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Hero


HERO
de Zhang Yimou



Découvrir les films que j'ai en retard est un petit bonheur. Je passe d'un style à l'autre avec jubilation. Le gardien de ce blog m'avait offert le Dvd de hero il y a deux ou trois ans après que je sois tombée amoureuse de la scène de calligraphie qu'il m'avait fait voir sur Youtube.


Un jeune héros vient de tuer trois des plus grands ennemis du roi Quin. Il gagne donc le droit de le rencontrer après un long cérémonial. Il s'entretiendra avec lui à moins de cent pas.
Redonnons un peu de contexte à cette histoire. Plus de deux cents ans avant notre ère, la Chine telle qu'on la connaît aujourd'hui n'existait pas, elle se divisait en sept provinces qui se faisaient la guerre, c'était la période des Royaumes Combattants. Un roi, le Roi Quin avait des idées bien arrêtées sur ce que devait devenir la Chine et sur comment le faire. Il était violent et cruel. Des guerriers des autres provinces décidèrent de le tuer. C’était le cas de Flocon de Neige, de Lame Brisée, et Ciel étoilé de grands guerriers du royaume de Zhao, qui devinrent des comploteurs de premier ordre. C'est eux qu'a tué le jeune homme. Ce jeune homme s'appelle sans nom.
Ce film est un film de sabre (Wu Xia Pian). C'est un genre commun en Chine qui trouve son origine dans un style littéraire. les premiers films datent des années 20,et il a connu son age d'or dans les années 60. Mais dans les années 2000 il y a eu un renouveau avec des films comme celui-ci. Ce film en reprend tous les codes.
Le premier et le plus important étant l'opposition du bien et du mal. Elle est présente dans tout le film et est déclinée pendant le film. Car le scénario est si bien écrit que l'on ne sait plus a un moment quel est le bien et quel est le mal. Mais une chose reste constante l'affrontement entre les deux parties.

Chacun des personnages a un sens du devoir développer. Sures de leurs valeurs, ils sont tous capable de se sacrifier pour y être fidèle,ou de sacrifier ce qui compte le plus dans leurs vie pour elles et pour le bien des autres.
Il y a une forte composante de désir amoureux dans ce film. Toujours autour de deux personnages, il se déclame différemment ne fonction des moments du film, mais il est toujours présent alors qu'il ne concerne ni le roi Quin ni sans nom. Il donne une humanité particulière a l'histoire, presque une autre dimension.
Puis il y a le héro, un chevalier, bien que basé dans la plus petite province de l'état et responsable de sa sécurité il parcourt le pays pour croiser ces trois combattants et atteindre son but.

Même si «wu xia pian» se traduirait littéralement par «film de héros martial», les sabres ont une énorme importance dans ce film. Ils sont le symbole d'une philosophie d'une manière d'agir avec honneur. Il est l'extension de la personne, son messager aussi. C'est ainsi que la manière de calligraphier un mot devient l'indicateur de la manière dont une personne se bat. Dans cet esprit, cet art est aussi la raison qui empêche les gens de fuir, et qu'ils acceptent de travailler sous les flèches. Les flèches sont tout en bas de la hiérarchie de l'arme honorable, elles sont lancées sans visées, et tuent sans combats, sans prévenir lâchement.

Ce film est un chef d’œuvre à l'état pur. La construction de l'image est un régal pour les yeux. La chorégraphie des combats est pour moi qui suis une néophyte captivante presque hypnotique. C'est irrationnel, je peux donc comprendre que ça ne plaise pas. Ces chorégraphies sont mises en relief par les costumes créés à la main pour l'occasion. Les manches disproportionnées, les robes évasées, les tenues cintrées à la taille. Tout est mis en œuvre pour accentuer l'aspect aérien des personnages. Il y a quelque chose de l'ordre de la fascination à admirer les combats comme celle que l'on a à regarder un jerbi tourneur; c'est difficilement descriptible.

Autre chose a été créé à la main , les décors . ils sont composés avec minuties. Parfois épurés et désertiques d'autrefois verdoyant et quasi bucoliques, ou encore surchargés. Mais ils sont toujours dans les couleurs de la période. Car chaque moment du récit a sa couleur. Elles sont à la fois d'un esthétisme sans faille, mais aussi porteuse d'un certain symbolisme . Car ce film est bourré de symboles, parfois on le perçoit mais on n'arrive pas à exprimer pourquoi.
J'ai souvent évoqué le scénario de ce film, qui allie les fondamentaux du film de sabre avec un scénario à twists qui varient en fonction des points de vues et des moments de l'histoire.C'est de l’orfèvrerie, la manière dont l'histoire évolue doucement et que rien n'est prévisible.

