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Barberousse


Début 19ème siècle. De retour à Edo après trois ans d'études à Nagasaki, le jeune docteur Noboru Yasumoto est décidé à y faire une brillante carrière. Il rêve d'une nomination dans l'hôpital du Shogunat. Sa connaissance de la médecine occidentale et ses origines le destinent aux plus hautes sphères médicales. Mais sa première affectation l'envoie dans un quartier très pauvre de Tokyo, à la clinique de l'intransigeant Dr Niide dit "Barberousse". Égoïste et arriviste, le docteur est mécontent d'être aux ordres d'un médecin dans un endroit qui ne correspond pas à son diplôme et à son ambition. Mais peu à peu, Yasumoto surmonte son amère déception et s'attache aux malades et à son étrange patron. Barberousse est un médecin atypique au cœur pur entièrement dévoué à la cause des plus pauvres. En fréquentant les laissés pour compte de la société, Noboru s'humanise...
Barberousse – 3 Avril 1965 - Réalisé par Akira Kurosawa

« Poverty's a political problem they say. But what has politics ever done for the poor? Has a law been passed to get rid of poverty and ignorance? »

Cinquante deux ans ont passé depuis la sortie au japon de « Barberousse » et Akira Kurosawa a encore eu le regard juste sur son époque et sur ce qu'allait être le monde de demain. Un monde ou ne donne pas les moyens à son école de fonctionner correctement, ou l'on supprime 5 euros d'APL a des étudiants, ou les personnes dans le besoin sont des assistés, ou le personnel soignant est tellement a bout que les suicides se multiplient et ou l'on empêche des migrants de se nourrir et boire quand d'un autre coté on ne pense que compétitivité, facilité de licenciement, plafonnement des indemnités prud’homales et limitation dans le temps de l'assurance chômage! Alors comment peut on faire preuve d'humanité dans une société qui n'a plus le nom que d'humain ? Si ce n'est par l'altruisme le plus profond et le don de soi ! C'est ce que Akira Kurosawa développe ici, pendant 3 heures, à l'ombre du docteur Kyojio Niide plus communément appeler « Barberousse » !

Noboru Yasumoto est un jeune docteur qui vient de finir ces études à Nagasaki et qui ambitionne pour la suite de sa carrière, de devenir le médecin personnel du shogun. Sauf qu'a sa grande surprise, il est affecté au dispensaire local et se retrouve face à un monde qu'il n'avait pas choisi, celui de la pauvreté. Il découvre lors de son arrivée le dispensaire, que le docteur Mori lui fait visiter en détail, non sans une pointe de cynisme, soulignant l'odeur des pauvres et la dureté de leurs métiers. Il lui raconte aussi les conditions qu'imposent « Barberousse », l'intransigeant maître de ces lieux ! Lorsqu'il le rencontre, l'accueil est froid, mais il lui montre de l'attention, un altruisme étrange pour quelqu'un qu'on lui a dépeint comme un tyran. Mais s'estimant malgré tout floué par cette affectation, Yasumoto décide de faire ce qui est possible pour que « Barberousse » le renvoie, en commençant par refuser de porter les habits de médecin qu'on lui donne à son arrivée …


Pour Akira Kurosawa c'est la fin d'une ère et cela sur bien des plans. Tout d'abord ce film marque la fin de sa collaboration fructueuse avec son acteur fétiche Toshiro Mifune, c'est aussi la fin de son contrat d'exclusivité avec le studio « Toho » et son dernier film en noir et blanc. Mais ce n'est pas pour autant la fin de Kurosawa et ça il le prouve en ajoutant à son immense filmographie, un nouveau jidai-geki, son genre phare, une œuvre somme, un chef d’œuvre qui se nomme « Barberousse » !

Ce film est l'adaptation d'un roman, celui de Shūgorō Yamamoto intitulé « Akahige Shinryotan » sortie en 1958. Un auteur qu'il retrouve après avoir adapté « Jour de Paix » avec le film « Sanjuro » trois ans auparavant. Et pour ça, il s'entoure à nouveau de ses fidèles collaborateurs, comme Hideo Oguni, Ryūzō Kikushima et un nouveau en la personne de Masato Ide qu'il retrouvera sur « Ran » et « Kagemusha » quelques années plus tard. Si le film se nomme « Barberousse », le vrai héros du film, la figure principale c'est Yasumoto ! L'histoire principale se concentre sur lui, sur son insolence et sa vanité, des valeurs contraire à celle que prône son chef. Et tout consiste à montrer comment il va peu à peu devenir quelqu'un de meilleur et surtout de plus attentionné pour ses patients. Un changement que le personnage de « Barberousse » accompagne tout au long du film, non pas sans quelques réflexions bien senties, mais par l'exemple ! Une abnégation qui touche fortement notre jeune médecin, tout comme le destin de plusieurs patients, qui finiront de lui faire prendre une voie différente, plus simple, mais plus noble d'esprit !

