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Mort d'un pourri


Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.

Mort d'un pourri – 7 Décembre 1977 – Réalisé par Georges Lautner


Cela va bientôt faire treize ans que j'ai atteint la majorité, celle qui nous donne le sacro-saint droit de vote. Un acte qui une fois la première élection en vue, peut exciter, qui peut presque même donner l'impression que l'on est important et que l'on peut peser sur la vie locale, voire nationale par nos choix. Mais il faut bien se l'avouer que cela fait un certain temps que je n'y crois plus et que les derniers mois qui viennent de s'écouler n'aide pas à croire dans le système politique français. Par exemple deux candidats à la présidence de la république sont compromis par des affaires judiciaires; l'un nous déverse la frustration qu'il a engranger quand il était premier ministre, poussé par des extrémistes catholiques qui ne rêve que d'une chose, de la France des châteaux et des cathédrales; l'autre se réclame anti-européen mais y réalise ses plus grands scores électoraux et elle ne base son programme que sur le triptyque « L'immigration, l'immigration et l'immigration » (comme papa) tout en fustigeant le système qu'elle fréquente depuis … toujours.

Je conçois qu'il existe la présomption d'innocence, mais quand on se destine à la fonction suprême, que l'on a le destin de millions de français à portée de main, on se doit à mon humble avis, de montrer l'exemple et d’être irréprochable, car au final comment peut on rester crédible ? Bref la situation n'est pas idéale et on ne sait pas vraiment à quel sauce on sera mangé, mais ce qui est inquiétant c'est que cela ne date pas de maintenant, la politique était tout aussi nocive et corrompue qu'il y a 40 ans, comme dans le film de George Lautner dont je vais vous parler « Mort d'un Pourri ».

Philippe Dubaye est un député de la république qui a commis l'irréparable en tuant l'un de ses collègues qui voulait le faire chanter. Cette personne possédait un cahier ou était écrit les noms de différentes personnalités compromises dans diverses affaires. Paniqué, le député appelle son ami, l'entrepreneur Xavier Maréchal en pleine nuit et lui explique ce qu'il s'est passé. Dubaye lui dit ensuite d'aller dans l'appartement de son amante chez qui il a caché ce fameux cahier et de le dissimuler dans une consigne à la gare, dans le quartier de la défense. Sachant que ce cahier sera très convoité, Xavier se hâte dans sa mission, mais il se sait suivi et chaque personne qu'il croise et soit une potentielle victime soit un potentiel assaillant. Un risque qu'il est prêt à prendre, surtout quand son ami est abattu. Il n'aura alors de cesse de chercher le coupable ….

Ce film est l'adaptation du roman éponyme « Mort d'un Pourri ». On retrouve sous le pseudonyme de l'auteur Raf Vallet, le journaliste et romancier Jean Laborde. Auteur de plusieurs œuvres avant celui-ci comme « Le Pouce » qui a donnée quelques années auparavant « Le Pacha » avec Gabin et réalisé par Georges Lautner qui retrouve pour l'occasion, l'un de ses plus fidèles collaborateurs, un certain Michel Audiard.

Sceptique au début, notamment à cause d'un titre fort peu engageant et de la présence Alain Delon en tête d'affiche; « Mort d'un Pourri » est un film vraiment sympathique. J'ai été vite séduit par l'histoire, le ton et l'humour dont sait faire preuve cet œuvre de Lautner tout en abordant des sujets assez graves. C'est d'ailleurs grâces à ces différents sujets que le film aborde qu'il est intéressant, notamment avec la corruption, le trafic d'influence ou encore le lobbying, car ce sont des questions qui agitent la vie politique et celle des français depuis près de quarante ans.

Sous sa trame classique de film policier à la papa, il se cache une vraie critique de la politique française et de ses dérives. L'intrigue qui voit Xavier Maréchal chercher la vérité sur la mort de son ami est bien écrite et fonctionne bien, avec ce qu'il faut de rebondissement pour que l'on ne s'ennuie jamais. Surtout quand les dialogues de Audiard sonnent à l'oreille comme des récréations particulièrement ludiques et utiles à l'histoire qui se déroule devant nos yeux. Xavier est un personnage avec un regard désabusé sur la société, qui n'a plus que ses principes et son charme pour faire face à cela. C'est un milieu vorace, cannibalisés par gens sans scrupules, des tueurs, des politiciens corrompus, des policiers véreux, des grands industriels aux intérêts financiers et par des riches étrangers aux intentions mystérieuses. Un panier de crabes ou il est difficile de savoir qui tient les ficelles, tant tout le monde semble trouver un intérêt à frauder ou à se laisser acheter par de l'argent.

