While We're Young


WHILE WE'RE YOUNG
de Noah Baumbach


Il est bien vu lorsque l'on commence un billet de gentiment introduire le film et ce que l'on en a pensé... mais là je suis pressée de partager tout le mal que je pense de ce film, alors je me permets d'oublier cette contextualisation.

John et Cornelia sont des quadra qui travaillent tout les deux dans le domaine du documentaire, elle en produit, lui en fait. Ils vivent dans une belle maison dans un quartier chic de New-York. Un jour au détour d'une conférence assez pitoyable ils rencontrent Jamie et Darbie, lui aussi veut faire des documentaires et elle, elle vend des glaces. Tous les deux sont jeunes et branchés. Ils vont devenir amis.
Au début du film on ne sait pas bien, si le but est de faire un portrait de deux générations ou une comédie. L'un des couples va doucement vers les quarante cinq ans, et l'autre flirte avec la trentaine, vous trouvez que c'est cliché? C'est le début
Car les personnages sont hyper stéréotypés, c'est évident on est hype que lorsque l'on a un chapeau , des chaussures pointues et un vélo. Rien ne nous est épargné le petit bar à la mode, qui est le vieux QG du grand père, la coloc à moitié nue, le gourou échappé des années 70...

Tout cela est déjà assez pénible mais il faut ajouter le microcosme ou se passe le film. Ce sont quand même des gens aisés, John qui est sensé faire la course aux subventions vit avec sa femme dans un appartement que tout new-yorkais voudrait avoir. Quant à celui des «jeunes», il fait rêver, autant en lui même que par tout ce qu'il contient. Le concept de difficultés à finir le mois n'est clairement pas le même que pour le commun des mortels.Ensuite je suis assez étonnée du coté si peu cosmopolite de ce portrait de New-yorkais. Mais dans quel endroit à new york on ne trouve que des gens blancs. Les blacks ne sont présent que quand il faut parler d'adoption et quand on voit les vieux reportages du père de Cornellia ou il suit une famille dans les années 60.
C'est dérangeant. Tout autant que l'est le discours sur la famille et la maternité.
Tout est la faute de la femme qu'on se le dise. Si elle ne peut pas avoir d'enfant, c'est que dans le fond elle n'en veut pas car elle est égoïste. Si elle n'a pas envie d'avoir d'enfant, si les ateliers d'éveils musicaux pour les bébés la déprime, si ce n'est pas son truc et qu'elle aspire à autre chose c'est qu'elle se ment sur sa vie. Qu'elle ne doit pas être bien dans ce qu'elle vit, et avoir des problèmes d'identités.

Les hommes sont faibles, veulent se faire aimer. Dans ce film avoir un quelqu'un qui vous adule et qui veut apprendre de vous est clairement mis sur le même plan que le fait d’être père. Rajoutez à cela que lorsqu'il y a un bébé le père subit et la femme s'épanouit... vous aurez une idée de la vision de la parentalité et de la femme dans ce film. Non, elle peut aussi être une merveilleuse potiche et faire valoir comme Darby, au premier comme au second degrés dans ce film.
La réalisation, j'ai déjà commencé à en parler, elle n'est pas fine. Les oppositions sont grossières. L'intrigue du film est prévisible, le climax est un pétard mouillé. Et le discours sur l’authenticité passe au mieux pour le moment de «bons sentiments» du film.
L'humour est en général un comique de situation. Comme tout est vu et revu dans ce film il tombe souvent à plat.
Parlons un peu des acteurs, Ben Stiller fait du Ben Stiller, je ne suis pas fan. Je trouve que c'est toujours surjoué. Là il n'est pas aidé par le film, mais ça ne change pas mon avis sur lui. Quant à Naomi watts, a aucun moment j'ai ressenti de l'empathie avec elle. Elle est fade, et assez peu convaincante.

Le bon point va au couple de jeunes qui s'en sortent malgré la direction d'acteurs. Amanda Seyfried avec son peu de temps à l'écran arrive à composer cette jeune femme dynamique, et lucide. Ses rares apparitions sont toujours clés, et elle est lumineuse et charismatique. Adam driver arrive à faire oublier les décisions de la réalisation sensées nous donner des indications sur le film. Sa manière de prendre les cigarettes, de mettre son chapeau, tout semble faux mais le charisme et son jeu épuré balance ces décisions et créé un personnage intéressant.

Ce film est à oublier. Je n'arrive pas à trouver quelque chose qui pourrait tempérer mon propos. 

Lion



LION
de Garth Davis


Sans les oscars et les autres récompenses, je n'aurai jamais donné sa chance à Lion. La promo française a su annihiler toutes envies chez moi. Les quatre par trois ou les visuels disparaissaient sous une typo aux couleurs flashies hurlant «le nouveau slumdog millionaire», c'est pas ma came. Alors que j'ai adoré ce film de Dany Boyle.
Puis il y a eu toutes ces récompenses, le discours bouleversant de Dev Patel, et l'affection que j'ai pour cet acteur ont su faire naître l’intérêt, mais c'est la bouille de Sunny Pawar qui a su me conquérir. Je me suis donc installée devant ce film sans savoir ou j'allais.