Il mène le spectateur par le bout du nez, en tout cas ceux qui comme moi ne connaissent pas cette partie de l'histoire asiatique. C'est en ça que ce film prend une nouvelle dimension. S'inscrivant dans l'Histoire et ouvrant sur quelque chose d'encore plus grand. Avec des répercussions jusqu'à ce que nous vivons aujourd'hui, certaines des critiques voyant un film de propagande sur la Grandeur de la chine, et le sujet du Tibet. J'avoue ne pas avoir vu ça. Mais je pense qu'il peut être bon d'y penser.
Le casting est du bonheur Maggie Cheung est parfaite, elle incarne toutes les possibilités de Flocon de Neige avec conviction et force. Tony Leung est lame brisée, et il est le personnage le plus émouvant de ce film. Il respire la sympathie et suivre les différentes versions de son histoire est un régal. Jet Li est égal à lui même. Quant au petit passage ou combat Donnie Yen , on regrette qu'il y en ait si peu.

J'aime ce film,ça a été un grand moment de le découvrir.

In The Mood for Love



IN THE MOOD OF LOVE
de Wong Kar-Wai

j'ai déjà vu des films de Wong Kar-Wai, mais c'est la première fois que j'écris sur l'un d'eux. Avant c'est à ce moment là que je regardais Fred en lui disant «bien, tu n'as plus qu'à écrire dessus» aujourd'hui c'est à mon tour.

Monsieur Chow et madame Chan cherche une chambre pour se loger à Hong Kong. C'est là qu'ils se rencontrent devenant avec leurs conjoints les locataires de deux voisins.
Ce film est une œuvre dans l’œuvre. Il est d'un esthétisme à couper le souffle. La photographie est fascinante. L'utilisation de la lumière en est un des aspects les plus beaux.
Le plus souvent les scènes se passent de nuit, elles est tamisée ou artificielle; mais cependant elles sont chaudes et ocres. Et la pénombre omni présente crée une ambiance incertaine, et une proximité qui tend vers la promiscuité. A la fois fascinante et attirante mais laissant une inquiétude et une ombre, ne nous libérant jamais réellement. Les scènes se passant de jours, ou dans des espaces éclairés ont une lumière très particulière froide et jamais réconfortante.
Les couleurs ont un rôle essentiel. C'est ce qui nous reste de ce film. Les éclairages rouge et orangers de la nuit, les couleurs des robes de Me Chan, le rouge de l’hôtel, ou les costumes noirs et chemises blanches de M Chow ce sont des petits cailloux qui jalonnent nos souvenirs. Ils sont aussi son identité.

De plus elles sont aussi parties prenantes dans les décors qui sont très graphiques, il utilise les murs pour partager son écran, ou des miroirs pour jouer la profondeur. Ou que l'on pose notre regard il y a un marqueur de l'époque ou se passe se film, les années 60. Ce long métrage semble casser l'écran, donnant de la profondeur ou le réduisant; le peintre construit sa toile. Les costumes sont d'une beauté sans nom et rajoutent quelque chose à ce tableau. 
Alors que la garde robes de M Chow est assez limitée, il est cependant impeccable dans ses costumes.
Quant aux robes et à l'allure de Me Chan c'est un enchantement. Les couleurs et les motifs sont parfaits, d'un simple regard on perçoit la qualité du tissu qui épouse parfaitement la silhouette de cette femme. Il est difficile de décrire l'importance de cette silhouette dans le film mais c'est un élément essentiel.
Un autre élément fait l'identité du film c'est son environnement sonore très immersif.
D'abord par la bande originale choisie, des morceaux asiatiques plein de sens. Je suis passée complètement à coté car personne ne parle cantonais dans mon entourage. ainsi que quelques titres sixties américain qui sont du miel à nos oreilles,
et ce morceau de musique, le thème de Yumeji, dont je vous mets le lien. Il ne vous quitte plus quand elle n'est pas jouée et qui vous fais frissonner lorsqu'elle retentit.
Rajouter à cela tout l'environnement sonore. Les babillages des logeuses, les sons particuliers de la cuisine, le crissement de la soie des robes tous ces bruits poussés à leurs maximums qui rompent le silence du quotidien, et qui habillent le film.
Puis il y a ses bruits très organiques la pluie très présente et apaisante semblant rythmer le film et refroidir l'ambiance. Un éveil des sens.

