Showing posts with label Critique de Film d'Animation. Show all posts
Showing posts with label Critique de Film d'Animation. Show all posts

Paprika


Dans le futur, un nouveau traitement psychothérapeutique nommé PT a été inventé. Grâce à une machine, le DC Mini, il est possible de rentrer dans les rêves des patients, et de les enregistrer afin de sonder les tréfonds de la pensée et de l'inconscient. Alors que le processus est toujours dans sa phase de test, l'un des prototypes du DC Mini est volé, créant un vent de panique au sein des scientifiques ayant développé cette petite révolution. Dans de mauvaises mains, une telle invention pourrait effectivement avoir des résultats dévastateurs. Le Dr. Atsuko Chiba, collègue de l'inventeur du DC Mini, le Dr. Tokita, décide, sous l'apparence de sa délurée alter-ego Paprika, de s'aventurer dans le monde des rêves pour découvrir qui s'est emparé du DC Mini et pour quelle raison. Elle découvre que l'assistant du Dr. Tokita, Himuro, a disparu...

Paprika – 6 Décembre 2006 – Réalisé par Satoshi Kon


C'est un peu par hasard que j'ai découvert le génie de Satoshi Kon. C'était il y a quelques années avec son premier long métrage d'animation « Perfect Blue », un film qui m'avait laissé perplexe et que je n'ai toujours pas revu depuis. Mais entre temps, j'ai vu au cinéma « Inception », l'excellent film de Christopher Nolan que l'on a accusé de plagier l’œuvre « Paprika », puis quelques mois plus tard il y a eu « Black Swan » de Darren Aronofsky qui a bien des égards c'est fortement inspiré du premier long de S.Kon, a un point tel que l'on a aussi accusé le cinéaste de l'avoir plagié! C'était donc évident que j'avais raté des choses essentielles et que Satoshi Kon à eu place bien particulière dans le monde de l'animation.

Le commissaire Konakawa Toshimi est sur la piste d'un suspect. Son enquête l’amène dans un cirque lors d'une représentation et alors qu'il est sur le point de lui tomber dessus, il se retrouve sans comprendre comment, au centre de la piste ! Interloqués plusieurs personnes lui foncent dessus, des personnes qui ont son visage. Il arrive à s'échapper et se retrouve derrière son mystérieux suspect dans un long couloir et quand il s’apprête à tirer après plusieurs sommations, le sol se dérobe sous ses pieds et le couloir s’effondre sur lui même. Ce qui entraîne le réveil du commissaire qui subissait une consultation de Paprika, qui doit l'aider a solutionner un rêve récurrent qui le tourmente. Paprika n'est autre l'alter-égo du docteur Atsuko Chiba, l'une des co-créatrices du DC Mini avec le docteur Kōsaku Tokita, un appareil qui permet d'explorer les rêves et le subconscient des gens. Une invention que ces créateurs testent régulièrement pour en affiner les réglages, même si son usage à des fins thérapeutique n'est pas autorisé. Hélas trois modèle de DC Mini sont volés; sans sécurité leurs usages peut avoir des effets dévastateurs …

Première chose, Christopher Nolan ne plagie pas Satoshi Kon, les deux films sont tellement différent que ça serait indécent d'affirmer le contraire. Et deuxièmement « Paprika », ce film au nom d'épice est une petit bombe surprenante du début à la fin. Un film d'animation comme on en fait peu, qui ose a peu près tout et qui le réussi avec une réussite insolente. Ou se perdre dans les bras d'un film n'a jamais était aussi vrai !

« Paprika » est l'adaptation d'un roman de Yasutaka Tsutsui, un auteur réputé de science-fiction japonais, connu pour son anticonformisme, son humour noir et la satire dont ses œuvres sont remplies. On y retrouve aussi de la psychanalyse et du surréalisme, des thèmes qui furent le sujet central de sa thèse lors de ses études et qu'on retrouve bien évidemment dans son livre « Paprika ». Des sujets qui sont aussi au cœur de l'histoire et du scénario écrit par Satoshi Kon et Seishi Minakami. Si on prend les divers nœuds de l'intrigue et la motivation du méchant, on est en terrain connu, Une personne puissante veut profiter du DC Mini pour contrôler le monde en fusionnant l'univers des rêves et celui du réel. Ce qui est intéressant et qui interroge sans cesse pendant 90 minutes, c'est la manière avec laquelle c'est raconter !