Saroo est un petit bonhomme de cinq ans qui suit comme son ombre son grand frère Guddu. On les rencontre en train de chiper du charbon dans un train (pour être précise la scène d'ouverture est plus poétique, mais je vous laisse la découvrir). Ils vont revendre ce charbon au marché, et avec cet argent ils achèteront du lait pour leur maman et leur petite sœur. Mais la vie est difficile, et la maman doit laisser ses enfants pour aller travailler. Guddu quant à lui, en tant que grand frère responsable, part pour plusieurs jours pour un travail de force dans une ville éloignée. Mais saroo se sent assez fort pour travailler avec son frère et aider sa maman. Il fait un numéro de charme, et fini par obtenir ce qu'il veut.
Guddu qui doit avoir entre douze et quatorze ans est un grand frère aimant et attentionné. Mais une fois arrivé à destination, le titou n'arrive pas à se réveiller, il le laisse dans une gare le temps de travailler. Mais Saroo se réveille et se réfugie dans le wagon d'un train. Wagon qui est fermé et est rapatrié pendant plusieurs jours jusqu'à Calcutta. C'est là que commence son existence d'enfant des rues.
Saroo n'est pas un personnage de fiction. Il est l'auteur d'une autobiographie qui raconte une partie des sa vie et dont est inspiré ce film. C'est cette histoire qui nous est contée.
Celle d'un homme hors du commun qui a retrouvé le chemin de sa petite enfance en sachant retrouver ses souvenirs de tout petitou et avec Google earth. Il est un homme à l'image de l'enfant qu'il était, exceptionnel. C'est presque un privilège de connaître son histoire et d'entendre ce qu'elle dit de notre société.
Ce film aborde des thèmes plus larges ce n'est pas juste un biopic.
Il a un discours sur la famille. Une famille qui n'a pas une forme traditionnelle. La vision de la maternité qui est importante dans ce film est assez originale. j'aime ce qu'il découvre de sa mère adoptive. Je suis admirative de sa liberté, de ses choix et de l'amour qu'elle donne. Elle rafraîchit l'imagerie qu'il y a autour de l'adoption à l'étranger, de l'adoption tout court, et même de ce qu'est la maternité. Cette femme est un exemple.
Sa maman indienne est tout autan extraordinaire, elle tient debout dans les pires circonstances. Elle survit a des situations que je ne suis pas sure de pouvoir encaisser. Elle élève seule, ses enfants dans une pauvreté sans nom.

N’interprétez pas mal mon emballement, leurs portraits sont nuancés spécialement celui de Sue sur qui on s'attarde le plus. Mais ce qui en ressort c'est la force de ces femmes, et l'amour qu'elles donnent à leurs enfants. Ces familles ont des niveaux de vie, et des milieux diamétralement opposés. Mais ce qui est commun c'est l'amour qu'elles portent à Saroo.
L'amour est au centre de ce film.
L'amour d'une famille comme je viens de le dire, dont l'inquiétude pour un enfant les bouffe. Et jamais un père et une mère n'auront jamais été aussi heureux que lorsque leur enfant trouvera la paix.
C'est aussi l'amour fraternel. Quoi qu'en dise le personnage principal, il est aussi inquiet pour son petit frère d'adoption qu'en imaginant l'inquiétude de Guddu. Il veille le sommeil de l'un comme il chérit le souvenir de l'autre.
Il y l'amour d'un homme et d'une femme. D'abord celui des parents qui font blocs, et qui agissent en osmose. Ou celui de Saroo et de son amoureuse. Ce couple qui implosera sous la douleur de cet homme, sous sa volonté à lui de traverser cette épreuve tout seul. Mais cet amour qui rend cette femme si compréhensive et toujours présente. Ce film fait le portrait de notre société et de ses travers. Il se fait l'écho de tant de nos problématiques actuelles par le prisme de la vie de cet homme.

Pour servir ce film, il y a deux acteurs absolument merveilleux. Ce sont eux qui prêtent leurs traits à Saroo, ce sont Sunny Pawar et Dev Patel. Sunny Pawar qui porte bien son prénom est lumineux et très attachant. Il m'a étonné par la maîtrise de son jeu et son charisme. Il arrive à incarné un enfant dans une telle détresse avec un sourire et des yeux tristes qui m'ont arrachée le cœur. il est si jeune et si inexpérimenté pour porter seul une partie du film. Mais il le fait crânement et avec justesse.
Puis il y a Dev Patel , qui du haut de ses vingt six ans a déjà démontré son talent; Il compose son personnage avec finesse et sensibilité. Il retrace l'évolution de cet homme avec justesse. Il est bouleversant.
Je glisserai un petit mot sur Nicole Kidman, dont je ne suis pourtant pas fan, et qui incarne sue la mère adoptive. Je suis impressionnée par son second rôle ou elle accepte de ne pas apparaître sous son meilleur aspect soit avec une coiffure indescriptible, ou vieillit et marquée par la vie. Dans toutes les scènes ou elle apparaît elle ne tire pas la couverture à elle. Elle créé une femme d'une sensibilité exacerbée et à mes yeux une femme exemplaire dont on pourrait s'inspirer.
Il y a cependant des bémols dans ce film, pour moi c'est majoritairement sur la forme. La chronologie est mal développée à mon goût. 
Le film est formellement divisé en deux une ou le héros est enfant et la période couvre les deux ans et demi, entre le moment ou il se perd et celui ou il est adopté en Tasmanie. Puis une fois adulte du moment ou naît son mal être à son retour en Inde dans son village d'origine. Ce qui me gène c'est la non stigmatisation des moments. Par exemple dans la période ou il est enfant il aurait aussi bien pu se passer quinze jours, six mois ou cinq ans. Rien ne marque le temps qui passe. 
Je peux interpréter que ce floue est là pour nous faire marcher dans les pas de cet enfant qui lui même ne perçoit pas le temps qui passe. Mais c'est pareil pour lui adulte, on comprend qu'il s'écoule du temps dans cette partie du film. Mais il est difficilement matérialisable et à partir du moment ou il se sépare de son amoureuse il n'y a plus rien qui nous indique le temps qui passe. Est ce que ça a duré des mois ,des années, je suis incapable de le dire.
De même Saroo à retrouver son village avec Google earth et ses souvenirs. On ne voit quasiment pas ces recherches; je comprends que ce soit chiant google à l'écran; mais on ne voit que peu ses flashbacks. Ils sont peu utilisés, c'est surtout de son mal-être dont nous sommes témoin. la recherche apparaît concrétisée par un tableau et des punaises...