Tous cela se met en place pour raconter une histoire particulière, une histoire d'amour, celle de l'amour d'une vie et en négatif celle d'un adultère, et au final une description de comment l'amour naît. La réalisation arrive à raconter tout cela en une histoire. D'abord en ne montrant jamais l'adultère et le couple adultère que forme les époux de nos deux protagonistes. On les voit deviner ce qui se passe, et c'est en voulant comprendre comment ça s'est fait qu'ils entrent dans un jeu de séduction demeurant platonique. On est témoin de ce jeu de séduction, qui leur est propre mais qu'ils prétendent être celui des autres.

Pour cela, il y a l'absence à l'image et dans l'histoire des conjoints. Parce qu'ils sont en déplacements, mais lorsqu'ils sont dans les lieux, ils ne sont jamais filmés de face, on ne voit pas leurs visages, ils sont tout au plus une silhouette sombre. On ne se concentre que sur un couple, c'est avec leur histoire que l'on est en empathie.
Mais cette histoire est narrée avec délicatesse. Une histoire qui se raconte petits pas par petits pas, par des détails une partition de l'écran faite grâce à l'architecture, des espaces qui s'ouvrent de plus en plus; tout en délicatesse.
C'est aussi le cas avec les gros plans sur une partie du corps de l'un ou de l'autre. Un bras qui a la chaire de poule, sous la pluie. Une main qui glisse sur son bras, encore, sa main à elle qui se pause sur la sienne à lui, ou un repas qu'ils partagent. Tout cela est filmé avec délicatesse, et sous une lumière douce qui embellit l'image. Ces petites choses qui jalonnent l'intensité de cette relation, et la manière dont ils se découvrent et se correspondent. Une histoire d'amour qui naît mais qu'on se refuse de vivre.

En plus de cette belle histoire, des thèmes forts sont abordés. La solitude est le plus marquant. Nos deux personnages sont tellement seuls. Seuls au milieu de la maison de quelqu'un d'autre, seul à courir après des époux peu décidés à sauver leurs mariages, seuls avec leurs secrets si lourds et dont ils ne peuvent pas parler.
La trahison est aussi récurente dans l'histoire. La trahison de leurs mari et femme, mais aussi leurs propres trahisons, par rapport à leurs mariages Ou est ce que commence l'adultère, est ce que ressentir de l'amour pour un(e) ou un(e)autre n'est pas tromper? Mais aussi sur les petits renoncements de tout un chacun, oublier ses rêves et ses ambitions; accepter se faire un enfant avec un homme que l'on n'aime pas et qui vous a trompé; oublier l'amour et l'homme de sa vie.

Mais cette histoire est aussi un témoignage sur une époque. Et avant sur tout un pan d'une histoire dont on passe largement à coté si on n'est pas au point sur le cantonais. Pour nous ça a commencé des le menu du dvd et le choix épineux de la langue cantonais ou mandarin. On en a mis un au pif, car on était dans l'impossibilité de trouver la langue dans laquelle il avait été tourné. Au moment ou se passe le film une grande communauté chinoise a immigré à Hong Kong, et c'est en son sein que se situe l'action. C'est leur langue que parlent tous ces gens, et ce sont leurs coutumes qui sont exposées, jusqu'au jeu de go. Et cette situation est aussi racontée au moment ou monsieur Chow va au Cambodge et ou l'on voit De Gaule s'opposer aux USA et à la guerre du Viet Nam. Ce film est un vrai témoignage sur cette époque. Et sur la manière
de vivre de tout un pan de la population.
Il souligne aussi la difficile cohabitation d'une vie de plus en plus occidentale (la musique, les restaurants, les couverts, le rythme) et une vie emplie de traditions aux origines d'un autre temps (ne pas se faire voir avec un homme autre que son époux, se méfier des racontars, et accepter et se taire devant son mari).
Ce film est porté par deux acteurs formidables monsieur Chow est joué par Tony Leung. Il est charismatique en diable, et compose un personnage avec délicatesse et finesse. A aucun moment son jeu est en force. Une composition qui le rend attachant. Quant à madame Chan elle prend les trais de Maggie Cheung, qui par son port de tête et sa démarche dégage la classe, la solitude, et un certain respect des traditions. Et elle fait passer toutes ses émotions par un regard ou une moue.

Ce film est riche, j'ai découvert tant de choses en écrivant sur lui que je crois que je l'aime encore plus maintenant, sachant qu'il était déjà l'un de mes préférés. Je découvre toujours quelque chose lorsque j'y repense. Il est une bénédiction pour mon cœur de cinéphile