Satoshi Kon l'a bien compris et il écrit une intrigue qui n'a pas de frontière. On passe du rêve au réel sans se poser la moindre question, on navigue comme « Paprika » avec aisance, ou une action qui débute dans un rêve peu finir dans la réalité et vice versa, ou les songes sont les reflets de la personnalité du personnage à l'écran et ou chaque rêve est une allégorie des divers sentiments qu'il peut ressentir. C'est coloré, onirique et riche ! Un univers idéal pour questionner notre rapport à l'image et plus généralement sur la façon dont on surmonte les difficultés que la vie dresse sur notre chemin.

Et rien de tel que l'animation pour transmettre une telle histoire à l'écran ! Un choix que S.Kon s'empare pour nous offrir un long métrage qui fourmille d'idées, de couleurs, un melting pot de culture transcendé par une parade inter-réalité qui donne le tempo de l'intrigue. L'animation est d'une fluidité a toute épreuve, le dessin est toujours soigné, et ça permet de voir des choses qui ne seraient possibles qu'avec un tas d'effets numériques dans un film classique! En soi la fin du film est le plus beau des exemples, on plonge dans une tv pour ressortir par l'objectif d'une caméra, avant de sauter dans une affiche pour une course de jet-ski. Cela donne un aspect ludique a ces couches successives d'intrigues qui permet de surpasser la relative complexité de l'intrigue. On retrouve la très belle partition de Susumu Hirasawa qui complète l'ambiance que le réalisateur dresse des le début, et l'impeccable direction artistique de Nobutaka Ike. 

Brillante mise en abîme d'une société qui ne fait que rêver ... 

Seoul Station


La nuit dernière, un incident, parti d'une petite émeute, s'est répandu dans le monde entier, qui est désormais dominé par les zombies.

Seoul Station – 6 Décembre 2016 – Sang-ho Yeon

Il y a un peu plus de trois semaines, le monde du cinéma perdait le grand George Romero et avec lui une certaine idée de la satire sociale que ses films de zombies pouvaient véhiculer. Un élément de plus en plus rare, que le genre semble oublier peu à peu. Sauf que l'an dernier, le film coréen « Dernier Train Pour Busan » est venu rappeler qu'on pouvait faire quelque chose de bien, avec une dose de fond non négligeable; cela même si je n'ai pas été personnellement conquis !

Et ce fond, on le retrouve dans « Seoul Station » qui est le troisième film d'animation de Sang-ho Yeon, après King of Pigs (2011) et The Fake (2013). Un film qui est devenu au gré de son développement le préquel de « Dernier Train pour Busan » !

L'histoire se passe de nuit, dans le quartier de la gare de Séoul. Un lieu ou la nuit rode les sans domiciles fixes et les différents laissés pour comptes de la société sud-coréenne. C'est là qu'une jeune fille, loin de chez elle, seule et complètement paniquée, se trouve face à un phénomène méconnu et violent, les sdf de la gare attaquent sans ménagement toute personne qui passe. Coincée par mégarde dans le quartier ou ça a commencé, elle va devoir lutter pour survivre, au coté d'un autre sans-abris, en espérant que son petit ami vienne la chercher …

Bref, loin du dynamisme de son premier long métrage en prise de vues réelles, Sang-ho Yeon étire son concept sur quatre vingt dix longues minutes ! Une déception à peine compensée par vingt dernières minutes intenses qui proposent un condensé de ce que le réalisateur à fait de mieux entre « Seoul Station » et « Dernier Train pour Busan ».

L'histoire est d'une simplicité à toute épreuve, voire un peu trop ! Elle s'articule autour de deux histoires; celle de Hye-Sun qui se retrouve à la merci des zombies dans le quartier de la gare et celle de son « père » avec le petit ami de sa fille. Toutes les deux se retrouvant à la fin, après avoir traversé diverses épreuves. Hélas le réalisateur ne se soucie guère de la dramaturgie de son film. Car la ou le « Dernier Train pour Busan » actionnait des leviers classiques (mais efficaces) pour créer de l'émotion, ici le réalisateur passe son temps à faire courir ses protagonistes d'un point A à un point B sans qu'il ne soit inquiété réellement. A partir de là, l'histoire stagne et on est jamais inquiet pour eux, ni stressé ou encore choqué. De plus les personnages sont si mal écrits qu'il est difficile d'avoir de l'empathie pour eux.