Saroo Briezly a créé une organisation pour les enfants des rues de Calcutta. Dans ce film il y a une volonté de raconté ce qui se passe, et probablement de retracer une partie des souvenirs de cet homme. Mais c'est assez mal amené, et ça fait un chouia catalogue. C'est aussi le cas dans l'orphelinat ou on a vraiment l'impression d'une galerie de portraits plutôt que d'un moment clé de l'histoire. C'est un peu triste.
Puis finalement je parlerai des couleurs et de la lumière.
Je trouve ça un peu facile l'utilisation de lumières chaudes et des gammes de couleurs jaunes et ocres dans les périodes ou le film se situe dans le petit village indien, et les tons verts, gris et brumeux qui dominent les moments en Tasmanie.


Ce film est imparfait, mais je m'en fous ses qualités ont surclassés ses bémols. Écrire dessus à fait renaître la boule au ventre qui ne m'a pas quittée pendant le film. Il va rester longtemps en moi, et laissera dans mon âme une petite cicatrice.




Détour [Concours] [TERMINE]


A l’occasion de la sortie en Blu-Ray et DVD du film "Détour" réalisé par Christopher Smith, avec Tye Sheridan, Emory Cohen, Bel Powley le 14 Mars 2017. Inglourious Cinema en partenariat avec l'Atelier d'Images et UFO Distribution vous font gagner 2 blu-ray du film.



Harper, un jeune étudiant, déteste son beau-père, responsable d’un accident qui a plongé sa mère dans le coma. Un soir, alors qu’il noie son chagrin dans l’alcool, il élabore un plan avec un voyou et une stripteaseuse pour l’assassiner. Le lendemain, à peine remis de sa cuite, Harper n’a pas le temps de se souvenir de sa rencontre qu’il se retrouve embarqué dans une virée vengeresse, contraint d’assumer ses choix…


TIME IS OVER
MERCI DE VOTRE PARTICIPATION

[Pour gagner, il vous suffit de répondre correctement à la question ci-dessous avant le 28 mars 2017 à minuit; un tirage au sort désignera les gagnants parmi les bonnes réponses:


Quel est le titre du film précédant de Christopher Smith ?


Envoyez votre réponse à inglouriouscinema@gmail.com

Avec votre nom, prénom et adresse postale.

Pour doublez vos chances, suivez nous sur facebook ou twitter]

Le tirage au sort aura lieu le 29 Mars 2017 et les gagnants seront avertis par e-mail. 1 seule participation par foyer sera prise en compte, toute réponse incomplète (sans adresse) ne sera pas prise en compte, Concours destiné aux habitants de France métropolitaine uniquement. Vos coordonnées ne seront pas conservées. Notre partenaire enverra les lots aux gagnants, Inglourious Cinema ne saurait être tenu pour responsable de l’acheminement des lots.

Toro


Après quelques temps passés à l’ombre, Toro, un ancien membre de la mafia, est bien décidé à refaire sa vie. Il souhaite plus que tout laisser derrière lui son passé. Mais lorsque sa nièce se fait enlever, il se retrouve entraîné dans une spirale infernale de fuite, de pièges et de violence. Son instinct de tueur va resurgir…

Toro – Réalisé par Kike Maillo - 22 Février 2017

Je ne recommencerai pas mon laïus sur les sorties tardives en France des films, mais sachez que dans le cas de « Toro » il s'est passé presque 10 mois entre la sortie en Espagne et la sortie en dvd/bluray en France. C'est peu dire que je suis content de pouvoir le découvrir, car il s'agit du deuxième long-métrage du cinéaste espagnol Kike Maillo, déjà auteur en 2012 de la petit pépite pleine de poésie « Eva ».

Toro est l'homme de main préféré du mafieux Romano. Une place qui lui donne une certaine autorité, mais c'est aussi la place que l'on veut prendre. Un poids qui pèse sur les épaules de Toro, qui décide contre l'avis de son chef, de se retirer après un dernier cambriolage. Hélas rien ne se passe comme prévu. A peine arrivé sur le lieu du vol, la police arrive et force Toro et ses complices à fuir, provoquant une confrontation inévitable qui fini par l'arrestation de Toro et par la mort d'Antonio l'un de ses amis qui participait au vol. 5 ans plus tard, Toro est sur la voie d'une vie nouvelle. Sa peine est aménagée, il a un travail de chauffeur et il entretient une relation durable avec une institutrice, la chaleureuse Estrella. Malgré tout ça, il ne peut tenir à l'écart trop longtemps un passé bien décidé à lui pourrir la vie, notamment son frère Lopez, un escroc notoire qui vient de se mettre à dos Romano, le parrain de la mafia de Malaga. Toro ne veut plus rien avoir à faire avec Lopez, mais il ne peut lui refuser son aide, car sa fille à été enlevée par Romano et elle ne mérite pas ça. Entraîner dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas, Il s'engage alors dans une fuite en avant qui va mettre ses bonnes résolutions à rudes épreuves …

Si son premier film « Eva » m'avait bouleversé, on ne peut pas en dire autant de son second long-métrage qui si il se laisse regarder, ne possède pas la surprise et la fraîcheur qui habitait son premier film. Kike Maillo avait le mérite malgré la science-fiction de minimiser ses effets, de jouer la carte de l'humain et de personnage bien incarné pour se détacher du genre en question. Ici c'est tout le contraire, des le début on sent l'influence énorme d'un film, le « Drive » de Nicolas Winding Refn, une influence qu'il ne digère absolument pas et c'est assez problématique …