Un récit emprunt de l'humanisme cher à Akira Kurosawa qui lui permet de développer plusieurs thèmes. Celui du « héros », de la relation « maître/disciple », de la transmission entre les générations et sur la maladie comme conséquence de la pauvreté et de l'ignorance. On retrouve donc deux formes de héros, celui plus classique et valeureux avec « Barberousse », mais aussi le héros du quotidien avec la figure du médecin (Attention pas le médecin moderne, qui passe ses patients à la file sans vraiment t'ausculter et qui ne fait que prendre ton argent). La relation Barberousse/Yasumoto, similaire a celle entre un élève et son sensei rythmera le film et Kurosawa met en parallèle cela avec le fait de transmettre ce que l'on sait à l'autre ! Une transmission inter-générationnelle évidente pour le réalisateur et que ses personnages mettent en pratique. Ce qui nous amène a parler du fond du film, celui qui est mis en exergue par « Barberousse » ! Ce médecin se consacre corps et âme à son métier et fait ce qu'il peut pour soigner ses malades, sauf qu'il n'est pas dieu et qu'il sait que c'est un combat de longue haleine qu'il ne peut mener seul. Une critique sans concession envers l'élite de son pays qui ne se préoccupe pas pour lui de la pauvreté, un constat amer qu'on constate de nos jours et que Kurosawa développera encore plus dans le film qui suivra « Dodes'kaden » !

En 1963 avec « Entre le ciel et l'enfer », Akira Kurosawa bat une troisième fois son record personnel au box office japonais, encore mieux c'est le film japonais qui a le plus de succès cette année là. l'Empereur comme on le nommait à donc eu les moyens qu'il désirait pour montrer à l'écran ce qu'il voulait (Décors grandeurs natures, bois vieux d'un siècle, costumes faits mains et vieillis avant le tournage) ! Le résultat est magnifique. Le réalisateur maîtrise son film du début à la fin et rythme idéalement le récit malgré la durée de trois heures. Un équilibre parfait entre rébellion et émotion, froideur et candeur, ou encore entre la vie et la mort. Une narration qui constamment se répond, par un habile jeu de miroir, ou Kurosawa alterne avec des moments de vies, des actes de médecines et des scènes plus tragiques et spectaculaires.


Puis que ça soit par le mouvement qu'il instille dans chaque scène, ou par la composition de ces cadres, c'est toujours pensé avec une extrême minutie, l'image fourmille de détails et rien n'est là par hasard. On peut ajouter à ça le travail des deux chefs opérateurs, Asakasu Nakai et Takao Saito, qui contribue à cette perfection visuelle, par ce joli noir et blanc légèrement vaporeux, voir doux, qui apporte cette lumière dans l'obscurité. Et il y a des scènes qui sortent du lot; la rencontre entre Yasumoto et Oyumi ou Akira Kurosawa raconte à la fois les traumatismes qu'Oyumi a subit, mais aussi la menace qu'elle représente désormais, avec l 'utilisation de la longue focale et une composition millimétré, écrasant la profondeur pour mieux nous emprisonner comme Yasumoto ! On trouve aussi la scène de bagarre ou « Barberousse » se bat avec une douzaine d'hommes à la solde d'une maquerelle qui ne veut pas laisser une petite fille se faire soigner. Une scène qui a pris de l'ampleur par rapport au livre, mais qui bénéficie de la maestria de Ryu Kuze pour la chorégraphier, sur la science du cadre de AK et sur les capacités de pratiquant d'art martiaux de Toshiro Mifune. Ou encore cette scène ou Yasumoto entend pour la première fois, le dernier souffle d'un mort, une scène dure, éprouvante et tétanisante de réalisme grâce notamment au travail sur le son.

Quant au casting, c'est un sans faute ! Yuzo Kayama joue l'apprenti Yasumoto. Il délivre une partition juste et se montre l'égal de son illustre aîné Toshiro Mifune. Jeune chien fou pendant une première partie, ou l'on sent le bouillonnement intérieur qui l'anime, il se calme progressivement, son visage devient alors plus sur et bienveillant. Toshiro Mifune qui signe ici son dernier film pour Akira Kurosawa incarne le héros parfait, magnétique et charismatique, qui ne laisse passer que quelques failles ! Un personnage attachant ou l'acteur fait preuve d'un calme et d'une justesse à toute épreuve, alternant les attitudes et sentiments avec aisance. On trouve aussi Tsutomu Yamasaki incarne le touchant Sahachi, Reiko Dan c'est Osugi, Yoshio Tsuchiya le Docteur Mori, Kyoko Kagawa qui joue Oyumi (la mante religieuse), excellente dans son rôle ; Terumi Niki qui joue Otoyo vous brise le cœur par son empathie, sa délicatesse et sa force, tout comme Yoshitaka Zushi dans le rôle du petit Choji, mendiant chapardeur instantanément attachant. 

Droit, profond et humaniste, tel est la voie de Akira Kurosawa ... 


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Les Sept Samouraïs

"Poster de Greg Ruth"

Au Moyen-Age, la tranquillité d'un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d'une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.
Les Sept Samouraïs – 26 Avril 1954 - Réaliser par Akira Kurosawa

Certains films ont un tel poids dans la culture populaire et une telle réputation que parfois j'ai l'impression de les connaître alors que je les ai est jamais regarder. Des films d'une telle puissance qu'ils influent sur toute une génération de cinéastes, qui ajoutent par la suite leurs contributions et qui propagent ainsi d'une façon indirecte ce qu'ils ont aimés précédemment. « Les Sept Samouraïs » est de cela, Akira Kurosawa a crée une œuvre dense, généreuse et aboutie à la portée universelle qui transcende les cultures et nations.

