Kurosawa que nous avons eu le bonheur de découvrir. Il est à mon avis l'un des plus riches sous une forme poétique.

Reiko est une écrivaine auréolée d'un succès, qui travaille sur son second roman. Mais voilà elle est sujette à des malaises, parfois à des hallucinations, et le plus inquiétant sont ses vomissements... elle vomit de la boue. A bout de force, elle a envie de partir à la campagne. Son éditeur, lui trouve une immense maison proche d'un lac encore remplie des affaires de la précédente locataire. A peine arrivée, elle apprend qu'une momie a été trouvée dans ce lac. Cette femme est morte alors qu'elle faisait des soins dans cette boue aux qualités cosmétiques reconnues.

L'une des principales originalité de ce film est son implantation dans la réalité. Ce réalisateur à l'habitude de situer ses histoires dans des paysages urbains très cartésiens. Là l'univers est quasi onirique. Il utilise ces grands espaces, cette foret dont on ne connaît pas vraiment les limites, cet étendu d'eau, ces nappes de brouillard pour créer une ambiance digne de celles des landes anglaises. On s'attend à voir surgir n'importe quel animal fantasmagorique, ou un spectre du brouillard.
Il combine cela avec des bâtisses gigantesques. Celle ou habite Reiko, dont on ne visite pas toutes les pièces, avec ces grands meubles massifs et lourds, ces fenêtres immenses qui s'ouvrent sur cet hangar mystérieux; ainsi que des portes que tout le monde peut franchir. Puis le hangar non habité, et non habitable mais quand même occupé, très inquiétant a quelques mètres de chez elle. Cet aspect inquiétant est majoré quand on peut voir ce qu'il y a à l'intérieur. Les pièces, leurs obscurités, les plafonds que l'on ne perçoit pas tant ils sont hauts; cet endroit est le centre de l'inquiétude au début, mais il n'est qu'un leurre comme toujours dans ce film. Car rien n'est ce qu'il semble être.

C'est aussi le cas d'Aya le fantôme et d'une momie.Elles sont des éléments effrayants, mais il faut chercher plus loin, pour en trouver la substantifique moelle. Par exemple Aya est filmée de diverses manière, parfois comme une forme floue sur laquelle on ne fait pas le point, mais le plus souvent, il y a qu'une moitié d'elle, un hémisphère qui apparaît l'autre semblant être caché par un arbre ou un mur. Elle attise notre curiosité. Et à la fin lorsque la lumière est faite sur elle, sa manière d’être incomplète nous parle encore de sa mort.Quant à la momie, elle est floue. Jamais le réalisateur ne fait réellement le point. D'ailleurs son visage n'a pas de traits. En tant que spectatrice je me suis sentie incitée à réfléchir sur elle et sur ce qu'elle pouvait représenter.

Kiyoshi Kurosawa dans ce film installe une atmosphère sonore, en choisissant de filmer avec une caméra DV qui capte tous les bruits, flippants. Le bois craque, car il travaille ou parce qu’il y a quelqu'un dans l'escalier? Le vent qui claque et qui fait bruisser les arbres. Le son n'a jamais été autant utilisé dans ce que j'ai pu voir de lui.
Dans les décors la maison,le hangar, ce lac qui ressemble de loin à un monastère, cette boue source de la mort de la femme momifiée, mais aimée et étudiée pour ses vertus esthétiques; rien n'est ce qu'il à l'air d’être. Et pour moi les personnages autour de Reiko ne sont pas ce que l'on croit.

[Alerte spoilers]

Ma vision de ce film est que chacune des choses effrayantes est un aspect de Reiko. Aya est l'écrivaine. Elle est celle qui écrit son deuxième roman, qui est confrontée a cet éditeur très ambigu et qui sait se défendre crânement. Sa présence est toujours là pour avertir Reiko . Pour lui permettre de survivre.
La momie est un autre aspect de Reiko, celui de la recherche de la perfection. D'ailleurs ses vomissements boueux s’arrête quand elle la rencontre. Elle symbolise la femme amoureuse aussi. Makoto de qui elle tombe amoureuse à une relation particulière avec cette momie, une sorte d'emprise amoureuse passionnelle étrange. Comme celle qu'il partage avec Reiko.
Car les rôles masculins parlent aussi d'elle, des dangers qu'elle doit affronter. Son éditeur qui tue ou essaie de tuer ses écrivaines semblent nous parler de la volonté de rogner une créativité. Et le risque d’être transformé en objet dépendant de lui.
Quant à makoto, il est l'homme qui veut l'arracher à son art. Il incarne un amour malsain qui l'oblige à renier qui elle est et à essayer de trouver une perfection futile.