Le début du film ne perd pas de temps. L'intrigue nous plonge directement dans l'action, on découvre les personnages et ceux qui les lient. C'est assez rapide et l'efficacité est là, mais des que l'on rentre dans le cœur de l'intrigue, le scénario écrit par Rafael Cobos et Fernando Navarro fonce droit dans le mur des clichés et stéréotypes (La mafia, le parrain, l'homme de main taciturne, le repentis, la vengeance …) , le tout saupoudré d'une narration plate qui ne cherche jamais à surprendre. De plus il s’assoit allègrement sur la cohérence ce qui n'aide pas à s'attacher et a comprendre les différents personnages. Cependant tout n'est pas à jeter, le fait de se concentrer sur une période de 24 heures par exemple imprime un rythme implicite au récit qui lui donne une certaine dynamique; mais là ou c'est vraiment judicieux, c'est le fait d'ancrer l'histoire dans son folklore et de confronter passé/présent. On retrouve ainsi le senorito andalou (le Mafieux Romano), la relation seigneur/sujet (Romano et les personnages qui lui donnent de l'argent) et enfin la corrida avec l'affrontement entre le Matador et le taureaux (Romano/Toro). Des traditions qui donnent de la tension, du cœur et un sens de la solennité qui rappelle les mises à mort dans la corrida; un apport au récit essentiel et qui nourrit la relation entre Romano et Toro, la rendant beaucoup moins artificielles.

Bon l'histoire ne vous emmènera pas vers des territoires inconnus et le visuel qui penche en plus vers du NWR (Nicolas Winding Refn) en rajoute avec cet air de « déjà-vu ». Parallèlement à ça je reconnais aisément que Kike Maillo signe un film impeccable visuellement; il y a toujours ce soucis du plan bien composé, bien éclairé, d'ailleurs il retrouve le chef-op de « Eva » Arnau Valls Colomer qui avait fait un bon travail la aussi.

Le réalisateur ne se contente pas de mettre simplement en image son histoire, il recherche constamment à mettre de l'ampleur dans sa mise en scène (travelling aérien, caméra portée) et même si ce n'est pas toujours réussis, cela donne un certain caractère à l'image, on est pas sur quelques choses qui cherche la sécurité. D'un autre coté Kike Maillo gère bien le rythme assez soutenu du film, il intègre aussi dans sa mise en scène toute le folklore de la corrida, ou la ville de Malaga devient une arène à ciel ouvert, une ambiance solennelle assez juste qui nous entraîne jusqu'au final attendu, qu'il gère avec pas mal de maîtrise, avec une montée en tension finale réussi apportant une dose d'émotion bien venue.

Quant au casting, je n'ai honnêtement rien à dire dessus, car ils sont globalement bons. Sauf qu'il y a un mais ! Si j'ignore les 20 dernières minutes, les deux rôles principaux, tenu par Mario Casas et Luis Tosar, moi je les aurais inverser. Alors je pense que ce n'est pas ce que le réalisateur aurait aimer, car ça participe au décalage qu'il veut nous montrer, mais pendant les ¾ du film, je ne crois pas au personnage interpréter par Mario Casas. Il manque de consistance, de charisme, de force et de puissance, puis c'est Luis Tosar en face et personnellement ça pardonne pas, car même si lui joue un personnage roublard, pleutre et lâche, je n'ai pas de mal à le croire. Une sensation qui ne m'a pas quitter jusqu'au final du film ou Mario Casas se lâche enfin et s'approprie son personnage. Reste Jose Sacristan dans le rôle de Romano, qui joue assez juste, puis avec flegme et retenue quand il se transforme en Matador prêt à donner la mort. 

Une série B pantouflarde !


This Is Where I Leave You



THIS IS WHERE I LEAVE YOU
Shawn levy


This is where I leave you, est le film adapté du roman éponyme de Jonathan Trooper Je suis tombée, par hasard sur le teaser, et il m'a fait pleurer de rire. Le lendemain on s'installait devant ce film.


Judd est le réalisateur d'une émission de radio à succès. Un jour où il rentre plus tôt avec un énorme gâteau pour fêter leur anniversaire avec sa femme. Il la trouve au lit avec son patron, l'animateur de la-dite émission de radio. Quelques jours après son téléphone sonne, c'est sa sœur qui lui annonce que son père est mort. Il se retrouve à devoir rester une semaine avec sa famille, dans la maison de son enfance, pour célébrer «shiva». C'est la dernière volonté de son père. Cette famille ce sont ses deux frères, et leurs compagne et épouse; sa sœur ses enfants et son mari; ainsi que sa mère.
Toute personne qui a perdu un membre de sa famille, sait combien un deuil et les jours qui suivent un décès sont rythmés par des rituels. On les accepte, ou on les rejette, mais c'est la manière dont nous les affrontons qui nous permet d'avancer.
Ici le livre puis le scénario utilise le rite de shiva, et la religion juive car il permet de réunir les protagonistes dans une position spéciale, chaque jour pendant une semaine, dans un même lieu. Ce regroupement est à l'origine de révélations, autant que de moments très drôles. Il est le temps ou les choses se dénouent. Il faut ajouter la position physique des protagonistes. Assis sur des sièges bas, les trois frères, la sœur et la mère semblent parfois un peu engoncés sur leurs chaises.
Ces passages sont particuliers, avec un défilé de personnages aussi divers que variés. leurs mises en scène est quasi théâtrale. Mais le script et la réalisation restent respectueux de la religion, bien qu'aucun des protagonistes ne soit réellement pratiquants. La religion est utilisée pour alléger l'atmosphère à chaque étape du récit. Que ce soit au moment de l'enterrement, ou lors de la messe commémorant le mort, le moment est détourné de manière a permettre l'humour de naître autour d'un personnage. Et que celui qui n'a pas du réprimer un fou rire dans ces moments, jette la première pierre au scénariste. Ce ne sera pas moi. Le rabbin est à l'image de l'utilisation de la religion, il est touchant mais sa fonction est parfois détournée, lors d'un discours aux accents de prêches évangélistes, ou à cause d'un surnom d'adolescent qui revient de nulles part.
Tout est savamment dosé.
Dans la vie, ces circonstances ne vont pas sans questionnements sur nos existences. Et c'est le coté le plus touchant du film. ces personnages traversent des crises qui leurs sont propres. Ces crises trouvent leurs origines dans ce qu'ils ont vécu avant de quitter cette maison familiale. Le réalisateur par petites touches, s'attarde sur chacun d'entre eux. Et même s'il ont tous des moments emprunts d'humour, spécialement Phillip le plus jeune, ils laissent tous percevoir leurs failles. Pendant ces moments la réalisation sait faire naître l'émotion.
Ce film, dans sa globalité, est un moment d'équilibre parfait. Il permet en plus d'évoquer des thèmes essentiels comme le deuil, la parentalité, comment rebondir quand la vie vous trahit, puis finalement ce qu'est l'amour, aimer et être aimé.
La construction du scénario, laisse la place belle à une pléiade d'acteurs qui semblent prendre un grand plaisir à jouer ensemble; et compose une famille dysfonctionnelle dans laquelle on voudrait bien avoir une petite place. 
Jane fonda est une mère de famille aimante, combative et sans tabous. Elle est l'élément de fraîcheur de ce film. Elle est crédible dans toutes les situations même dans le twist de fin.
Jason Bateman est Judd, le fils que l'on suit. Il est juste dans un jeu sans fioriture. 
Tina Fey joue la sœur protectrice de la famille; Corey Stoll incarne le frère aîné qui a du mal à s'affirmer. Puis Adam Driver joue le petit frère insouciant et aimant qui s'avoue plus complexe que ça. Il est l'un des personnages les plus attachants.