Paradoxalement, les vingt dernières minutes sont vraiment efficaces! Sang-ho Yeon va à l'essentiel, les gens démunis de la gare n'ont plus d'échappatoire, d'un coté des zombies, de l’autre des militaires qui ont l'ordre de les contenir, avec au milieu les trois personnages que l'on suit. La problématique est bien plus claire, le danger identifié et le ton totalement désespéré. Le réalisateur fait alors en vingt minutes ce qu'il ne sait pas faire pendant le reste du film, a savoir un film dur et stressant qui interroge sur une société qui ne prend plus soin des siens ! En résulte un long métrage complètement bancal, ou il ne se passe presque rien pendant plus d'une heure, avant que l'action et le frisson arrive pour de bon. Ce qui ne compense pas une avalanche de mauvais choix, dont une animation qui n'est pas toujours à la hauteur de l'enjeu. 


Ne dépasse pas le quai de la gare !


Zootopie


Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia ! Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …
Zootopie – 17 Février 2016 – Réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

La satisfaction de l'année 2016 au cinéma, c'est l'animation. Alors bon j'ai fait l'impasse sur « Le Monde de Dory », « Comme des Bêtes » ou encore « Les Trolls », mais je me suis fait énormément plaisir avec trois d'entre eux. L'un est sorti en face du premier spin-off star wars, c'est « La Jeune fille sans mains » réalisé par Sébastien Laudenbach, une revisite des frères Grimm cruelle et poétique ; puis fin novembre c'était au tour de l'excellent « Vaiana : La légende du bout du monde » qui mettait à l'honneur la culture polynésienne, le tout par les réalisateurs d'Aladdin et enfin « Kubo and the two strings » l'admirable conte en stop-motion de Travis Knight. Trois films tous étonnants à leurs manières que j'aurai plaisir à revoir, cependant il en manque un pour être un peu plus exhaustif et c'est « Zootopie » le hit de début d'année du studio Disney. Un film presque unanimement salué qui remet au goût du jour les histoires avec des animaux anthropomorphique …


Judy Hoops est une jeune lapine de neuf ans qui ne rêve que d'une chose « Zootopie ». Cet endroit est la grande ville ou tous peuvent vivre ensemble, proies comme prédateurs. Une envie qu'elle expose lors d'un spectacle à l'école, en même temps qu'elle annonce son souhait de devenir policier. Ces parents qui sont des humbles cultivateurs de carottes espèrent la décourager, mais les convictions sont plus fortes que tout et des qu'elle a pu, elle est rentrée à l'académie de police. Un premier pas dans la vie hésitant, elle n'a pas le même gabarit que tous les autres inscrits, mais avec détermination, ruse et agilité elle finit major de sa promotion et lors de la remise des diplômes, le maire Leodore Lionheart la nomme lieutenant au commissariat central de Zootopie. Judy folle de joie ne quitte pas ses parents sans un léger pincement au cœur et un brin d'angoisse. Malgré ça, la nature enthousiaste de Judy refait vite surface et même si l'accueil qui lui est réservé est glacial, elle s'acquitte de son travail avec sérieux. Sauf qu'elle en veut plus, elle veut mener des enquêtes et être plus utile qu'en dressant des contraventions et c'est par le plus grand des hasards qu'elle acceptent sans l'accord de son chef un dossier sur une disparition. Une enquête qui va la ramener vers un arnaqueur de première, le renard Nick Wilde. Ensemble ce duo atypique va mettre à une énorme machination …

Bref si au final il ne dépassera dans mon cœur « Kubo and the two strings », ce nouveau classique d'animation Disney est vraiment intéressant et surtout d'une grande richesse thématique. Pour mettre cela en œuvre, on trouve aux manettes l'un des co-réalisateurs de « Raiponce » Byron Howard, le réalisateur de « Wreck it Ralph » Rich Moore et enfin Jared Bush qui à travailler sur « Big Hero 6 », sur le scénario de « Moana » et de Zootopie. Si dans un premier temps, le film devait être un film d'espionnage à la James Bond avant de basculer vers le buddy-movie avec un duo ou Nick Wilde aurait été le personnage principal et Hoops son faire-valoir. Mais un an avant ils réalisent que l'intrigue fonctionnerait mieux en inversant les rôles et c'est ainsi que l'on découvre le destin de Judy Hoops dans la magnifique cité de Zootopie. Une décision intelligente qui prend tout son sens vis a vis des thématiques abordées.