En pleine époque Sengoku, nombreux sont les samouraïs sans seigneurs (Des ronins) qui se transforment en bandits. Ils pillent, tuent et rançonnent les villages au grès de leurs envies. Un petit village qui subit depuis plusieurs mois les attaques répétées d'un groupe de pillards décide de ne pas attendre le prochain raid. Après la consultation de l'ancien du village, Rikichi avec d'autre villageois partent engager des samouraïs pour les défendre. C'est une tache délicate, car ils ne savent pas comment faire et surtout les samouraïs ont une très haute opinion d'eux même, ce qui complique les échanges. Les jours passent et les paysans commencent à se décourager, quand ils sont témoins d'un attroupement, un vieux samouraï décide de sauver un jeune enfant retenue en otage par un voleur. Sage , il use de la ruse et parvient sous l’œil admiratif des paysans à sauver l'enfant. Ce samouraï qui se nomme Kanbei est abordé par les paysans qui exposent leur demande. Il ne se prononce pas tout de suite et pèse avec recul le pour et le contre de ce qu'on lui propose. Les paysans n'ont qu'une promesse deux repas comme seule récompense, un repas fait de riz qui est un énorme sacrifice pour eux qui ne se nourrissent que de Millet. Touché par ça, Kanbei accepte et commence à réunir les Sept Samouraïs …

Ce n'est pas tous les jours que je regarde un film qui dure 3h27 et pourtant la découverte de ce film fut un régal de tous les instants. Akira Kurosawa réalise une fresque à l'allure de légende, qui fait du Japon ce nouvel Ouest Sauvage, coincé entre modernité et tradition que les plus téméraires oseront découvrir. Car en effet si ce n'est pas donné à tout le monde de s'asseoir et d'apprécier un film aussi long, c'est pourtant la condition sine qua non pour comprendre le travail de titan qu'a effectué le réalisateur avec ses équipes. Parce que ce n'est pas avec une version tronquée de plus d'une heure que vous trouverez cela …

Akira Kurosawa s'entoure de deux personnes avec qui il l'a déjà collaborer pour écrire le scénario, Hideo Oguni pour la seconde fois et Shinobu Hashimoto qu'il retrouve ainsi une troisième fois. Après la fin de l'occupation américaine, Akira Kurosawa est libre de faire le film qu'il veut, avec le genre qui lui plaira, notamment le « Jidai-Geki » (film d'époque) ! Car après la guerre et cela jusqu'en 52, les américains interdisent toutes sortes de choses pouvant exacerber la rancœur envers eux, c'est ainsi que toutes mentions du bushido est interdites et que bon nombres de films d'époques se voit interdit de diffusion. C'est ainsi qu'après une vague de « Gendai-geki » (film contemporain) peu apprécié, car trop critique sur le japon d'après guerre, il revient vers le film d'époque ! « Rashomon » sort en 1950, soit quatre ans avant « Les Sept Samouraïs » propulsé par le succès de « Vivre » en 1952 …

L'écriture du scénario fut à la hauteur du résultat, que cela soit par l'abnégation dont Kurosawa et ses scénaristes ont fait preuve, que par le niveau de détails et de recherches qu'ils ont donné aux moindres aspects de l'intrigue. Une minutie bienvenue qui donne une toute autre épaisseur à une intrigue que certains qualifieront peut être de prévisible. L'histoire est ainsi similaire à un duel, une fois passer le premier contact entre les paysans et les samouraïs, à partir de là, seul compte la voie du guerrier, patient et paisible, pesant la moindre décision avec gravité, jusqu'à l'affrontement inévitable. Un récit articulé sur la notion d’héroïsme, quotidienne ou extraordinaire. Il y a celui des paysans comme Rikichi qui décide de ne plus subir et de demander de l'aide, un acte héroïque car ce ne sont pas des castes qui se côtoient normalement, puis celui des samouraïs, un héroïsme différent, plus automatique, plus en phase avec leurs principes, qui laisse voir une pointe de lassitude, voire de fatigue à se battre pour vivre …

Un héroïsme qui galvanise, notamment par l'intermédiaire de l'extravagant « Kikuchiyo », un samouraï qui n'était autre qu'un paysan avant de les rejoindre. C'est le point de l'histoire qui va nous prendre au cœur et amener de l'émotion. Le réalisateur va ainsi nous parler d'un monde ou tout peut devenir possible, ou les samouraïs à contrario de la vision belliqueuse habituellement véhiculée n'hésitent pas à tendre la main et à se mettre au service de l'autre ! Ou le fils d'un paysan « Kikuchiyo » peut devenir un « Samourai » avec une abnégation hors du commun. Kurosawa fissure la frontière complexe qui sépare les classes sociales rendant ainsi le dialogue possible (l'échange autour du riz) ou chacun apprend quelques choses de l'autre. Mais la réalité est tout autre, si dure et pénible soit elle, elle fait en sorte que chacun reste à sa place. La fin est ainsi extrêmement cruelle, les paysans reprennent leurs vies, ils chantent et plantent leurs futures récoltes, pendant que Kanbei, Katsushiro et Shichijori contemplent les tombes de leurs amis tombés au combat. Kurosawa montre ainsi qu'il faut toujours se battre pour faire de notre monde, un endroit meilleur, plus juste et équitables …

Enfin comme à l'accoutumée, la réalisation de Akira Kurosawa est pour ma part irréprochable. Il ne fait à aucun moment l'économie de quoi que ce soit, la direction artistique est irréprochable, les costumes de Kōhei Ezaki et Mieko Yamaguchi sont soignés, Takashi Matsuyama pour les décors fait des merveilles (le village reconstitué dans la péninsule d'Izu) et la composition musicale est tout aussi excellente. Le réalisateur n'a plus qu'à orchestrer cette fresque de la plus belle des manières, comme Kambei, il prend le temps, on est toujours en mouvement, la caméra capte la moindre émotion, le détail qui change tout, pour ensuite mieux nous surprendre. Tel le western, le film en reprend quelques écueils, à la sauce « chanbara » toutefois. On retrouve le duel, le calme avant la tempête, ou encore l'opposition entre les samouraïs et les bandits, jusqu'à la grande bataille finale ! C'est alors une merveille de découpage, de rythme, d'intensité et de montage, les points de vues varient sans cesse et on est jamais perdu. C'est d'une fluidité à toute épreuve et Kurosawa n'en perd pas pour autant la maîtrise de son histoire, il sait ou il veut aller et on est tout étonné quand l'émotion, inattendue, pointe le bout de son nez et nous laisse pantois, brisés par ce que l'on vient de voir …