Ceci n'est pas un film de fantômes. Il n'est pas là uniquement pour vous faire peur. Il est un film sur ce qu'est être une femme, une artiste dans le japon d'aujourd'hui. Il est aussi beau que fort.

Doppelgänger


Michio Hayasaki travaille pour la recherche médicale. Dix ans auparavant, il a conçu une machine novatrice qui permet à la compagnie qui l'emploie de faire de gros profits. Ses employeurs ont de grandes espérances avec son nouveau projet, une chaise roulante intelligente qui fait corps avec son malade. Soumis à cette forte pression, Michio Hayasaki traverse une crise difficile à gérer. Un jour, lors d'une expérimentation, il fait la connaissance de son « doppelgänger », un double qui, d'après les croyances locales, annoncerait une mort prochaine...

Doppelgänger – 27 Septembre 2003 (Japon) - Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Le terme « Doppelgänger » est quelque chose d'assez énigmatique, tant dans ce qu'il désigne, le double, le sosie, le jumeau ou dans sa traduction. Ce mot d'origine allemande trouve aussi un écho dans le folklore de plusieurs pays, comme le Japon qui voit en ça un présage funeste, car si tu rencontres ton « Doppelgänger » cela annonce ton décès futur. D'une manière beaucoup plus succincte, c'est une croyance que le réalisateur Kiyoshi Kurosawa avait déjà abordé dans son film « Séance». Dans son précédent essai, c'était un présage, le signe qu'on paye toujours une mauvaise action, mais cette fois ci, il va plus loin, le double se matérialise, s'immisce et manipule son jumeau, pour un résultat étonnant. C'est entre charme, malice et burlesque qu'on rentre avec envie dans « Doppelgänger » …

Michio Hayasaki est un imminent chercheur qui travaille pour l'industrie médicale. Depuis une dizaine d'années cette industrie qui le paye s'est enrichie ostensiblement sur son dos et elle attend patiemment, le nouveau produit que Hayasaki est entrain de concevoir. Il s'agit d'un fauteuil roulant révolutionnaire, qui ne fait plus qu'un avec son utilisateur qui le commanderait avec la pensée. Mais c'est un travail très lourd que mène Michio, la mise en œuvre est complexe, la pression de ses employeurs est énorme et malgré le soutien de ses assistants il est au bord du burn out. Un soir après une journée infructueuse, il rentre chez lui et se trouve face à son doppelgänger, ce qui l'effraie énormément. Cependant il s'avère être une personne joviale, prêt à tout pour l'aider à accomplir ce défi insurmontable qui se pose devant lui. Hayasaki préfère l'ignorer, mais il va prendre de plus en plus d'importance dans sa vie, quitte à vouloir le remplacer …

Si les différents posters du film promettent une ambiance angoissante voire cauchemardesque, il est bon ton de se rappeler que l'on à faire au roi du contre-pied et que cela a une fois de plus encore bien fonctionner. En effet si pendant les 20 premières minutes on à l'impression d’être devant un film de fantômes classique, le traitement du sujet vu par K. Kurosawa nous emmène bien plus loin que ce que l'on espérait ! Loin de faire de son « Doppelgänger » qu'un simple présage, il s'en sert comme un élément de comédie et de psychanalyse en confrontant celui qu'on est et celui que l'on aimerai être!

Le scénario est écrit par Ken Furusawa et par le réalisateur en personne. Ils déroulent une histoire linéaire, mais aux nombreux changement de tons, ce qui en fait toute sa particularité. Grâce au « Doppelgänger » du personnage principal, on navigue entre l'angoisse, la légèreté, le thriller et un dernier quart aux accents burlesques, il apporte de la vie, de l'énergie et une ambiguïté morale tout au long du film qui ne cesse de nous faire douter sur ce que l'on voit et sur les réelles motivations des personnages. Et plus le film avance, plus on plonge avec envie dans cette querelle d'égo, car si c'est dans un premier temps un présage funeste aux yeux de Michio, c'est aussi le signe d'un grand trouble intérieur, celui d'un homme insatisfait de sa vie.

C'est la que le « Doppelgänger » devient un outil pour exprimer le ressenti d'un personnage perdu, ici c'est Michio, un créateur, un constructeur d'invention qui n'arrive pas à finaliser sa dernière œuvre. C'est esprit rationnel est bloqué et l'apparition de son double va lui offrir une porte de sortie. Une issue qu''il rejette, mais qu'il va apprivoiser, en lui laissant une certaine latitude et en projetant sur lui des choses qu'il n'a jamais su faire, comme séduire son assistante ou simplement quitter son travail.