Mi policier, mi buddy movie, l'intrigue brasse à merveille les deux genres dont on retrouve les principaux marqueurs. Ceci dit c'est là mon principal reproche que je peux faire au film. Que cela soit au début, ou tout au long du film, on est jamais surpris ou bousculé par ce que l'on suit à l'écran. L'intrigue policière ? Quiconque aura vu plus de deux, trois films de ce genre verra les rebondissements arrivés et la dynamique entre les personnages ne dépaysera pas les habitués du buddy-movie. Si je trouve ça classique et sans surprise, cela ne l’empêche pas d’être bien écrit et au service d'un fond bien plus riche qu'on ne le croit. L'intrigue est à mon sens secondaire, car le but final n'est pas de savoir qui à fait quoi mais bien de décrire d'une façon systémique une société idéale. C'est la que le film se révèle intéressant et profondément actuel. On est loin de l'utopie comme son nom l'indique, mais plus dans une photographie des cités modernes actuelles, avec leurs qualités et leurs défauts.

On rentre ainsi dans le fameux « vivre ensemble » que les politiques tendent comme une expression magique pour que les gens de différentes communautés vivent en bonne intelligence, mais quand la société perpétue les stéréotypes, le racisme, le sexisme, l'islamophobie, l’antisémitisme, l'homophobie, la transphobie, l'inégalité entre les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, il ne peut y avoir de société apaisé et juste. Un des points du film rappelle d'ailleurs le traitement médiatique et politique post 13 novembre 2015 en France; [SPOILER] Judy qui a découvert pourquoi des prédateurs disparaissaient, stigmatise auprès des journalistes et cela bien malgré elle tous les prédateurs, ce qui engendra moult tensions et amalgames nauséabond [FIN SPOILER]; un parallèle frappant que l'on a pu constater régulièrement et qui montre les mécanismes de nos sociétés contemporaines, basé uniquement sur la peur. Constat pessimiste mais vrai, ou Judy est un vecteur d'espoir que l'on aimerait tous voir fleurir …

Quant à la réalisation, elle s'adapte à l'intrigue avec beaucoup de finesse et fait également des prouesses en termes d'animations. Car qui dit animaux anthropomorphique, dit poils, fourrures et tout ce qui va avec. Et Disney à du se mettre au niveau, crée de nouveaux outils. Une mue qui au vu du rendu final est on ne peut plus réussi, de Nick Wilde à Judy Hoops, du maire Lionheart à son assistante la brebis, le rendu est d'une grande qualité et cela peut importe ce que font les personnages, qu'ils courent, sautent, ou discutent simplement. C'est dynamique, plein d'imagination et cela sait aussi gérer les temps morts à merveille. Une qualité obligatoire pour mettre en image et faire exister un monde aussi vaste que « Zootopie », d'un coté la vaste métropole avec son jeu d'échelle ou le petit côtoie l'infiniment grand, jusqu'au quartier limitrophe qui reprennent les caractéristiques climatiques dont ont besoin certaines espèces comme les panthères ou les ours polaires pour vivre. C'est lumineux, coloré et avec pleins de clins d’œils aux œuvres de Disney, mais aussi à des œuvres de la pop-culture, comme Breaking Bad par exemple.

Meme si l'intrigue policière est convenue et que l'aspect buddy-movie est sans surprise, ça reste un film d'animation ambitieux. Et c'est avec Moana l'un des Disney les plus réussis que j'ai du voir depuis bien longtemps.

Vaiana, la légende du bout du monde


Il y a 3 000 ans, les plus grands marins du monde voyagèrent dans le vaste océan Pacifique, à la découverte des innombrables îles de l'Océanie. Mais pendant le millénaire qui suivit, ils cessèrent de voyager. Et personne ne sait pourquoi... Vaiana, la légende du bout du monde raconte l'aventure d'une jeune fille téméraire qui se lance dans un voyage audacieux pour accomplir la quête inachevée de ses ancêtres et sauver son peuple. Au cours de sa traversée du vaste océan, Vaiana va rencontrer Maui, un demi-dieu. Ensemble, ils vont accomplir un voyage épique riche d'action, de rencontres et d'épreuves... En accomplissant la quête inaboutie de ses ancêtres, Vaiana va découvrir la seule chose qu'elle a toujours cherchée : elle-même.
Vaiana, la légende du bout du monde – 30 Novembre 2016 – Réalisé par John Musker et Ron Clements