Ce film a été une bonne surprise et un moment agréable avec plein de bons acteurs. Il est fidèle à sa bande annonce, ce qui est de plus en plus rare aujourd'hui. Il a un humour juste et frais qui me touche, et un discours sur la vie qui fait écho en moi.

Citizen Kane


A la mort du milliardaire Charles Foster Kane, un grand magnat de la presse, Thompson, un reporter, enquête sur sa vie. Les contacts qu'il prend avec ses proches lui font découvrir un personnage gigantesque, mégalomane, égoïste et solitaire.

Citizen Kane – 3 Juillet 1946 - Réalisé par Orson Welles

Je suis quelqu'un qui ne croit pas aux classements. Oui les classements du genre « Les 100 meilleurs films de tout les temps » ou « Les meilleurs films du 21 eme siècle », que des critiques rédigent après une concertation plus ou moins grande, ou même des blogueurs parfois … Sauf que le problème avec chaque « top » c'est qu'il ne représente que les personnes qui l'ont conçu et qu'il ne sont pas forcément représentatif du cinéma en général. C'est dans ce cadre là que j'ai découvert il y a longtemps l'existence de « Citizen Kane » élu fraîchement « Meilleur film de tous les temps » par une flopée de réalisateurs, réalisatrices et critiques. Une titre honorifique qui en impose, mais me concernant à l'époque, ce n'était ni plus ni moins qu'un film portait aux nues par une poignée de gens snobs ! Sauf que depuis ce temps là, j'ai énormément changé, j'ai découvert mon premier Orson Welles avec « La Soif du Mal » qui est un petit bijoux et que « Citizen Kane » n'usurpe pas sa réputation …

Charles Foster Kane est un grand magnat de la presse à la fortune colossale, un homme que l'on adore, ou que l'on déteste et qui a presque réussi tout ce qui l'a tenter. Un homme ambitieux qui à marquer son temps et son décès laisse la presse américaine dans une profonde incompréhension, car si l'on connaît sa vie publique, il est difficile de dire qui était vraiment cette personne. Une interrogation légitime qui apparaît au moment du décès de Kane. Il était dans son immense palais de solitude « Xanadu », une boule de neige serrait entre ses mains qu'il lâcha lors de son dernier souffle, ou seul le mot « Rosebud » vient troubler cette étrange quiétude qui venait de s'installer. Car la presse qui pensait tout savoir, ne savait qui était « Rosebud » ! C'est ainsi qu'un journaliste va essayer de remonter la piste de ce nom, en interrogeant les uns après les autres diverses connaissances de Kane, proches comme collaborateurs, ils vont tous dépeindre un Charles Foster Kane différent, tantôt en homme affable et aimant, en impitoyable homme d'affaire ou encore comme quelqu'un profondément seul …

Au final je ne dirai toujours pas que « Citizen Kane » est le « Meilleur film de tous les temps », mais c'est bien l'excellent film dont j'ai entendu parler. Un film subtil, étonnant, vibrant et moderne. Un film sur un homme comme l’Amérique en compte des centaines (William Randolph Hearst) et un cinéaste prodigieusement talentueux pour réaliser ça. Un film qui a presque quatre vingt ans, n'en fini pas d'influencer les cinéastes et de marquer de son empreinte le 7eme art. Un intemporel qui fait encore écho de nos jours …

Des le début on est pris à contre pieds par l'histoire que nous conte Welles, on assiste à la fin de vie de Kane, puis on enchaîne sur la nécrologie préparée par un organe de presse. D'entrée on est surpris par cette succession de séquence, qui font passer Charles Foster Kane pour un certain Donald Trump, preuve si il ne le fallait que le self-made man à l'américaine est ancrée dans les gènes de ce pays, mais cela entraîne aussi une course à l'image, maîtrisée ou non qu'ils se doivent de posséder pour durer dans le temps et c'est ce que Orson Welles interroge pendant 2 heures. Avec la collaboration de Herman J. Mankiewicz, il livre un scénario qui déconstruit une certaine idée du rêve américaine, en interrogeant diverses personnes qui ont connu Charles Foster Kane et qui apporte un éclairage sur les événements clé de sa vie. Son enfance, comment il a tué symboliquement le père, ses premiers amours, ses ambitions, ses réussites comme ses plus cuisants échecs, une alternance de fait nourrit par l'envie de savoir ce qu'est « Rosebud ». Un macguffin qui nous dévoile un homme qui n'a pas eu d'enfance, qui c'est toujours construit dans l'affrontement, qui n'a jamais eu d'amis, ni de véritable amour, un homme seul dans son palais, seul face à lui même …