On fini donc sur le casting du film qui est tout simplement merveilleux ! Bien sur les Sept Samouraïs sont les personnages principaux, mais il ne faut pas oublier les prestations convaincantes de Yoshio Tsuchiya (Rikichi), Keiko Tsushima (Shino) ou encore celle de Kamatari Fujiwara (Manzo le père de Shino). Concernant les 7 Samouraïs, ils n'ont pas tous la même importance dans l'histoire, je pense en premier lieu à Yoshio Inaba (Gorobei Katayama), à Daisuke Kato (Shichiroji) et dans une moindre mesure Minoru Chiaki (Heihachi Hayashida), ce qui ne les empêche pas d’être bon et d'offrir une interprétation solide. Isao Kimura (Katsushiro Okamoto) joue le samouraï débutant, le nimaime, celui qui cherche à grandir et à s'affirmer dans ce monde perpétuellement en guerre, une belle performance, sensible et pleine de retenue. Seiji Miyaguchi (Kyuzo) se glisse dans les pas du samouraï « légendaire » ou rien ne l'atteint, ou tout lui semble facile, un personnage fascinant joué avec pudeur, calme et férocité. Puis il y a Takashi Shimura (Kanbei Shimada), le plus vieux et le plus sage des sept qu'il joue a la perfection, mêlant habilement confiance, respect et grande efficacité au combat. Et enfin l'immense Toshiro Mifune (Kikuchiyo) joue le personnage le plus réjouissant, le rôle de l'outsider qui devient Samourai, qui passe au dessus de ses malheurs par un éternel engouement, cachant ainsi ses émotions les plus fortes. Une performance XXL de Mifune qui campe les multiples facettes de son personnage avec talent, fougue, force et un brin d'irrévérence … 

Un chef d'oeuvre !

Entre le ciel et l'enfer


Actionnaire d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens pour racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a enlevé son fils et qu’une rançon est exigée. Mais, second coup de théâtre, c’est le fils de son chauffeur qui a été enlevé…

Entre le ciel et l'enfer – 1 Mars 1963 – Réalisé par Akira Kurosawa

Après « Les bas-fonds » et « Les salauds dorment en paix », voici « Entre le ciel et l'enfer », le troisième des films de Kurosawa à être sortie début Mai qui vient compléter la collection initiée par Wildside depuis plus d'un an. Trois films que j'ai grandement apprécié et qui sont tous différents, malgré la veine sociale qui les réunis et que le réalisateur exploite avec beaucoup de talent. Ici c'est un film entre deux mondes, entre ceux qui sont privilégiés et ceux qui ne le sont pas …

Kingo Gondo est un ancien ouvrier qui s'est mue en un excellent homme d'affaire ! Il a pu avec le temps devenir l'un des actionnaires importants de l'usine de chaussures ou il a évolué, gravissant les échelons jusqu'à devenir l'un des hommes majeurs de l'entreprise. Un jour il discute chez lui avec des fournisseurs, de nouveaux modèles de chaussures mais très vite la discussion tourne sur une possible alliance pour s'emparer de l'usine. Gondo lui ne veut rien entendre, car secrètement il se prépare à prendre le contrôle majoritaire de l'usine. Un coup de poker qui ne doit pas rater, parce qu'il n'y aura pas de seconde chance. Sur de son fait, il congédie ses encombrants invités et finalise sa future prise de pouvoir, quand il reçoit un coup de fil qui lui annonce que son fils a été enlevé et qu'il doit payer une rançon de 30 000 000 de yens pour le revoir en vie. Heureusement pour Gondo, les ravisseurs se sont trompés et n'ont pas enlevé le bon enfant, mais il lui reste un dilemme payer pour sauver le fils de son chauffeur ou ne pas payer et mener à bien son plan …. .

« Entre le ciel et l'enfer » est un film qui porte bien son nom ! C'est à la fois une promesse (Mise en scène, histoire, personnages) et l'interrogation principale du film, à savoir « Comment l'homme réagit quand il est soumis à un questionnement qui échappe à la morale ». Comme Orson Welles quelques années auparavant avec « La Soif du Mal », le réalisateur Akira Kurosawa porte brillamment ce dilemme à l'écran et fait de Kingo Gondo son « Mike Vargas » !

Akira Kurosawa s'entoure de ces fidèles collaborateurs que sont Eijirô Hisaita, Ryūzō Kikushima et Hideo Oguni pour écrire le scénario de ce film. Il adapte le roman de Ed McBain (Les Oiseaux) « Rançon sur un thème mineur » en gardant le postulat de départ, à savoir la confusion sur l'identité de l'enfant kidnappé ! A partir de là on voit l'histoire de deux hommes qui sont face à leur propre doutes, qui vont faire des choix, jusqu'à voir dans l'autre le miroir de ses peurs et de ses envies. Gondo est un homme qui a connu la pauvreté, mais qui a réussi à se faire un nom, à avoir une situation et un certain statut, faisant de lui un homme rétif à tout chantage. Le ravisseur Ginjiro Takeuchi, un jeune interne en médecine est quelqu'un d'intelligent, qui ne semble hélas plus pouvoir suivre le rythme de ses études, qui vit dans une certaine précarité et qui jalouse jusqu'à commettre l'irréparable « celui qui a réussi », qui toise de par son imposante maison le peuple en contrebas !