Jusqu’à réaliser par lui même que le problème vient de lui et seulement de lui. « Le Doppelgänger » à fait alors son office, celui de remettre de l'ordre dans la vie et la tête de Michio. La fin est alors extrêmement parlante, Michio refuse de se vendre et fait table rase de ce qu'il a hanté. Ce qui peut être, peut faire écho à un sentiment du réalisateur qui un jour à lui aussi perdu la foi en son art et en lui même.

Quant à la forme, elle est toujours aussi agréable à l’œil que soigné dans sa mise en œuvre. Kiyoshi Kurosawa maîtrise son sujet sur le bout des doigts, l'ambiance ou la partition musicale sont en adéquation avec l’atmosphère paranormale qu'il installe au début, avant de bousculer vers le « Doppelgänger » et un certain comique. Le réalisateur manipule alors l'image, en la segmentant à l'écran, ou les deux « Koji Yakusho » évolue, puis par des Split-screens savamment instillés pour nous faire perdre le sens des réalités. Une perte de repère que le réalisateur associe à un décalage permanent entre le personnage principal et son « doppelgänger », un comique de situation inattendue qui déclenche des rires totalement inattendue. Toutefois, il y a quelques bémols comme le rythme un peu anémique par instant et surtout un dernier quart qui tire en longueur, ainsi que totalement redondant dans ces effets comiques. Le casting quant à lui si il peut compter sur Hiromi Nagasaku, Yusuke Santamaria et Akira Emoto dans les rôles secondaires, on trouve l'excellent Koji Yakusho dans le double rôle de Michio et du « Doppelgänger ». Une performance à mes yeux XXL ou il se glisse dans les deux personnages avec beaucoup de conviction et de nuance. J'ai découvert ainsi une palette encore plus large de cet acteur qui est définitivement à l'aise dans tous les registres. 


Drôle et déstabilisant, c'est un film à découvrir !


Kairo


Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l'inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient.

Kairo – 23 Mai 2001- Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Les seuls films de fantômes japonais que je connaissais avant « Kairo », c'était ceux de Hideo Nakata ! Notamment avec Ring et Dark Water, deux films angoissants, assez populaires et qui ont vite connus un remake américain. Un destin qui n'a pas échappé à « Kairo », avec un remake du nom de « Pulse » qui n'a pas connu le même succès que ses aînés. Personnellement ça me soulage, car je crois fortement que le film est beaucoup trop ancré dans sa société pour être adapté convenablement, surtout que c'est bien plus qu'un film de fantôme …

Taguchi est un informaticien de talent qui travaille pour un boutique de plantes. Ses collègues s'inquiètent au bout de quelques jours, car il n'a pas rendu un travail qu'ils attendent tous. Kudo Michi une de ses collègues décide d'aller le voir. Elle découvre son ami déprimé, livide et désorienté, puis sans crier gare, il se pend. Un suicide mystérieux que tous ses collègues ne comprennent pas, désemparés par la soudaineté de son acte. En parallèle on fait connaissance avec Ryosuke, un jeune étudiant qui décide de brancher internet dans son domicile. Quand il commence à surfer, il tombe sur un site étrange qui lui diffuse des images aléatoires, de gens seuls, parfois inquiétants, voire terrifiants et c'est ainsi que pris de panique, il débranche tout ça avant de s'endormir. Le lendemain, il décide de se renseigner sur le site et très vite rien n'aura de sens, sauf si l'on croit aux fantômes …

Bref, j'adore vous résumer l'histoire à ma façon, mais j'avoue que là c'est assez complexe à expliquer! Cependant, je dois dire que j'ai pris pas mal de plaisir devant ce film qui à la lourde tache de passer après l'excellent « Charisma ». Kiyoshi Kurosawa marche dans les traces des fameux « Yurei Ega » (film de fantôme) à sa façon, sans clinquant, sans effet tapageur et surtout avec un mélange des genres qui surprend tout le temps !

Scénariser par Kiyoshi Kurosawa, l'histoire se concentre sur le malaise de deux jeunes personnes dans une société qu'ils ne comprennent plus. Celle d'une société de plus en plus connectée, ou les écrans sont omniprésents et sur l'isolement qu'ils peuvent entraîner. Les fantômes représentent ici le stade ultime de la solitude dans laquelle s'enferme les personnages. Piégés et repliés sur eux, ils ne voient plus la différence entre leurs situations et ce que représente l'acte de se suicider. C'est ainsi que la dite « invasion » des fantômes dans le monde réel, n'est que le reflet de l'uniformisation de cette partie de la société, jeune, volontaire mais qui ne peut malheureusement échapper à ce qui l'attend, une vie solitaire. D’où au final la métaphore d'une catastrophe à l’échelle planétaire, symbolisant un monde qui se replie sur lui-même. Un final noir, sans détour ni concession, si ce n'est ce bateau, un éclair dans la nuit, l'arche de Noé d'un monde qui ne sait pas ou il va…