Un scénario solide qui prend toute son ampleur grâce au talent de Orson Welles à la réalisation. Des le début c'est soigné, précis, la caméra est sure et elle bouge élégamment pour nous faire rentrer dans Xanadu, découvrant par la même occasion l'immensité de cette propriété. Tout en retenue Welles nous entraînes dans cette enquête, sur le mystère « Rosebud ». Une introduction qui mêle prises de vues réelles et trucages (Matte-paintings), une pratique que l'on retrouve tout au long du film et qui rendent certains plans stupéfiants, une mise en scène puissante qui sert à merveille l'histoire et le parcours aussi clinquant que triste de Kane. Une dynamique qui imprime un rythme au récit soutenu, on ne s'ennuie jamais et les différents flash-back sont insérés avec beaucoup de justesse. Rien ne parasite la progression de l'histoire, jusqu'au final aussi fin que délicat qui nous donne la réponse tant attendue. Une maîtrise de tout les instants émane de ce film, que l'on retrouve au montage avec Robert Wise, au soin apporté à la photographie par Gregg Toland, à la musique de Bernard Herrman ou encore à la direction artistique ambitieuse de Van Nest Polglase qui fourmille de détails.

Quant au casting, il est vraiment très bon. On y trouve Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Agnes Moorehead, Ruth Warrick, Ray Collins et bien d'autre, mais il y en a un qui mange tous les autres c'est « Orson Welles » ! Rare sont les réalisateurs qui se montrent aussi bon acteur et Welles fait partie de cette catégorie là, il maîtrise son sujet sur le bout des doigts que cela soit devant ou derrière la caméra. Le personnage est ici un prolongement naturel de sa personne qui s'efface (littéralement) derrière le portrait grandiloquent de Charles Foster Kane. Tantôt affable, colérique, jovial, sensible ou complètement désespéré il donne suffisamment de nuance pour que l'on apprécie toutes les aspérités du personnage dont il conte l'histoire. Une performance majuscule qui porte le film et qui marque l'esprit. 

Il ne vieillit pas, il est immortel, il est Charles Foster Kane !

Le Procès



LE PROCÈS d'Orson Welles

J'ai un souvenir particulier de Kafka, c'était en été, affalée devant mon livre au soleil. Je me souviens d'avoir frissonné en lisant une scène de torture. Il a laissé en moi une emprunte particulière. Ce souvenir d'avoir été déstabilisée par sa manière de construire son récit, surtout à cause d'une absence d'explication.
Alors lorsque j'ai lu que Orson Welles avait adapté Le Procès, j'ai été curieuse de connaître sa vision


Un matin alors qu'il dort, Joseph K voit surgir dans sa chambre un policier. Celui-ci l'interroge sur ce qu'il fait et pose des questions jusqu'à l'absurde dans leurs formulations. Sans jamais dévoiler autre chose que le fait qu'il est policier. Sans jamais l'interroger sur le méfait qui lui est reproché. Finalement on lui annonce qu'il est en état d'arrestation et perquisitionne.
Des témoins surgissent dans la maison de sa logeuse. K ne les connaît que de vue car il travaille avec eux. Il n'est pas proche d'eux. D'ailleurs joseph n'est proche de personne. Ces hommes s'en vont comme ils sont arrivés, et ils le laissent juste en lui disant qu'il est mis en accusation et que la procédure est mise en route. K va se perdre dans ces arcanes judiciaires, en rencontrer ses protagonistes ou croiser des intervenants. Sans jamais ne savoir de quoi il est accusé , ni comprendre ce qui va se passer.

Pour s'immerger dans un livre de Kafka il faut accepter de perdre pied. Orson Welles en tant que réalisateur applique parfaitement les préceptes de l'écrivain. Pour cela il déstabilise le spectateur. En premier par le visuel et les choix de photographie. Il joue avec les perspectives. Il transforme un ensemble d'immeubles récents du début des années 60, en paysage désertique et sans âme. Donnant un aspect de labyrinthe hypnotique ou seul nous, nous perdons.

Lorsque k est confronté à la justice, il va au tribunal et là les décors sont gigantesques et démesurés. Les colonnes semblent monter vers le ciel toujours gris. Les salles sont infiniment grandes, et parfois elles s’étendent sur différents niveaux. Les hommes semblent tellement petits, des fourmis qui égarent leurs âmes et leurs personnalités... des insectes qui se perdent dans le gigantisme de ce bâtiment dont certains ne sortent plus.
Quant au lieu ou travaille Joseph K , pour lui donner vie, Welles choisit la gare d'Orsay. Il créé une grande salle ou tous les employés sont habillés de la même manière. Ils semblent interchangeables quasiment non identifiables. On le reconnaît que parce qu'il ne cesse de gesticuler. Chaque moment a son esthétisme propre dans ce film. Il fait son identité. Mais ce qui ressort est cette impression de non individualité et un coté labyrinthique.

Tout cela participe à notre perte de reperds, mais pas seulement! elle se joue aussi au niveau des personnages. Ils passent et ont un rôle indéfini, tant dans l'histoire, dans la vie du personnage, ou dans la procédure judiciaire. Même le rôle de son avocat est indéterminé. On ne comprend que sur le tard qu'il n’est pas là pour le défendre mais pour faire traîner la mise en accusation. Chaque personnage a une fonction dans l'histoire et un sens plus profond. L'exemple le plus représentatif est Léni. Elle est l’infirmière et la maîtresse de l'avocat. Mais comme le dit son amant «elle aime les accusés», et couche avec tous les clients de son patron.
A chaque moment de ce film rien n'est ce que l'on voit, tout est plus riche.
Les acteurs sont mythiques. Anthony Perkins est Joseph K. Il est perdu dans son propre dynamisme. Ça longue silhouette, et sa grande taille lui donne l'allure parfaite pour se fondre dans les tableaux que dessine le réalisateur. Il compose un jeu qui évolue de la retenue guindée à la perte de contrôle hystérique.

