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Dodes'Kaden


DODES'KADEN
d'Akira Kurosawa

Dodes'kaden est le dernier film d'Akira Kurosawa que Wild Side a restauré et il conclut la série qu'ils éditent. Il est le premier film couleur du maître, et il détonne de ses films précédents.

Comme je viens de le dire, ce film est différent des autres à bien des égards.
C'est en premier lieu un film choral qui voit se croiser les vies d'une douzaine de personnes dans un bidonville à la fin des années 60. Il y a entre autre un père seul avec son fils qui vivent dans une deux chevaux; une mère et son fils en proie à des problèmes psychiatriques qui conduit toute la journée un tramway imaginaire, une adolescente exploitée par son oncle pendant que sa tante est à l’hôpital et tant d'autres...
ce film est le dernier de la tétralogie sur la misère qui compte Les bas fonds, Entre le ciel et l'enfer, et Barberousse. Il est par bien des aspects le plus dure . En premier lieu de par sa forme « chorale » qui ne nous aide pas à nous identifier ou à nous attacher aux personnages si nombreux qu'ils ont une exposition limitée. De plus les choix de couleurs audacieux nous sortent parfois de l'histoire, même s'ils ont tous un sens, que les choix sont mûris; ils m'ont de temps en temps décontenancés.
J'ai vu les trois autres films que je viens de citer et aussi Un merveilleux dimanche qui est dans la même veine qui convoque douleur et malheur et pourtant ils ne m'ont pas fait le même effet. Celui ci est un cumul de malheurs , même le bonheur des plus heureux est relatif. Quant à ceux qui ne le sont pas; c'est dure de soutenir ce qui leur arrive. On peut assister entre autre à l'agonie d'un enfant , au viol d'une jeune femme, voir des gens qui noient leurs quotidiens dans les limbes du saké... L'une des scènes a plus particulièrement était dans l’œil du cyclone ou plutôt de la Toho, une scène ou un enfant d'à peu près six ans fouille les poubelles pour se nourrir et nourrir son père. Cette scène le studio voulait qu'il la coupe. Le réalisateur a toujours refusé.
Le ton était donné, car la position de Kurosawa sur cette misère est claire et éminemment politique. Pour lui cette pauvreté est provoquée par les choix et l'industrialisation massive du pays. C'est le revers de la médaille de ce changement de mode de vie, ces constructions qui dévisagent le Japon pour lui, lui font perdre son identité et ses croyances. On est très loin des « feel good movies» qui sont sur les écrans au moment de sa sortie. On est face à la cruauté de la situation que l'on cache. Pendant les scènes de nuit on voit au loin les lumières minuscules de la ville.
Mais cette cruauté n’empêche pas la poésie. Je dirai même que dans l'univers toujours nuancé de ce réalisateur une telle horreur ne va pas sans quelque chose qui le contrebalancera, ici c'est de l'onirisme; car il n'y a pas d'ombre s'il n'y a pas de soleil. Et là c'est du bonheur pour nos yeux.
Le choix des couleurs principalement vives, y est pour beaucoup. il les décline de différentes manières. Il les fait se répondre en assortissant les habits des femmes avec leurs maisons et leurs rares équipements. Mais pas seulement, les pantalons de leurs époux, et les foulards qu'ils nouent autour de leurs têtes sont accordés. Ou encore lors d'une scène de viol, il couche délicatement la jeune femme sur un tapis d’œillets en papier rouges. Mais le plus surprenant est peut être, le maquillage quasiment le masque que l'on peint sur le visage d'un enfant et d'un adulte malade. Quelque chose entre un masque mortuaire et une décomposition. On oscille entre stupéfaction et fascination. Moi ce qui m'a le plus séduite, ce sont les dessins de tram du jeune homme qui sont magnifiques avec un éclairage normal, mais lorsqu'ils sont rétro éclairés ils se transforment en vitraux. C'est de la magie. Ces dessins à l'aspect enfantins ont été effectués par Akira Kurosawa. Je savais que sur certains films il avait peint ses storyboards, mais là l'investissement est colossal. Il y a un magnifique crépuscule qu'il a peint, et il y a tant d'autres choses.
Et si son investissement dans chacun des chapitres de son œuvre est légendaire, ce film a un écho particulier. Il signe la fin d'une période, jette les bases de la prochaine. Ce que le réalisateur teste sur la couleur, il l'utilisera sur d'autres films.
Il ne fait pas seulement la transition entre ses noirs et blancs somptueux et la couleur. Mais formellement il anticipe l'importance que va prendre la télévision et change sa manière de tourner. Il lâche prise aussi dans sa manière de diriger ces acteurs et d'aborder les variations de ses décors par apport à ce qu'il en attend. Si ce film nous parle d'une transition industrielle Il témoigne aussi sur celle d'une société ou les gens en habits traditionnels vivent d'une certaine manière avec des principes et des rigidités et ou d'autres très occidentalisés sont en mini jupes, tenues très colorées et se perdent dans l'alcool et ce qu'ils croient être la vie. Bizarrement le long métrage montre que ce sont ces gens coincés dans une périodes et des valeurs ancestrales qui sont les moins heureux.
Alors que ce sont eux qui ressemblent le plus a Kurosawa. Et même le vieil homme sage ne prend pas la place qu'il devrait. C'est ce jeune homme désorienté qui semble être son personnage principal. C'est lui qui chantonne le titre du film comme si le grand cinéaste se reconnaissait dans cet enfant qui conduit un tram imaginaire, et qui est la risée des autres. Ce grand homme a failli mourir à cause de ce film. son premier non succès et la fin de sa collaboration avec la Toho le pousseront à tenter de ce suicider. Lorsqu'il reviendra au cinéma, il refusera de tourner sur la misère, il percevra se thème comme un porte malheur.
Sa direction d'acteurs a changé aussi lors du film. Kurosawa les laisse improviser au maximum, et ils vont vers un jeu forcé quasi artificiel qui entre en résonance avec ces couleurs vives. Il met moins d'un mois à tourner ce film dont la première version durera plus de quatre heures. Il s'amuse des décors qui se détériorent et les utilisent. Et une bonne humeur assez inhabituelle envahit le plateau.