Un jeu de miroir que l'on retrouve dans la narration, les deux parties du récit se répondent et entretiennent l’ambiguïté que l'on ressent pour chacun des deux personnages. Entre Gondo qui ne veut pas retomber en « Enfer » quitte à ne pas payer, quant a Takeuchi, désespéré et envieux qui aimerait tant goûter au « Ciel », se laisse gagner par ces plus bas instincts ! C'est dans cette frontière tenu entre le bien et le mal que l'on se perd nous aussi, que l'on se pose des questions, sur ce que l'on a, sur ce que l'on veut et sur la manière de l'avoir et que quoi qu'il arrive on est responsable de nos actes. Le film finis la ou il doit se finir, sans jugement, sur un face à face d'une profonde noirceur, ou l'homme se confronte à soi-même et a ses échecs …

Puis comme à chaque fois, c'est très très bien réaliser ! Le scénario qui s'articule sur deux parties distinctes permet a Akira Kurosawa de créer deux ambiances totalement différentes et de jouer à merveilles avec les décors. Dans un premier temps c'est un huis-clos exemplaire ! On ne vois qu'une seule pièce, mais tout est concentré ici, l'introduction, l’enlèvement et la demande de rançon du ravisseur (Takeuchi). C'est bien rythmé, l'image est composée avec minutie, chaque personnes est à sa place avec un rôle qui est parfaitement définit ! Une clarté qui donne une dynamique implacable, pour laisser place à la procédure d’enquête, amenée par une mise en scène éclairée, le rideau se tire, le huis-clos se termine et laisse voir la ville en contrebas, le terrain de jeu du ravisseur. La seconde partie est tout aussi réussie, jusqu'au final entre Gondo et le ravisseur, qui se parlent dans une pièce de la prison. Juste une vitre les sépares, point d'orgue d'une rancœur que l'on saisit à peine mais que Gondo comprend,jusqu'à ce plan aussi fugace que réussie ou leurs visages se mêlent, finissant de nous troubler et de nous dire que chacun d'entre nous pourrait être celui derrière la vitre …

Le casting est de qualité et il joue aussi très juste ! Toshiro Mifune interprète Kingo Gondo. Un rôle qui permet à cet acteur de montrer une nouvelle fois le talent qui l'anime et la palette de jeu qui sont la sienne. A la fois plein de hargne, de colère et de retenue, sa composition électrise la première partie du film et attrape à lui seul toute la lumière, synthétisant alors le dilemme qui l'anime. Celui qui joue Takeuchi le ravisseur, c'est l'acteur Tsutomu Yamazaki. Jeune acteur à l'époque, il excelle dans le rôle de cet étudiant dépassé par la vie qu'il mène. Symbole d'une jeunesse en manque de repère, il choisi d'assumer ses actes et l'émotion qu'il donne dans le dernier acte rend tout ça encore plus dur. Puis on trouve aussi des seconds rôles de choix, avec Takashi Shimura, Tatsuya Nakadai le brillant inspecteur, Kyoko Kagawa qui joue la femme de Kingo Gondo, puis Tatsuya Mihashi, Takeshi Kato ….

C'est un film brillant du début à la fin, qui permit au réalisateur d'aborder la question des « enlèvements d'enfants », un sujet qui lui tenait à cœur depuis que l'un de ses amis eu subit cela et que la justice fut trop clémente a son goût avec le ravisseur. Ironiquement, lui qui voulait dénoncer, du faire face à une recrudescence d’enlèvement suite à la sortie de son film …
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Les bas-fonds


Dans les bas-fonds d’Edo, à l’écart du reste de la ville, se tient une auberge miteuse tenue par l’avare Rokubei et sa femme. Dans cette véritable cour des miracles vivent entre autres un acteur raté, un ancien samouraï, une prostituée et un voleur. Un jour, un mystérieux pèlerin débarque dans ce lieu de misère. À son contact, les habitants de l’auberge se mettent à rêver et à croire en de jours meilleurs…
Les Bas-Fonds – 1 Octobre 1957 – Réalisé par Akira Kurosawa

Loin d’être un spécialiste de l’œuvre de Akira Kurosawa, j'ai pour autant toujours apprécier les films que j'ai découvert. Si l'on peut distinguer dans sa longue carrière les polars, les films d'époques ou encore les adaptations, il y a aussi une forte veine sociale et sociétale dans une grande partie de ses films. Le réalisateur dissèque ainsi les entrailles de son pays avec un fort esprit critique et une belle justesse ! C'est par le prisme de l’œuvre du dramaturge russe Maxime Gorki que Akira Kurosawa va nous parler dans l'étroitesse des « Bas-Fonds » d'Edo; de la pauvreté …

A l'écart de tous, dans les bas-fond d'Edo vivent ceux dont la ville ne veut pas, ceux qui n'ont plus d'avenir, ni de travail, se convaincant les uns, les autres que leur vie est meilleure que celle de leur voisin, sans que le moindre espoir ne pointe le bout de son nez. Au milieu de ça, se trouve une auberge miteuse tenu par Rokubei et sa femme, qui loge les gens de cette partie de la ville. Un lieu haut en couleurs ou se croise un acteur raté, un samouraï qui ne l'est plus, une prostituée, un voleur, un artisan et bien d'autres personnes aussi intéressantes que caractérielles. Une assemblée bancale, joyeuse et parfois désespérée qui semble résignée à ne pas rêver, jusqu'au jour ou un vieux moine arrive et chamboule leur quotidien …