On croise aussi la lumineuse Romy Schneider qui illumine le film et dont l'allure frêle contraste avec le monstre sacré Oscar Welles à qui elle donne la réplique. Deux icônes qui soufflent le jour et la nuit sur une même scène. Je finirai par Jeanne Moreau qui si elle a un petit rôle est tout simplement envoûtante.


Ce film est plus qu'un film, il est une expérience. Il est tout autant un matériel de réflexion qu'un manège qui vous laisse vacillant sur vos bases.

Bonnie and Clyde


Etats-Unis, les années 1930. C'est la Grande Dépression, suite au krach boursier de 1929. Un couple d'amants criminels, Bonnie Parker et Clyde Barrow, sillonne le pays en braquant des banques. Bientôt, l'Amérique ne parle plus que de ces hors-la-loi inexpérimentés. Certains les admirent. D'autres sont horrifiés. Quoiqu'il en soit, poursuivis par la police, ils devront bientôt faire face à leur destin...

Bonnie and Clyde – 8 Novembre 1967 - Réalisé par Arthur Penn

C'est un jour perdu dans les méandres de feu « Zive » qui se nomme désormais « SFR play » que j'ai découvert après moult recherche aussi agaçante que fatigante, un film sur un couple mythique. Pas un de ceux qui a forgé la légende du cinéma, mais plutôt de ceux qui ont marqué l'histoire des USA. Un film sur les années 30, sur la grande dépression, ses ravages et ses légendes, comme « Bonnie and Clyde »

Une journée comme une autre au Texas, territoire ravagé par les conséquences de la grande dépression, les banques ferment, la pauvreté s'installe et la misère gagne de plus en plus d'américains. Bonnie Parker est une jeune femme que la lassitude gagne, elle papillonne d'homme en homme sans que cela ne satisfasse ses envies. Un jour alors qu'elle attend que le temps passe dans sa chambre, elle surprend un homme à l'allure élégante s'approcher de la voiture de sa mère, ses intentions ne font aucun doute, mais pris par l'insolence qui se dégage de lui, elle tombe sous le charme de celui qu'on appelle Clyde Barrow. Une rencontre déterminante, ou Bonnie découvre le visage de son interlocuteur, un braqueur insouciant qui prend ce qu'il désire, animé par un esprit de revanche qui va les entraîner sur les routes sinueuses de l’illégalité. Sauf que les temps sont durs pour tout le monde et que les butins sont aussi rares que faméliques, ce qui pousse le duo à faire toujours plus. Clyde réunit ainsi son frère et sa femme avec eux, le gang Barrow écume divers États, hélas ils finissent par attirer l'attention de la police …

Une fois le film fini, je n'ai pas tout de suite était convaincu, car je trouvais que le film d'Arthur Penn forçait sur la « glamourisation » de son couple, rendant presque son histoire complètement artificielle. Cependant et cela après quelques jours, les qualités du films sont ressorties peu à peu, pour se révéler être en phase avec le sujet qu'il aborde. Un acteur/producteur en perte de vitesse qui cherche à prendre une légitimité qu'il n'a pas pour un film en rupture avec les codes de l'industrie en vigueur à l'époque …

Avant que le film existe, il y a un livre, écrit par John Toland « The Dillinger Days » qui raconte l'histoire de ce duo. Ces deux jeunes scénaristes qui s'en emparent pour l'adapter, il s'agit de Robert Benton et David Newman séduit par l'histoire de ces gangsters et par l'aspect révolutionnaire que le couple incarnait à l'époque, qui résonne alors avec l'esprit de la fin des années 60. Admiratif du réalisateur François Truffaut, il lui propose le scénario, mais trop occupé par l'un de ces films, il décline l'offre et leur conseille de s'adresser à Jean-Luc Godard qui décline à son tour. Mais le destin, qui se nomme Truffaut, leur met sur la route Warren Beatty qui cherche une opportunité pour se relancer. Intéressé par le rôle, il décide de tout faire pour que cette fois-ci rien ne lui échappe comme pour « What's New Pussycat », il achète les droits, le produit, recrute le réalisateur et fini même par incarner au final le rôle principal.

Un choix idéal qui sert à merveille l'histoire. Si Beatty n'a pas voulu que son personnage soit bisexuel comme dans la réalité (Question d'image à l'époque pour lui), ils ont fait de lui quelqu'un d'impuissant et qui va comme sa partenaire à l'écran chercher quelque chose de nouveau, à dépasser sa propre condition de départ grâce à leurs vies de gangsters. Car au delà des méfaits qu'ils commettent, ce sont deux personnes en marge de la société et qui ne cherche qu'une place qui leur échappe depuis trop longtemps. Bonnie veut prouver qu'elle n'est pas qu'une femme qui attend le bon partie et Clyde qu'il n'est pas qu'un simple séducteur et braqueur de banque. Une quête de soi qui ne se fera pas sans heurt, ni drame, mais qui les verra changer et porte l'idée d'un monde différent ou chacun aurait sa place. Une métaphore à peine caché de la situation des gens dans les années 30 qui subissaient la crise et qui se devaient de se battre pour espérer une vie meilleure. le parcours de Bonnie & Clyde est alors symbolique du mal-être de la population qui voit en eux des idoles renversant un ordre établi qui les oppresse. Une façon aussi pour Arthur Penn et Warren Beatty de placer leur film au début du Nouvelle Hollywood …