Tout cela donne à ce film un aspect très différent, et difficile. Il n'est pas aisé de rentrer dans son histoire, mais une fois qu'on y arrive c'est magnifique. Ce n'est pas avec ce film qu'il faut aborder l’œuvre de cet homme. Mais quand on aime sa maestria, et quand on aime le cinéma, il est fascinant quasiment hypnotique. Il est même difficile de se détacher de la voix du jeune homme répétant «Dodes'kaden» ce qu'on traduirait par tchou tchou.



Ce film est rare, il fait partie des rencontres qui vous enrichissent.
Ce film est dure, mais le magnifique travail qui est fait sur l'image, et la couleur lui permettent de faire passer un message en douceur. Et je suis infiniment reconnaissante de l'avoir vu dans ces conditions
Ce n'est pas la première fois que j'écris sur cette collection et je tiens à préciser la qualité des livrets qui vont avec les dvd et br, et combien ils nourrissent le visionnage du film et éclaire son contexte.
Retrouvez "Dodes'kaden" en édition BluRay/DVD chez Wild Side des aujourd'hui !.

Barberousse


Début 19ème siècle. De retour à Edo après trois ans d'études à Nagasaki, le jeune docteur Noboru Yasumoto est décidé à y faire une brillante carrière. Il rêve d'une nomination dans l'hôpital du Shogunat. Sa connaissance de la médecine occidentale et ses origines le destinent aux plus hautes sphères médicales. Mais sa première affectation l'envoie dans un quartier très pauvre de Tokyo, à la clinique de l'intransigeant Dr Niide dit "Barberousse". Égoïste et arriviste, le docteur est mécontent d'être aux ordres d'un médecin dans un endroit qui ne correspond pas à son diplôme et à son ambition. Mais peu à peu, Yasumoto surmonte son amère déception et s'attache aux malades et à son étrange patron. Barberousse est un médecin atypique au cœur pur entièrement dévoué à la cause des plus pauvres. En fréquentant les laissés pour compte de la société, Noboru s'humanise...
Barberousse – 3 Avril 1965 - Réalisé par Akira Kurosawa

« Poverty's a political problem they say. But what has politics ever done for the poor? Has a law been passed to get rid of poverty and ignorance? »

Cinquante deux ans ont passé depuis la sortie au japon de « Barberousse » et Akira Kurosawa a encore eu le regard juste sur son époque et sur ce qu'allait être le monde de demain. Un monde ou ne donne pas les moyens à son école de fonctionner correctement, ou l'on supprime 5 euros d'APL a des étudiants, ou les personnes dans le besoin sont des assistés, ou le personnel soignant est tellement a bout que les suicides se multiplient et ou l'on empêche des migrants de se nourrir et boire quand d'un autre coté on ne pense que compétitivité, facilité de licenciement, plafonnement des indemnités prud’homales et limitation dans le temps de l'assurance chômage! Alors comment peut on faire preuve d'humanité dans une société qui n'a plus le nom que d'humain ? Si ce n'est par l'altruisme le plus profond et le don de soi ! C'est ce que Akira Kurosawa développe ici, pendant 3 heures, à l'ombre du docteur Kyojio Niide plus communément appeler « Barberousse » !