Depuis que j'apprécie et que je suis le rugby, je suis tombé en admiration devant les équipes de l'hémisphère sud et notamment celles de Polynésie ce sont les équipes nationales de rugby de la Nouvelle-Zélande, les Samoa, les Tonga et les Fidji. Grace à cela j'ai découvert avant toute chose, le fameux Haka, son importance et sa signification, ainsi que la part de spiritualité immense que ça implique. Et lorsque Disney dans une des innombrables messes dont ils ont le secret on annonce la sortie de Moana, j'en étais ravi . La culture polynésienne allez être à l'honneur une fois de plus chez disney et surtout cela donnait à Dwayne Johnson un rôle en or, celui de « Maui »

Le film commence dans une île au milieu du pacifique dans une tribu d'insulaire. Tala la mère du grand chef de la tribu conte les aventures et exploits du demi-dieu « Maui » aux enfants du village. Et Tala fait vivre cela avec passion, quitte a leur faire peur. Seul la jeune Vaiana pleine d'envie et d'admiration reste stoïque devant les gesticulations de sa grand-mère, car malgré son jeune age, l'océan l'intrigue et l'appelle … Hélas son père ne voit pas ça d'un bon œil et il préfère lui rappeler ses futurs devoirs en tant que fille du chef de la tribu. Mais tout ça va voler en éclat quand la nourriture commence à se faire rare sur l’île et dans les eaux qui la bordent, car la seule solution est de retrouver Maui pour qu'il remette le cœur Te Fiti à sa place et rendre enfin la vie à un archipel qui dépérit. Pour ça Vaiana va embraser les traditions éteintes de ses ancêtres et franchir les limites de son île pour partir à la recherche de son cœur …

Enfin, alors que l'année 2016 touche à sa fin, j'ai vu un film qui ne m'a pas déçu et c'est Disney qui me l'offre. Si je dis cela, ce n'est pas pour dire que seul « Vaiana » m'a plu mais qu'il est le seul film à ne pas avoir déçu mes attentes à contrario d'un grand nombre de films cette année. Une réussite qui confirme aussi la vitalité d'un cinéma d'animation qui ne cesse de surprendre tant par la ou les techniques employées que pour les sujets abordés. C'est ainsi qu'après « Lilo et Stitch » en 2002, on redécouvre la Polynésie et une part de ses traditions par le duo Ron Clements/ John Musker qui signe avec « Vaiana » leurs 7 ème « Classiques d'animation Disney ».

Le scénario du film est passé entre de nombreuses mains, de Taika Waititi à Jared Bush au final que l'on retrouve après son travail sur Zootopie en début d'année. C'est un savant mélange entre le récit initiatique classique, la fable écologique et le récit mythologique avec le savoir faire du duo Clements/Musker. Car c'est peut être le seul point faible du film. Le scénario qui est en apparence peu complexe et sans surprise décevra une partie des gens, mais comme tout bon artiste, les réalisateurs connaissent leurs partitions sur le bout des doigts et livre un modèle de récit équilibré à tous les niveaux qui respecte en tout point les principes du monomythe de Joseph Campbell. L'héroine Vaiana est irrémédiablement attirée par l'océan, une aventure qu'elle ne tente pas de tout de suite car sa tribu à besoin d'elle, mais son mentor (La grand-mère) la pousse à y aller. Son décès est l'acte déclencheur à son voyage durant lequel elle subira des épreuves, dépassera son statut initial et trouvera un allié de poids, le demi-dieu Maui, jusqu'à la résolution de sa quête. C'est classique, je le conçois, mais c'est aussi clair, limpide et extrêmement bien exécute et raconté. La spécificité venant alors de la touche mythologique et culturelle que le film ajoute au récit.