Des films que j'ai vu de Akira Kurosawa, c'est certainement l'un de ceux qui m'a le plus déstabilisé. Car on sent très vite l’exigence de l’œuvre qui est adapté à l'écran. Il s'agit d'une pièce de théâtre, celle du dramaturge russe Maxime Gorki. L'adaptation d'une œuvre peut de loin s’avérer facile en apparence, mais il n'en est rien, cela a nécessité à Kurosawa, minutie, rigueur et précision pour gérer en deux heures de temps, une multitude d'intrigues et de personnages sans que tout cela ne soit désordonné. Une performance qui me laisse admiratif et plus le temps passe, plus je trouve ça brillant … 

Comme dit plus haut, l'histoire du film est tirée de la pièce de Gorki que le réalisateur et le scénariste Hideo Oguni adapte en le transposant dans le Japon Féodal ! Une histoire qu'ils sortent de la Russie, pour l'amener vers des chemins plus universels et qui parleront à tout le monde. Parce que c'est là toute la particularité de ce film, c'est qu'il n'y a pas une histoire, il y en a plusieurs ! Elles sont plus ou moins longues, plus ou moins importantes, tristes ou tragiques et elles se croisent avec brio, au gré d'une porte qui se ferme, d'une ruelle étroite ou par l'entrebâillement d'une fenêtre.

Ces histoires forment une chronique sociale implacable, qui montre telle quelle la misère à une époque, avec les ravages que ça provoque et l'impuissance dans laquelle les personnes sont plongées. Un récit qui dans le fond n'a pas d'age et qui trouvera aussi son écho dans nos sociétés modernes qui broient de plus en plus les peuples et les gens qui les composent. Un pessimisme qui accable les hommes et les femmes qui composent ces bas-fonds et qui ont dit sans le voir adieu à tout espoir, se réfugiant derrière les bouts d'une vie lointaine, réelle ou rêver …

Une dualité chère au réalisateur qu'il cultive jusqu'à l'apparition de ce mystérieux moine. Point de bascule d'une histoire reste toujours aussi dure, mais qui laisse entrevoir une lumière dans la noirceur de ce purgatoire. Une humanité qui ne tient qu'a nous d'apporter à l'autre, comme le moine par exemple qui redonne confiance à ces nouveaux camarades, qui convainc le voleur Sutekichi de déclarer sa flamme et de partir avec la femme qu'il aime ou encore à l'ivrogne d'aller se soigner. Une façon qu'a Kurosawa de dire que derrière chaque personne en détresse ou dans le besoin, il y a un être humain à qui il ne faut peut être qu'un simple sourire ou une main tendu pour allez mieux …

Un brin d'optimisme entre le ciel et l'enfer des bas-fonds qui vient parachever une œuvre au combien réussit, mener par un excellent réalisateur qu'est Akira Kurosawa. Pendant deux heures, il orchestre un ballet avec une précision qui force l'admiration. Que cela soit par la caractérisation des lieux ou l'on se trouve, autant définie par leurs rôles dans l'histoire que par rapport à l'environnement qui nous entoures, ce qui renforce cette idée de purgatoire ! La composition des plans centrés sur l'humain principalement ne laisse pas de place au doute, les rares plans d'ailleurs qui montre de la vie hors des bas fonds sont lointains, comme des marionnettistes qui jouent avec leur pantin. Ou encore par la maîtrise qu'a le réalisateur à transcender son matériel d'origine, d'une par le naturel du casting qui a subit un énorme travail de préparation et qui connaît son texte sur le bout des doigts, que par cette capacité à créer beaucoup de profondeur, de variation et de rythme dans un environnement restreint ! Il faut ajouter à cela l'excellence du travail des décorateurs et des costumiers du film, qui ont rendu ça encore plus vrai que nature, ainsi qu'un casting d'un grande qualité. 

Exigeant et radical, les bas-fonds ne vous laissera pas indifférent 

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Les Salauds Dorment en Paix




LES SALAUDS DORMENT EN PAIX
d'Akira Kurosawa



Parler de ce film est un exercice très particulier pour moi, car des que vous tapez ce titre dans une barre de données on vous fait le parallèle avec l’œuvre de Shakespeare sur laquelle le réalisateur s'est appuyé. Et dès que l'on annonce son titre on sait ce qui finira par arriver à notre héros. Je ne peux pas ne pas écrire sur cette magnifique œuvre sans en parler et spoiler. Je sais la portée de mon choix, car je me suis refusée a être aussi pleinement en empathie pour me protéger.