Noboru Yasumoto est un jeune docteur qui vient de finir ces études à Nagasaki et qui ambitionne pour la suite de sa carrière, de devenir le médecin personnel du shogun. Sauf qu'a sa grande surprise, il est affecté au dispensaire local et se retrouve face à un monde qu'il n'avait pas choisi, celui de la pauvreté. Il découvre lors de son arrivée le dispensaire, que le docteur Mori lui fait visiter en détail, non sans une pointe de cynisme, soulignant l'odeur des pauvres et la dureté de leurs métiers. Il lui raconte aussi les conditions qu'imposent « Barberousse », l'intransigeant maître de ces lieux ! Lorsqu'il le rencontre, l'accueil est froid, mais il lui montre de l'attention, un altruisme étrange pour quelqu'un qu'on lui a dépeint comme un tyran. Mais s'estimant malgré tout floué par cette affectation, Yasumoto décide de faire ce qui est possible pour que « Barberousse » le renvoie, en commençant par refuser de porter les habits de médecin qu'on lui donne à son arrivée …


Pour Akira Kurosawa c'est la fin d'une ère et cela sur bien des plans. Tout d'abord ce film marque la fin de sa collaboration fructueuse avec son acteur fétiche Toshiro Mifune, c'est aussi la fin de son contrat d'exclusivité avec le studio « Toho » et son dernier film en noir et blanc. Mais ce n'est pas pour autant la fin de Kurosawa et ça il le prouve en ajoutant à son immense filmographie, un nouveau jidai-geki, son genre phare, une œuvre somme, un chef d’œuvre qui se nomme « Barberousse » !

Ce film est l'adaptation d'un roman, celui de Shūgorō Yamamoto intitulé « Akahige Shinryotan » sortie en 1958. Un auteur qu'il retrouve après avoir adapté « Jour de Paix » avec le film « Sanjuro » trois ans auparavant. Et pour ça, il s'entoure à nouveau de ses fidèles collaborateurs, comme Hideo Oguni, Ryūzō Kikushima et un nouveau en la personne de Masato Ide qu'il retrouvera sur « Ran » et « Kagemusha » quelques années plus tard. Si le film se nomme « Barberousse », le vrai héros du film, la figure principale c'est Yasumoto ! L'histoire principale se concentre sur lui, sur son insolence et sa vanité, des valeurs contraire à celle que prône son chef. Et tout consiste à montrer comment il va peu à peu devenir quelqu'un de meilleur et surtout de plus attentionné pour ses patients. Un changement que le personnage de « Barberousse » accompagne tout au long du film, non pas sans quelques réflexions bien senties, mais par l'exemple ! Une abnégation qui touche fortement notre jeune médecin, tout comme le destin de plusieurs patients, qui finiront de lui faire prendre une voie différente, plus simple, mais plus noble d'esprit !

Un récit emprunt de l'humanisme cher à Akira Kurosawa qui lui permet de développer plusieurs thèmes. Celui du « héros », de la relation « maître/disciple », de la transmission entre les générations et sur la maladie comme conséquence de la pauvreté et de l'ignorance. On retrouve donc deux formes de héros, celui plus classique et valeureux avec « Barberousse », mais aussi le héros du quotidien avec la figure du médecin (Attention pas le médecin moderne, qui passe ses patients à la file sans vraiment t'ausculter et qui ne fait que prendre ton argent). La relation Barberousse/Yasumoto, similaire a celle entre un élève et son sensei rythmera le film et Kurosawa met en parallèle cela avec le fait de transmettre ce que l'on sait à l'autre ! Une transmission inter-générationnelle évidente pour le réalisateur et que ses personnages mettent en pratique. Ce qui nous amène a parler du fond du film, celui qui est mis en exergue par « Barberousse » ! Ce médecin se consacre corps et âme à son métier et fait ce qu'il peut pour soigner ses malades, sauf qu'il n'est pas dieu et qu'il sait que c'est un combat de longue haleine qu'il ne peut mener seul. Une critique sans concession envers l'élite de son pays qui ne se préoccupe pas pour lui de la pauvreté, un constat amer qu'on constate de nos jours et que Kurosawa développera encore plus dans le film qui suivra « Dodes'kaden » !

En 1963 avec « Entre le ciel et l'enfer », Akira Kurosawa bat une troisième fois son record personnel au box office japonais, encore mieux c'est le film japonais qui a le plus de succès cette année là. l'Empereur comme on le nommait à donc eu les moyens qu'il désirait pour montrer à l'écran ce qu'il voulait (Décors grandeurs natures, bois vieux d'un siècle, costumes faits mains et vieillis avant le tournage) ! Le résultat est magnifique. Le réalisateur maîtrise son film du début à la fin et rythme idéalement le récit malgré la durée de trois heures. Un équilibre parfait entre rébellion et émotion, froideur et candeur, ou encore entre la vie et la mort. Une narration qui constamment se répond, par un habile jeu de miroir, ou Kurosawa alterne avec des moments de vies, des actes de médecines et des scènes plus tragiques et spectaculaires.