Un film à la richesse thématique indéniable dont Arthur Penn s'empare pour faire un film en rupture avec les codes de l'époque à Hollywood. Une obligation vu les personnages qu'il met en scène, mais aussi par rapport à la situation de « la grande dépression » qui n'était pas avare en coup dur et autre drames. Premier bon point, c'est tout l'ambiance et le background mise en œuvre à l'écran, on voit un Texas qui est entrain de dépérir, ou les propriétaires sont jetés à la rue par les banques, les paysages sont désertiques, les habitations abîmés par le temps, les couleurs sont chaudes, dans des teintes de jaunes, que la photographie de Burnett Guffey magnifie et ou les décors de Dean Tavoularis résonne comme les fantômes de la grande dépression. Un décorum de western qui nous accompagne tout au long du film, ou le réalisateur nous livres des scènes de poursuites et de fusillades d'une violence étonnante pour l'époque, tout comme la représentation de la sexualité à l'écran qui est présenter frontalement (presque) notamment au début quand on découvre Bonnie, ou de manière détourner par des substituts (bouteille ou arme à feu). Le réalisateur nourrit ainsi la personnalités des différents protagonistes, un duo à l'apparence adulte mais au comportement juvénile mue par leur instinct les plus basiques, boire, manger, faire l'amour. Un film qui va au rythme de ces différents protagonistes, à la fois rapide et instinctif, que lent, tendre et cruel, jusqu'au final d'une brutalité choquante …

Le casting est quant à lui magnifique, beau et plein de talent. C'est la première fois que je regarde un film avec Warren Beatty et je n'ai pas était séduit à 100 % par l'acteur qu'il est. Alors pour son rôle de Clyde, il se glisse à merveille dans les habits de ce gangster, il a la carrure et la dose d'impulsivité qui sied au personnage, cependant je le trouve un peu lisse, il manque un peu de caractère. Ce qui est pour moi tout le contraire de sa partenaire à l'écran Faye Dunaway, un vrai caméléon qui donne naissance à un personnage dur, sensible et attachant. Une performance majuscule pour une actrice qui se métamorphose en deux heures, avec minutie, empathie et subtilité, qui font passer la Bonnie sensuelle et insouciante à la femme sure d'elle, qu'elle est à la fin. Michael J. Pollard joue le rôle du mécano/chauffeur « C.W. Moss » un peu simplet que le duo recrute; il y a aussi Gene Hackman dans le rôle du frère de Clyde « Buck », une composition survoltée qui tranche avec celle de Beatty ; Estelle Parsons joue la compagne de « Buck », c'est aussi l'antithèse du personnage de Bonnie, ce qui crée quelques étincelles ; puis pour finir on trouve Denver Pyle dans le rôle du texas ranger Frank Hamer et Dub Taylor dans le rôle du père de Moss. 

C'est l'histoire d'une rébellion inter-générationnelle qui ne vieillit pas, beau, intense et puissant ... 


L'homme qui en savait trop [1935]


En vacances en Suisse avec leur fille, Bob et Jill Lawrence se lient d'amitié avec un Français qui est assassiné. Avant de mourir, il prévient Bob qu'un diplomate va également être assassiné. Pour empêcher le couple de parler, les futurs meurtriers enlèvent leur fille. Jill se rend a l'Albert Hall ou un tueur doit abattre le diplomate et tente de faire échouer l'attentat.

L'Homme qui en savait trop – 1 Mars 1935 – Réalisé par Alfred Hitchcock

Le remake au cinéma c'est un peu la facilité pour un studio en panne d'idée. Cela parasite même de nos jours les chaînes de télévisions qui créent toujours, mais qui n'hésitent pas à ressortir les vieilles marmites du placard pour titiller la nostalgie des spectateurs. Mais j'avoue naïvement que je n'aurais jamais cru qu'Alfred Hitchcock fasse cela et c'est bien ce qu'il a fait avec « l'Homme qui en savait trop » il a remaké son propre film. Hélas nous sommes pas là pour parler du remake, mais bien de l’œuvre originale de 1935, avec Leslie Banks, Edna Best et Peter Lorre. Le couple Lawrence avec leur enfant sont en vacances dans une station de ski en Suisse. Ils profitent allègrement des joies que procure la montagne, ils se lient même d'amitié avec d'autre personnes, dont un français. Un homme qui décède mystérieusement et qui livre au couple Lawrence un immense secret, un diplomate va être assassiné lors d'un concert à Londres. Les commanditaires décident d'enlever la fille des Lawrence pour les empêcher d'agir et de mettre un terme à ça, sauf que rien ne se passera comme prévu.

Alors le remake de 56 ne m'avait pas particulièrement touché, mais c'était un film extrêmement solide, avec une justesse et un rythme parfaitement maîtrisé, notamment dans un troisième acte sublime dépourvu de superflu. Tout le contraire de son essai de 1935 qui est littéralement un brouillon de ce que sera son film vingt ans plus tard. On retrouve malgré tout une certaine maîtrise du suspense, un sens du découpage millimétré et une réalisation que l'on sent ambitieuse, mais l'ambiance en pâtit, on est jamais oppressé, stressé ou pressé, le rythme du film est calamiteux alors qu'il ne dure que soixante-douze longues minutes et le scénario ne suit pas, s'embourbant lentement dans une intrigue boueuse. Écrit à plusieurs mains, elle expédie trop les choses, on ne rentre jamais dans le détail et les différents personnages manquent d'épaisseur, un manque que l'on aurait pu « peut-être » éviter si il n'y avait cette fusillade grotesque à la fin qui n'apporte absolument rien, d'ailleurs il faut noter qu'elle n'est plus là dans la version de 1954. Mais si il y a bien un élément qui n'a pas a rougir de son remake, c'est le casting qui est superbe. On retrouve ainsi Leslie Banks, Edna Best et l'excellent Peter Lorre, l'inoubliable « M » dans le film de Fritz Lang qui excelle une fois de plus dans le rôle du méchant de service. 


C'est décevant et je ne serais que trop vous conseiller le remake de 1956 !