Maui le personnage doublé par Dwayne Johnson en version originale est l'une des légendes les plus connues dans la mythologie polynésienne, histoire qui se transmet traditionnellement de façon orale. On le retrouve dans bons nombres d’îles, que cela soit en Polynésie, Micronésie ou encore Mélanésie. Parfois le nom diffère, ou le rôle, mais il a toujours sa place quoi qu'il arrive dans les récits oraux de ces cultures. Celui qui s'en rapproche le plus ici, c'est le Maui décrit dans la culture Maori. Il a était abandonné par sa mère, il a un hameçon, il donne le feu aux hommes et permet un équilibrage du cycle de jour et nuit en capturant le soleil. Et on retrouve ça dans le film grâce aux tatouages de Maui, qui soit y en passant est un art important dans la culture maori, De plus ils complètent de manière détournés la mythologie du personnage en réécrivant « sa mort ».

Il essaye de dérober l'immortalité à Hine-nui-te-po (la déesse de la Nuit et de l'Au-delà ) pour l'offrir aux hommes, mais la déesse s'en aperçoit et le tue. Dans le film de Musker/Clements, la quête est similaire pour lui, il veut dérober le cœur de Te-fiti pour offrir « la création » aux hommes, pour être apprécier mais aussi pour qu'ils puissent faire ce qu'ils désirent, créer à l'infini, car qui dit création, dit donner la vie et accéder ainsi à une forme d'immortalité. Mais cela sera aussi le nœud du problème, parce qu'il bouleversera l'ordre établi et l'équilibre dans le monde.

Le duo Musker/Clements récite leurs gammes avec une aisance qui frôle l'insolence. Si le scénario est certes classiques, la culture polynésienne insuffle ce qu'il faut de nouveauté et de mysticisme pour nous emporter avec eux. Du début à la fin c'est un sans faute en termes de rythmes, de découpages et de montages ou l'on a le tend d'apprécier à leurs justes valeurs les différents personnages (Maui, Vaiana), les péripéties qui les touchent et qui rendent hommage au cinéma, notamment lors de l'assaut des Kakamoras qui dans un élan mad-max fury roadesque livre une excellent scène d'action, qu'un clin d'oeil amoureux à l’œuvre de Miller. L'animation est au top de ce que l'on connaît chez Disney, c'est généreux, fluide et vraiment très beau. Le rendu incroyable est par instant proche du photo-réalisme, tant dans la modélisation de l'eau que des divers paysages qui entourent les protagonistes. La direction artistique et les choix en termes de chara-design sont réussis et totalement assumée. Tout comme le doublage du film qui donne tout le caractère nécessaire aux divers personnages, avec comme figure de proue Auli'i Cravalho et Dwayne Johnson.

A ça il faut ajouter les nombreuses chansons écrites pour le film qui vu les réalisateurs nous rappellent sans forcer leurs plus belles heures. On doit cela à trois personnes, à Mark Mancina, à Opetaia Foa'i du groupe néo-zélandais « Te Vaka » et au populaire Lin Manuel-Miranda, créateur du fameux spectacle de Broadway « Hamilton ». Un regroupement de talent qui fait mouche et qui habille par des belles mélodies l'ensemble du film et les péripéties des personnages. Subtil mélange de chanson en langue anglaise et en langue tokelau (langue polynésienne) pour un résultat des plus dépaysant. Ils n'en oublient pas cependant de marquer les esprits avec quelques morceaux emblématiques comme « You're Welcome » chanté par Dwayne Johnson, « Shiny » écrit et interpréter par Jemaine Clement ou encore « How Far I'll Go » interpréter par Auli'i Cravalho. Une bande originale excellente qui est un véritable plus pour le film.

Si au final le message du film est simple dans le sens ou il ne faut pas renier ce que l'on est au fond de nous, il s'accompagne à mon humble avis d'un sous-texte écologique puissant et de circonstance. Maui en volant le cœur de Te-fiti pour le donner aux hommes, pille en réalité les ressources essentielles pour que les habitants et la terre puisse vivre et se développer. Petit à petit les ressources se tarissent, les cultures pourrissent, les poissons ne sont plus la, bref une façon imagée de voir le réchauffement climatique, ce qui est d'autant plus frappant que ce sont les habitants des îles du pacifique et d'ailleurs qui sont les premières victimes de ça. Mais voilà, la fatalité n'est pas une solution pour les auteurs du film, qui croient que l'on peut encore changer, que l'on peut sauver cette bonne vieille terre et que cela nous appartient à nous de faire les bons choix. Et si pour certain la fin paraît mièvre au possible, elle est un beau message d'espoir …

Un soupçon de mythologie, de poésie et d'aventure pour une quête enivrante 
"YOU'RE WELCOME"

.