Puis que ça soit par le mouvement qu'il instille dans chaque scène, ou par la composition de ces cadres, c'est toujours pensé avec une extrême minutie, l'image fourmille de détails et rien n'est là par hasard. On peut ajouter à ça le travail des deux chefs opérateurs, Asakasu Nakai et Takao Saito, qui contribue à cette perfection visuelle, par ce joli noir et blanc légèrement vaporeux, voir doux, qui apporte cette lumière dans l'obscurité. Et il y a des scènes qui sortent du lot; la rencontre entre Yasumoto et Oyumi ou Akira Kurosawa raconte à la fois les traumatismes qu'Oyumi a subit, mais aussi la menace qu'elle représente désormais, avec l 'utilisation de la longue focale et une composition millimétré, écrasant la profondeur pour mieux nous emprisonner comme Yasumoto ! On trouve aussi la scène de bagarre ou « Barberousse » se bat avec une douzaine d'hommes à la solde d'une maquerelle qui ne veut pas laisser une petite fille se faire soigner. Une scène qui a pris de l'ampleur par rapport au livre, mais qui bénéficie de la maestria de Ryu Kuze pour la chorégraphier, sur la science du cadre de AK et sur les capacités de pratiquant d'art martiaux de Toshiro Mifune. Ou encore cette scène ou Yasumoto entend pour la première fois, le dernier souffle d'un mort, une scène dure, éprouvante et tétanisante de réalisme grâce notamment au travail sur le son.

Quant au casting, c'est un sans faute ! Yuzo Kayama joue l'apprenti Yasumoto. Il délivre une partition juste et se montre l'égal de son illustre aîné Toshiro Mifune. Jeune chien fou pendant une première partie, ou l'on sent le bouillonnement intérieur qui l'anime, il se calme progressivement, son visage devient alors plus sur et bienveillant. Toshiro Mifune qui signe ici son dernier film pour Akira Kurosawa incarne le héros parfait, magnétique et charismatique, qui ne laisse passer que quelques failles ! Un personnage attachant ou l'acteur fait preuve d'un calme et d'une justesse à toute épreuve, alternant les attitudes et sentiments avec aisance. On trouve aussi Tsutomu Yamasaki incarne le touchant Sahachi, Reiko Dan c'est Osugi, Yoshio Tsuchiya le Docteur Mori, Kyoko Kagawa qui joue Oyumi (la mante religieuse), excellente dans son rôle ; Terumi Niki qui joue Otoyo vous brise le cœur par son empathie, sa délicatesse et sa force, tout comme Yoshitaka Zushi dans le rôle du petit Choji, mendiant chapardeur instantanément attachant. 

Droit, profond et humaniste, tel est la voie de Akira Kurosawa ... 


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Les Sept Samouraïs

"Poster de Greg Ruth"

Au Moyen-Age, la tranquillité d'un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d'une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.
Les Sept Samouraïs – 26 Avril 1954 - Réaliser par Akira Kurosawa

Certains films ont un tel poids dans la culture populaire et une telle réputation que parfois j'ai l'impression de les connaître alors que je les ai est jamais regarder. Des films d'une telle puissance qu'ils influent sur toute une génération de cinéastes, qui ajoutent par la suite leurs contributions et qui propagent ainsi d'une façon indirecte ce qu'ils ont aimés précédemment. « Les Sept Samouraïs » est de cela, Akira Kurosawa a crée une œuvre dense, généreuse et aboutie à la portée universelle qui transcende les cultures et nations.

En pleine époque Sengoku, nombreux sont les samouraïs sans seigneurs (Des ronins) qui se transforment en bandits. Ils pillent, tuent et rançonnent les villages au grès de leurs envies. Un petit village qui subit depuis plusieurs mois les attaques répétées d'un groupe de pillards décide de ne pas attendre le prochain raid. Après la consultation de l'ancien du village, Rikichi avec d'autre villageois partent engager des samouraïs pour les défendre. C'est une tache délicate, car ils ne savent pas comment faire et surtout les samouraïs ont une très haute opinion d'eux même, ce qui complique les échanges. Les jours passent et les paysans commencent à se décourager, quand ils sont témoins d'un attroupement, un vieux samouraï décide de sauver un jeune enfant retenue en otage par un voleur. Sage , il use de la ruse et parvient sous l’œil admiratif des paysans à sauver l'enfant. Ce samouraï qui se nomme Kanbei est abordé par les paysans qui exposent leur demande. Il ne se prononce pas tout de suite et pèse avec recul le pour et le contre de ce qu'on lui propose. Les paysans n'ont qu'une promesse deux repas comme seule récompense, un repas fait de riz qui est un énorme sacrifice pour eux qui ne se nourrissent que de Millet. Touché par ça, Kanbei accepte et commence à réunir les Sept Samouraïs …