Le film commence lors d'un mariage, celui de Koishi et Yoshiko. Il est le secrétaire de son père à elle. Mais ce mariage est suivi par une nuée de journalistes qui nous présentent les protagonistes. Car le père de la mariée est le directeur d'une grosse entreprise de btp, dont la garde rapprochée est interpellée au fur et à mesure pour malversations. Quelques minutes avant le mariage le maître de cérémonie est parti avec le commissaire. Plus encore quelques années au par avant les mêmes personnes étaient déjà impliquées dans un scandale qui s'est conclu par le suicide de l'un des lampistes.
Ce film est comme je le disais dans mon introduction emprunt de théâtre et en reprend certains codes. La première chose marquante est sa partition.
Chaque moment du film est marqué, il a son propre contexte, son message... on pourrait décompter les actes et les scènes et faire tomber le rideaux entre deux. Il y a ce coté abrupte de la narration théâtrale. Et évidement l'histoire s'articule en trois grandes parties.
A l'image cela se traduit par une manière de filmer très particulière. Le réalisateur filme majoritairement en plans larges, et fait évoluer les personnages dans ce cadre comme sur une scène. Il n'y a quasiment pas de gros plans. Mais cela donne une identité a ce film est une intensité. Et plusieurs semaines après l'avoir vu il me reste encore une emprunte de certains passages. L'une d'entre elle est la première scène.

Car ce film s'ouvre sur une scène fascinante d'un repas de mariage pendant une vingtaine de minutes. Avec en fond d'image la table des mariés qui domine l'écran, et une chorégraphie d'autres silhouettes parfaitement réglée, alors que les personnages principaux restent immobiles pendant que l'on parle d'eux. Cette scène dominée par la couleur blanche, met les choses à leur places, nous présentant les personnages, le narrateur omniscient étant le journaliste dont on ne remet jamais en cause parole. Sûrement parce que dès le prologue l'arrestation d'un personnage lui donne raison. Cette scène est magistrale, et elle s’achève en apothéose avec l'apparition du «spectre du père» symbolisé par une rose noir.

Oui il y a du Hamlet chez Koishi. Ils ont les mêmes marqueurs forts. La mort d'un père qui vient les hanter et qu'ils veulent venger. Et pour laquelle ils fomentent des plans quitte à tout perdre, et même à perdre leurs identités. Ils sont aidés par des compagnons de toujours mais plus encore par un fantôme. L'amour rentre dans l'histoire et un questionnement sur le bien fondé cette vengeance rentre dans l'équation. Mais plus encore ils sont charismatiques, beaux et séduisants, ils sont des héros au sens propres. Là il est joué par Toshiro Mifune, qui est extraordinaire, oui je sais c'est un pléonasme. Il interprète ce personnage torturé et tout en intériorité avec force, et parfois explose au détour d'une scène dévorant l'écran, il en est quasiment animal dans les scènes avec Yoshiko. C'est beau, et c'est fort.

Hamlet a son Ophélie et Koishi a sa Yoshiko, elle aussi elle aura plein de points commun avec l'ingénue de Shakespeare. Le père qui a participé à la mort du père de son amoureux et qui est donc dans sa ligne de mire. Ce coté pure, délicat et éduqué qui rend tellement désirable Yoshiro et aussi présent chez Ophélie. Puis cet amour qui conduit à la folie. Elle fait partie de la tragédie. Ici elle prend les traits de Kyoko Kagawa. Elle est sublime de délicatesse. Tout y est elle incarne la fragilité, dans son corps par son boitement, sa manière d’être perdue dans des kimonos toujours trop grands, sa douceurs. Elle est vraiment très belle.

Mais plus que ça elle est le symbole de la richesse de ce film. Car c'est aussi un film noir, et un film très engagé socialement. Il est le premier que produit
Akira Kurosawa avec sa boite de production. Et il décide de ne pas courir vers un succès facile, mais prend le partie de faire un film très social. Il place son film dans un contexte très conservateur dans lesquels la corruption et les petits arrangements gangrène le système. ce film qui est très engagé mais il ne l'est pas encore assez pour lui. Et c'est dans ce cadre là qu'il rajoute des codes du film noir.

Yoshiko devient une femme fatale. Elle est d'abord irrésistible tous ceux qui la rencontre vente son aura et sa douceur. Ils semblent tous sous son charme. C'est son amour qui fait vaciller notre héros, et c'est elle qui lui est fatale en révélant ou il se cache.
Koishi aussi prend cet aspect là. D'abord dans des postures très symboliques. Par exemple lorsqu'il est assis dans son fauteuil le regard perdu avec son verre de whisky à la main, ou dans ses tenues, ses lunettes à écailles, sa coiffure... il n'a pas besoin d'en rajouter, il incarne juste le personnage.

Mais ce personnage est tellement plus. Il est le peuple qui a subi la guerre. C'est lui qui se réfugie dans cette usine désinfectée son repère depuis l'enfance. C'est lui qui semble avoir tout vécu, les bombardements, la mort... il a tout perdu même son identité, son nom. Il semble interchangeable.
La morale de ce film est particulière. En aucun cas le réalisateur prend partie pour son personnage. Kurosawa dira même que Quoiqu'il se passe autour de soi, ici dans le Japon de l’après guerre, la délinquance est un choix. Ce n'est pas une fatalité. Cette vengeance ne l'ai pas non plus. D'ailleurs jamais la caméra ne semble de parti pris, elle le montre quand il perd son humanité de la même manière qu'elle film les exactions des autres.
Quant à la fin, que le réalisateur ne trouve pas assez poussée mais qu'il n'a pas osé faire plus explicite de peur d’être censuré, elle parle d'elle même. Elle fait le portrait d'une société corrompue, ou chaque échelon interchangeable. On notera que le titre de ce film est aussi traduit par les «salauds se portent bien», mais si on avait voulu qu'elle soit plus littéraire ce serait «plus on est salaud, plus on dort»