Un inventaire de la politique française sans concession qui résonne encore aujourd'hui avec énormément de force et pour ça il suffit juste de se pencher sur la vie politique depuis le mois de Janvier pour s'en rendre compte. Le personnage de Xavier n'est au final que le reflet d'une certaine partie de la population, qui ne croit tellement plus en l'homme et en le système, qu'il fait simplement avec …

La réalisation de Georges Lautner est dans l'ensemble de bonne facture et elle tire à merveille des décors parisien que l'on traverse avec tout autant de hâte qu'Alain Delon. On assiste alternativement à des scènes de dialogues enlevés et drôles à la Audiard et à des scènes de meurtres assez violentes. La plus impressionnantes restant la mort de la femme de Dubaye ou l'on nous place dans la peau du meurtrier. Une scène choc qui appuie l'impunité dont jouissent les différents malfrats, qui font ce qu'ils veulent quand ils veulent ! Une noirceur contrebalancée par la justesse des dialogues d'Audiard et par l'équilibre de l'histoire qui divertit sans cesse. A cela ajoutons la bande originale de Philippe Sarde vraiment bonne et un casting de qualité avec en tête, l'excellent Alain Delon … 

Le cinéma français que j'aime ... 


Le Cercle Rouge


Un truand marseillais, un détenu en cavale et un ancien policier mettent au point le hold-up du siècle. Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, leur tend une souricière.
Le Cercle Rouge – 1 Octobre 1970 – Réalisé par Jean-Pierre Melville

« Quand des hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents, au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. » 

Corey est un truand marseillais qui vient de finir de purger une peine de 5 ans d'emprisonnement. Ce détenu modèle et discret semble être apprécié des gardiens. Si bien que l'un de, lui propose l'idée d'un braquage. Mais pour l'instant Corey n'a que sa sortie en tête. Et il s'avère qu'il n'est pas vraiment content, car le milieu la laissé en plan et lorsqu'il sort, il se sert chez son ancien chef en argent, parce qu'il en a envie et qu'il en a besoin. Il s’achète une voiture et file vers Paris. D'un autre coté, le commissaire Mattéi escorte un prisonnier en train, sous bonne garde « Vogel » réussit malgré tout a s'échapper. La police sous l'impulsion du commissaire Mattei lance la traque et quadrille le terrain avec minutie; mais le suspect est intelligent. Il arrive à passer entre les mailles du filet et il trouve refuge dans le coffre d'une voiture, celle de Corey. Une rencontre impromptu ou va naître une amitié franche et singulière.

C'est le deuxième film de Jean-Pierre Melville que je découvre et c'est une fois de plus un très grand film. Un polar dans la droite lignée du film « Le Samourai » qui continue cette plongée dans le monde du grand banditisme. Avec une approche qui va bien au delà du simple constat gentil/méchant que l'on pourrait croire. Melville et son style minimaliste dresse avec minutie le portrait d'homme face à l'inévitable fatalité de la vie.

Le scénario écrit par Jean-Pierre Melville en personne se base principalement sur la citation que l'on trouve au début du film. On a quatre personnages principaux, le truand qui sort de prison (Corey) celui qui est en cavale (Vogel), l'ex policier (Jansen) et le commissaire (Mattei). Quatre « Samourai » qui suivent leurs chemins, avec leurs propres codes. Des règles de vies essentielles pour survivre dans un environnement ou la traîtrise et la lâcheté sont les maîtres mots de ceux qui veulent vous voir à terre. La solitude devient ainsi l'armure la plus efficace pour se préserver, que cela soit pour un policier, un ex-flic ou encore pour deux criminels qui vont collaborer parce que le destin l'a décidé ainsi. Un choix de vie qui cache des hommes bien plus complexes qu'ils en ont l'air, ils sont loin de tout manichéisme, personne n'est ni blanc, ni noir, mais plus une infinité de nuances de gris, ou l'intelligence n'est pas l'apanage du « gentil », ou la cruauté n'est pas forcément réservé au criminel et ou le respect existe entre eux.

Une richesse que le réalisateur cultive et nourrit, notamment par une mise en scène épurée, proche du muet par instant, ou seul les actes comptent, ou les regards parlent autant que mille mots. L'amitié entre Vogel et Corey n'a pas besoin de justification, car elle est naturelle: le sacrifice de Jansen est tout autant un acte de bonté qu'une échappatoire libératrice qui laisse remonter la rancœur d'une mise au placard injuste. Une justesse dans le ton que l'on doit à la mise en scène particulièrement inspirée de Melville qui n'en fait jamais trop, qui a toujours le mouvement de caméra qu'il faut et cela avec un sens de la retenue que je trouve admirable. Le rythme est maîtrisé, l'action c'est avec parcimonie et il n'hésite pas à laisser la place au silence, comme pour la séquence du casse ou pendant 25 minutes il n'y a aucun mots prononcés, juste des actes !

Quant au casting il est excellent de bout en bout ! Premièrement j'ai découvert ici la face plus sombre de Bourvil, qui campe un commissaire plus vrai que nature, avec beaucoup de calme et de réflexion. Un policier qui sort des sentiers battus et qui n'hésite pas à faire preuve d'empathie avec les personnes qu'il traque. On trouve aussi Yves Montand dans le rôle de Jansen, un ex-policier mis au rencard parce qu'il est tombé dans l'alcool, un personnage touchant qui transpire d'humanité. Puis il y a Vogel joué par le surprenant Gian Maria Volonte qui fait du criminel qu'il campe un personnage intelligent, alerte et soucieux de son prochain, comme Corey joué par Alain Delon qui sort ici une nouvelle composition proche de celle qu'il a eu dans « Le Samourai », avec cette fois-ci un soupçon de vie supplémentaire … 

Un grand film !