Ce n'est pas tous les jours que je regarde un film qui dure 3h27 et pourtant la découverte de ce film fut un régal de tous les instants. Akira Kurosawa réalise une fresque à l'allure de légende, qui fait du Japon ce nouvel Ouest Sauvage, coincé entre modernité et tradition que les plus téméraires oseront découvrir. Car en effet si ce n'est pas donné à tout le monde de s'asseoir et d'apprécier un film aussi long, c'est pourtant la condition sine qua non pour comprendre le travail de titan qu'a effectué le réalisateur avec ses équipes. Parce que ce n'est pas avec une version tronquée de plus d'une heure que vous trouverez cela …

Akira Kurosawa s'entoure de deux personnes avec qui il l'a déjà collaborer pour écrire le scénario, Hideo Oguni pour la seconde fois et Shinobu Hashimoto qu'il retrouve ainsi une troisième fois. Après la fin de l'occupation américaine, Akira Kurosawa est libre de faire le film qu'il veut, avec le genre qui lui plaira, notamment le « Jidai-Geki » (film d'époque) ! Car après la guerre et cela jusqu'en 52, les américains interdisent toutes sortes de choses pouvant exacerber la rancœur envers eux, c'est ainsi que toutes mentions du bushido est interdites et que bon nombres de films d'époques se voit interdit de diffusion. C'est ainsi qu'après une vague de « Gendai-geki » (film contemporain) peu apprécié, car trop critique sur le japon d'après guerre, il revient vers le film d'époque ! « Rashomon » sort en 1950, soit quatre ans avant « Les Sept Samouraïs » propulsé par le succès de « Vivre » en 1952 …

L'écriture du scénario fut à la hauteur du résultat, que cela soit par l'abnégation dont Kurosawa et ses scénaristes ont fait preuve, que par le niveau de détails et de recherches qu'ils ont donné aux moindres aspects de l'intrigue. Une minutie bienvenue qui donne une toute autre épaisseur à une intrigue que certains qualifieront peut être de prévisible. L'histoire est ainsi similaire à un duel, une fois passer le premier contact entre les paysans et les samouraïs, à partir de là, seul compte la voie du guerrier, patient et paisible, pesant la moindre décision avec gravité, jusqu'à l'affrontement inévitable. Un récit articulé sur la notion d’héroïsme, quotidienne ou extraordinaire. Il y a celui des paysans comme Rikichi qui décide de ne plus subir et de demander de l'aide, un acte héroïque car ce ne sont pas des castes qui se côtoient normalement, puis celui des samouraïs, un héroïsme différent, plus automatique, plus en phase avec leurs principes, qui laisse voir une pointe de lassitude, voire de fatigue à se battre pour vivre …

Un héroïsme qui galvanise, notamment par l'intermédiaire de l'extravagant « Kikuchiyo », un samouraï qui n'était autre qu'un paysan avant de les rejoindre. C'est le point de l'histoire qui va nous prendre au cœur et amener de l'émotion. Le réalisateur va ainsi nous parler d'un monde ou tout peut devenir possible, ou les samouraïs à contrario de la vision belliqueuse habituellement véhiculée n'hésitent pas à tendre la main et à se mettre au service de l'autre ! Ou le fils d'un paysan « Kikuchiyo » peut devenir un « Samourai » avec une abnégation hors du commun. Kurosawa fissure la frontière complexe qui sépare les classes sociales rendant ainsi le dialogue possible (l'échange autour du riz) ou chacun apprend quelques choses de l'autre. Mais la réalité est tout autre, si dure et pénible soit elle, elle fait en sorte que chacun reste à sa place. La fin est ainsi extrêmement cruelle, les paysans reprennent leurs vies, ils chantent et plantent leurs futures récoltes, pendant que Kanbei, Katsushiro et Shichijori contemplent les tombes de leurs amis tombés au combat. Kurosawa montre ainsi qu'il faut toujours se battre pour faire de notre monde, un endroit meilleur, plus juste et équitables …