Ce petit bonheur, est un cadeau de Wildside, qui nous a prêté des DVD pour que l'on puisse voir le travail impressionnant qu'ils ont fait sur la remastérisation des films qu'ils ont sorti début Mai. D'Akira Kurosawa nous n'avions vu aucun film dit «film noir», ce fut le premier. Mais c'est difficile de le mettre dans une case car c'est aussi l'ouverture d'une partie de son œuvre tournée et-ou inspirée du théâtre comme l'est également le film "Les bas- fonds". Je tiens juste à préciser que l'on a eu entre nos mains les livrets qui accompagnent ces dvd. Ils m'ont grandement éclairée sur tout un pend du film et qui m'ont juste donné l'envie d'aller m'acheter un livre sur ce réalisateur.
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La Forteresse Cachée



LA FORTERESSE CACHEE
Akira Kurosawa


Les principaux films d'Akira Kurosawa ressortent au cinéma. Les voir à Bordeaux revient à dealer avec le cinéma le plus caractériel de la ville. Il a été impossible de voir tous ceux que l'on nous a conseillés. Mais j'ai pu avoir mon baptême avec celui là.

Dans le Japon du XVIe siècle deux hommes sont en fuite. Ce sont deux paysans qui ont tout vendu pour aller combattre. Ils espéraient revenir couverts d'or et de gloire, mais ils sont arrivés à la fin du combat,ont été fait prisonniers et passent leurs temps à creuser, à fuir, à se faire rattraper, à creuser, à fuir... jusqu'au jour,ou au grès d'une de leur fuite ils découvrent une barre d'or, rencontre un homme mystérieux et inquiétant qui finira par les convaincre de...creuser. Mais cela n'est qu'un début. Car plus qu'un film sur une quête c'est un film sur une odyssée, et même pour certains des personnages un voyage initiatique.

Avant de parler à proprement du film je tiens à vous causer de sa forme et à évacuer sa paternité.
Commençons par l'aveu de George Lucas, il s'est inspiré de cette œuvre pour créer la guerre des étoiles. Effectivement quand on vous le dit, vous n'avez aucun problème à reconnaître les éléments. Mais moi qui ne l'ai su qu’après ça ne m'a pas sauté aux yeux pendant le visionnage. C'est très sensible sur le fond et pas du tout dans la forme. Le découvrir c'est aussi le voir libre de ce préalable sinon c'est courir le risque d’être déçu.
Comme je le précisé en introduction, il est mon premier Akira Kurosawa, et je me refuse à réécrire bêtement ce que j'ai lu ou m'attribuer des expériences que je n'ai pas. Je sais qu'il est particulier car il est beaucoup moins violent que ceux qui le précédent et qu'il est le premier qu'il filma en cinémascope. 
Ce choix lui permet de donner une profondeur à certains moments. Pendant une scène de rébellion avec une centaine de figurants, ce format amplifie cette impression de foule de suffocation, de vague qui emporte tout, même nous en train de regarder. Ou de créer des paysages quasi irréels enveloppant une frontière de nappe de brouillard, la dématérialisant symbolisant son inaccessibilités. La réalisation s'en sert aussi pour mettre en relief les caractéristiques de certains personnages. Les positionnant seul en haut d'une colline, et les filmant en contre plongée, rajoutant à leurs charismes
et nous parlant de leurs rangs sociaux.

La réalisation et sa composition de l'image est un vrai bonheur, d'une princesse endormie nichée au creux d'un arbre à un combat de samouraïs... J'ai eu l'impression, d'avoir à nouveau sept ans. Tout est étudié et rien n'a vieilli.
J'aime beaucoup les noirs et blancs très tranchés avec de forts contrastes. Là le noir et blanc est plus subtile, il est utilisé comme un élément de narration à part entière et moins pour son esthétisme.
les gens qui veulent définir un film par un mot ont beaucoup de mal, je serai bien incapable de le faire. Mais en recherchant les noms des provinces que nos personnages devaient traverser (noms que je n'ai jamais retrouvé),j'ai lu que c'était un film de princesse. Et j'ai eu envie de mordre.

Yukihime qui est la princesse en fuite est le vecteur d'un discours humaniste. C'est elle que l'on suit, c'est elle qui évolue et qui énonce l'idée humaniste qui sous tend tout le film. Elle est un personnage fort, capable de commander et gouverner en temps que seule héritière, la survivante d'un clan. Elle a cette manière de crier, ou plutôt de parler fort dans une expiration. Misa Uehara compose un personnage avec un jeu très actuel. Le plus souvent en jouant avec sa posture, et sans sur-jeu. Je glisserai un mot sur l'autre personnage féminin, celui de la paysanne, courageuse, dévouée. Dans ce film chaque personnage féminin est droit et sans faille. C'est un message auquel je ne m'attendais pas.

Mais celui qui incarne la droiture est le général Rokurota Makabe joué par l'acteur fétiche du réalisateur Toshiro Mifune, tout en droiture et en force, même son rire respire ces caractéristiques. Il incarne aussi le sens du devoir et de l'honneur. Il est le personnage central du film qui est le lien entre tous cesprotagonistes hétéroclites.
Nos deux paysans sont interprétés par Minoru Chiaki (Tahei) et Kamatari Fujiwara (Matashichi)sont là pour amener la légèreté dans le film. C'est toujours de l'humour situationnel ou à base de mimiques. Je n'ai eu aucune sympathie pour eux. Et on est soulagé de ne plus les voir au moment ou finit le film.

Ce film m'a surprise. Je ne sais pas bien ce que j'attendais de lui, peut être une leçon de cinéma qui aurait vieilli, mais ce ne fut pas du tout le cas. Il m'a parlée de moi, de mes valeurs et en a profité pour réveiller l'enfant de sept ans qui aimait les films de samouraïs.