Si le film me parle énormément, il n'échappe pas à quelques poncifs et autres petits ratés que je trouve dommageable. Sans jamais être ennuyeux, Kiyoshi Kurosawa ne maîtrise pas tout a fait son rythme; la première demi-heure est d'une efficacité à toute épreuve, c'est angoissant, le suspense est la et l'effroi avec, mais après cela retombe comme un vieux soufflet et il n'arrive jamais à retrouver cet équilibre par la suite. Il tombe même dans la facilité à la fin, avec le syndrome du « personnage débile qui fait tout ce qu'il ne faut pas faire ». Cependant c'est très bien mis en scène, il y a un jeu constant avec les écrans, les matières et tout ce qui peut séparer deux individus; insistant sur un quotidien qui nous enferme dans une prison de conformité. Ajoutons à cela un sens du cadre limpide, une construction épurée et des mouvements de caméra toujours au service de ce que l'image nous raconte, le tout sans jump-scare. Un procédé inutile au vue de l'ambiance crée et de la musique associé, qui participe à l'ambiance anxiogène que dégage certaines scènes.

Le casting quant à lui se révèle plutôt bon. Dans un rôle minime on retrouve Koji Yakusho, ce qui fait toujours plaisir. Ensuite on trouve Haruhiko Kato dans le rôle de Ryosuke Kawashima, qui interprète un étudiant un peu dilettante. Une performance réussi, ou il alterne sans forcer entre l’insouciance et la peur terrible de mourir, avec conviction. Puis il y a aussi Kumiko Aso qui joue Kudo Michi. Cette actrice est un peu reléguer au rôle de la demoiselle en détresse, sauf qu'elle crée suffisamment d'empathie pour que l'on s'attache à son sort. Et enfin il y a Koyuki Kato dans le rôle d'une prof d'informatique aussi enjouée que curieuse, qui joue avec intelligence sur ce qu'elle découvre et sur les réactions que cela engendre chez elle. 


Film efficace malgré quelques maladresses ...

Séance


SEANCE
de Kyioshi kurosawa


Séance est l'avant dernier film de la série de films de KIYOSHI KUROSAWA qu'on a eu la chance de voir dont je parlerai ici. Les autres c'est le maître des clés de ce blog qui vous donnera son sentiment dessus. Pour moi ça a été une magnifique découverte.

Séance est un des films qui rassemble tous les points forts de l'art de ce réalisateur, c'est un condensé de savoir faire. Il y a d'abord une histoire marquante. Koji est un ingénieur du son il partage sa vie avec son épouse Junko qui est à la fois serveuse et médium. Un jour ou il va chasser les sons dans la foret «des bruits d'arbre», une enfant se cache dans ses affaires, et c'est là que commence l'histoire.
Ensuite le réalisateur et le scénario font évoluer l'histoire et les protagonistes. Ils les tordent, et mettent leurs personnages dans une situation à mi-chemin entre une histoire en prise avec le réel, et une ou les mythes prennent formes. On retrouve des choses que l'on croise souvent dans les films asiatiques (une jolie petite fille flippante ici en manteau vert, des explications psychologiques, et des théories ésotériques).
Le réalisateur créé une histoire ou les personnages doivent prendre des décisions inconfortables, et des choix plus ou moins judicieux sont faits. Rajouter à cela des détails anodins, et des ingrédients flippants.

Puis il y a la mise en scène. Dans ce film les images sont fortes et souvent épurées. Ici elles semblent toutes zen. les paysages de foret, les décors intérieurs, les moments de contemplation du jardin... tout est calme. Puis surgit dans ce contexte un fantôme, laissant le spectateur sursauter. La composition de l'image est vraiment ce qui m'a le plus séduit dans les films de Kiyoshi Kurosawa.
Ensuite comme dans tous ses films, ils s'ouvrent et nous laisse sur une foule de questions. Comme par exemple sur le choix des symboles, cet homme passe sa vie à écouter; sa femme quant à elle est la seule à voir certaines choses.
L'enfant qui est entre eux ne parle pas vraiment et est là sans l’être. Ou en nous laissant en pleine réflexion sur les décisions que l'on prend et leurs conséquences. Et sur ce qu'est une dynamique de couple. Ou encore sur ce qu'est la vie , la mort, ceux qui sont en vie et ceux qui sont morts.

Séance est un film de kurosawa typique. Avec un de ses acteurs fétiche, Koji Yakusho toujours beau, charismatique et inquiétant. Un film qui nous laisse avec des questionnements et des images fortes qui nous poursuivent. Un film qui me donne envie d'en découvrir d'autres de ce réalisateur