Enfin comme à l'accoutumée, la réalisation de Akira Kurosawa est pour ma part irréprochable. Il ne fait à aucun moment l'économie de quoi que ce soit, la direction artistique est irréprochable, les costumes de Kōhei Ezaki et Mieko Yamaguchi sont soignés, Takashi Matsuyama pour les décors fait des merveilles (le village reconstitué dans la péninsule d'Izu) et la composition musicale est tout aussi excellente. Le réalisateur n'a plus qu'à orchestrer cette fresque de la plus belle des manières, comme Kambei, il prend le temps, on est toujours en mouvement, la caméra capte la moindre émotion, le détail qui change tout, pour ensuite mieux nous surprendre. Tel le western, le film en reprend quelques écueils, à la sauce « chanbara » toutefois. On retrouve le duel, le calme avant la tempête, ou encore l'opposition entre les samouraïs et les bandits, jusqu'à la grande bataille finale ! C'est alors une merveille de découpage, de rythme, d'intensité et de montage, les points de vues varient sans cesse et on est jamais perdu. C'est d'une fluidité à toute épreuve et Kurosawa n'en perd pas pour autant la maîtrise de son histoire, il sait ou il veut aller et on est tout étonné quand l'émotion, inattendue, pointe le bout de son nez et nous laisse pantois, brisés par ce que l'on vient de voir …

On fini donc sur le casting du film qui est tout simplement merveilleux ! Bien sur les Sept Samouraïs sont les personnages principaux, mais il ne faut pas oublier les prestations convaincantes de Yoshio Tsuchiya (Rikichi), Keiko Tsushima (Shino) ou encore celle de Kamatari Fujiwara (Manzo le père de Shino). Concernant les 7 Samouraïs, ils n'ont pas tous la même importance dans l'histoire, je pense en premier lieu à Yoshio Inaba (Gorobei Katayama), à Daisuke Kato (Shichiroji) et dans une moindre mesure Minoru Chiaki (Heihachi Hayashida), ce qui ne les empêche pas d’être bon et d'offrir une interprétation solide. Isao Kimura (Katsushiro Okamoto) joue le samouraï débutant, le nimaime, celui qui cherche à grandir et à s'affirmer dans ce monde perpétuellement en guerre, une belle performance, sensible et pleine de retenue. Seiji Miyaguchi (Kyuzo) se glisse dans les pas du samouraï « légendaire » ou rien ne l'atteint, ou tout lui semble facile, un personnage fascinant joué avec pudeur, calme et férocité. Puis il y a Takashi Shimura (Kanbei Shimada), le plus vieux et le plus sage des sept qu'il joue a la perfection, mêlant habilement confiance, respect et grande efficacité au combat. Et enfin l'immense Toshiro Mifune (Kikuchiyo) joue le personnage le plus réjouissant, le rôle de l'outsider qui devient Samourai, qui passe au dessus de ses malheurs par un éternel engouement, cachant ainsi ses émotions les plus fortes. Une performance XXL de Mifune qui campe les multiples facettes de son personnage avec talent, fougue, force et un brin d'irrévérence … 

Un chef d'oeuvre !

Ran


Dans le Japon du XVIe siècle, le seigneur Hidetora Ichimonji décide de se retirer et de partager son domaine entre ses trois fils, Taro, Jiro et Saburo. Mais la répartition de cet héritage va déchirer la famille.
Ran – 25 Septembre 1985 – Réalisé par Akira Kurosawa

Le seigneur Hidetora Ichimonji arrive bientôt au bout d'une vie agitée, faite de conquêtes et de guerres, pour enfin laisser la place à ses enfants. Lors d'une partie de chasse parmi des milliers, il décide de passer la main et de le dire à ses trois enfants. L’aîné Taro devient le chef du clan et hérite du plus grand des châteaux, quand Jiro et Saburo hérite eux aussi des deux derniers châteaux, devenant aussi les vassaux de leur frère. Une obéissance que leur père justifie par le fait d’être unie. Taro et Jiro ne disent rien et abondent dans son sens, sauf Saburo qui ne comprend pas cela, vu que leur père à acquis sa puissance en usant de la traîtrise. Prenant cela pour une menace, Hidetora bannit son fils. Débarrassé de toute menaces, Hidetora abdique et Taro accède à la tête du clan. Hélas c'est ce qui signera le début de la fin de l’ère Ichimonji. Taro se laisse aveuglé par le pouvoir et par le désir secret de revanche de sa femme qui à vu son clan dévasté par l'armée de son père. Peu à peu le chaos s'installe dans la famille et Hidetora sera alors le témoin désabusé de la chute de son empire …

J'ai découvert ce film lorsque j'avais une dizaine d'années, un film qui à défaut de rester imprimé dans ma tête, m'a laissé ce goût de la démesure que j'avais ressenti et en le revoyant c'est ajouter la maestria d'un réalisateur talentueux, celle de Akira Kurosawa. Une redécouverte complète de bout en bout qui ne fait que confirmer que j'apprécie énormément les films d'époque de Kurosawa, les fameux Jidai-Geki qui vous transporte dans le Japon médiéval, avec des seigneurs, des guerres, des trahisons et des gigantesques batailles.

S'inspirant de la pièce « Le Roi Lear » écrite par William Shakespeare, les scénaristes abandonnent la grande Bretagne pour le Japon médiéval. Exit le Roi et ses trois filles, place au daimyo Hidetora Ichimonji et ses trois fils. L'intrigue porte sur le destin du clan Ichimonji, de l'héritage que laisse Hidetora et de la trahison successive de ses deux plus vieux fils. C'est à la fois très simple dans sa construction et très complexe dans ses ramifications, car il ne s'agit pas que du destin des Ichimonji mais bien de payer les affres d'une vie faite de violences, avec ce que cela implique comme conséquences. C'est ainsi que le film mêle vengeance, trahison, politique, cupidité, pouvoir, haine, jalousie et héritage ou l'autorité d'un père ne peut aller contre la soif de pouvoir de ses enfants, ou une femme qui a vu son clan exterminé fomente sa vendetta avec patience et ou des frères se jalousent entre eux quitte à faire plonger leur père dans la folie …

Une histoire tragique qui synthétise bien des thèmes de Kurosawa, entre le bien et le mal, entre le ciel et l'enfer, entre la dualité qui existe en chaque homme et sur les puissants qui méprisent les plus démunis. Un regard sans concession et intransigeant sur le monde des hommes qui méprisent leurs prochains, qui prend ce dont ils ont envie sans se soucier un seul instant des conséquences de leurs actes, se construisant une bulle de bonheur, sur les cendres encore chaudes du malheur qu'il ont causé! Un sentiment que l'on peut apercevoir dans certains de ses précédents films, comme « Un merveilleux dimanche », « les bas-fonds » ou encore « Les salauds dorment en paix » …

Ce qui frappe quand on regarde « Ran » avant quoi que ce soit d'autre, c'est la beauté picturale de l'ensemble du film. Akira Kurosawa a savamment pensé son film, que cela soit des le début avec la partie de chasse qui finit en pleine montagne, symbole de la passation de pouvoir entre le père, figure déifiée, et ses enfants, ou encore par la narration maîtrisée qui nous entraîne dans la chute de ce clan. Jusqu'au final, cruel et sans concession. C'est admirable de bout en bout et l'on ne s'ennuie absolument jamais, Akira Kurosawa nous gratifiant même d'une incroyable scène de bataille en milieu de film, intense, désespérée et violente, avec un décor naturel et des milliers de figurants. Et c'est la que tout le génie du réalisateur opère, visuellement chaque plans est extrêmement bien détaillé, bien composé, avec soin et minutie qui dénote du travail colossal de Kurosawa. Il a mis près de dix ans à storyboarder à la peinture chaque plan et cela se ressent au final, car c'est un rendu très proches de la peinture qui donne une ampleur démesurée à un bon nombre de séquences. De plus le film ne fait jamais l'économie d'un décor reconstitué, comme le château incendié, ou bien évidemment des costumes fait main, sublimes et colorés qui ont demandé près de deux ans pour les réaliser et qui rajoute encore une couche en terme d'authenticité.

Bref un travail d'une immense qualité que l'on retrouve dans la prestation des différents acteurs qui composent le casting du film. Celui qui m'a marqué et qui vous marquera à coup sur, c'est la prestation sans faille de Tatsuya Nakadai dans le rôle de Hidetora Ichimonji. A cheval entre une interprétation théâtrale et une retenue sans faille, il incarne toutes les facettes de son personnage avec un grand soin et une intensité qui ira crescendo. Une mue sans aucun mesure qui s'accompagne d'un travail de maquillage somptueux, allant presque nous le faire passer pour homme qui porte son masque de mort. Mieko Harada incarne Kaede la femme de Taro (Akira Terao) et elle compose un personnage trouble mue par un sentiment de haine très profond. Un sentiment qu'elle fera passer peu à peu, se dévoilant avec malice jusqu'à réussir sa vengeance, avec froideur et détermination. Puis on trouve les trois enfants joués par Akira Terao, Jinpachi Nezu et Daisuke Ryu, un mélange de cœur, d'arrivisme et de trahison. Et enfin pour finir on peut compter sur Shinnosuke Ikehata l'inoubliable bouffon d'Hidetora, Hisashi Igawa et Masayuki Yui ! 

Magnifique, puissant et inoubliable 

Ran par Kevin Tong

Entre le ciel et l'enfer


Actionnaire d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens pour racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a enlevé son fils et qu’une rançon est exigée. Mais, second coup de théâtre, c’est le fils de son chauffeur qui a été enlevé…

Entre le ciel et l'enfer – 1 Mars 1963 – Réalisé par Akira Kurosawa

Après « Les bas-fonds » et « Les salauds dorment en paix », voici « Entre le ciel et l'enfer », le troisième des films de Kurosawa à être sortie début Mai qui vient compléter la collection initiée par Wildside depuis plus d'un an. Trois films que j'ai grandement apprécié et qui sont tous différents, malgré la veine sociale qui les réunis et que le réalisateur exploite avec beaucoup de talent. Ici c'est un film entre deux mondes, entre ceux qui sont privilégiés et ceux qui ne le sont pas …

Kingo Gondo est un ancien ouvrier qui s'est mue en un excellent homme d'affaire ! Il a pu avec le temps devenir l'un des actionnaires importants de l'usine de chaussures ou il a évolué, gravissant les échelons jusqu'à devenir l'un des hommes majeurs de l'entreprise. Un jour il discute chez lui avec des fournisseurs, de nouveaux modèles de chaussures mais très vite la discussion tourne sur une possible alliance pour s'emparer de l'usine. Gondo lui ne veut rien entendre, car secrètement il se prépare à prendre le contrôle majoritaire de l'usine. Un coup de poker qui ne doit pas rater, parce qu'il n'y aura pas de seconde chance. Sur de son fait, il congédie ses encombrants invités et finalise sa future prise de pouvoir, quand il reçoit un coup de fil qui lui annonce que son fils a été enlevé et qu'il doit payer une rançon de 30 000 000 de yens pour le revoir en vie. Heureusement pour Gondo, les ravisseurs se sont trompés et n'ont pas enlevé le bon enfant, mais il lui reste un dilemme payer pour sauver le fils de son chauffeur ou ne pas payer et mener à bien son plan …. .

« Entre le ciel et l'enfer » est un film qui porte bien son nom ! C'est à la fois une promesse (Mise en scène, histoire, personnages) et l'interrogation principale du film, à savoir « Comment l'homme réagit quand il est soumis à un questionnement qui échappe à la morale ». Comme Orson Welles quelques années auparavant avec « La Soif du Mal », le réalisateur Akira Kurosawa porte brillamment ce dilemme à l'écran et fait de Kingo Gondo son « Mike Vargas » !

Akira Kurosawa s'entoure de ces fidèles collaborateurs que sont Eijirô Hisaita, Ryūzō Kikushima et Hideo Oguni pour écrire le scénario de ce film. Il adapte le roman de Ed McBain (Les Oiseaux) « Rançon sur un thème mineur » en gardant le postulat de départ, à savoir la confusion sur l'identité de l'enfant kidnappé ! A partir de là on voit l'histoire de deux hommes qui sont face à leur propre doutes, qui vont faire des choix, jusqu'à voir dans l'autre le miroir de ses peurs et de ses envies. Gondo est un homme qui a connu la pauvreté, mais qui a réussi à se faire un nom, à avoir une situation et un certain statut, faisant de lui un homme rétif à tout chantage. Le ravisseur Ginjiro Takeuchi, un jeune interne en médecine est quelqu'un d'intelligent, qui ne semble hélas plus pouvoir suivre le rythme de ses études, qui vit dans une certaine précarité et qui jalouse jusqu'à commettre l'irréparable « celui qui a réussi », qui toise de par son imposante maison le peuple en contrebas !

Un jeu de miroir que l'on retrouve dans la narration, les deux parties du récit se répondent et entretiennent l’ambiguïté que l'on ressent pour chacun des deux personnages. Entre Gondo qui ne veut pas retomber en « Enfer » quitte à ne pas payer, quant a Takeuchi, désespéré et envieux qui aimerait tant goûter au « Ciel », se laisse gagner par ces plus bas instincts ! C'est dans cette frontière tenu entre le bien et le mal que l'on se perd nous aussi, que l'on se pose des questions, sur ce que l'on a, sur ce que l'on veut et sur la manière de l'avoir et que quoi qu'il arrive on est responsable de nos actes. Le film finis la ou il doit se finir, sans jugement, sur un face à face d'une profonde noirceur, ou l'homme se confronte à soi-même et a ses échecs …

Puis comme à chaque fois, c'est très très bien réaliser ! Le scénario qui s'articule sur deux parties distinctes permet a Akira Kurosawa de créer deux ambiances totalement différentes et de jouer à merveilles avec les décors. Dans un premier temps c'est un huis-clos exemplaire ! On ne vois qu'une seule pièce, mais tout est concentré ici, l'introduction, l’enlèvement et la demande de rançon du ravisseur (Takeuchi). C'est bien rythmé, l'image est composée avec minutie, chaque personnes est à sa place avec un rôle qui est parfaitement définit ! Une clarté qui donne une dynamique implacable, pour laisser place à la procédure d’enquête, amenée par une mise en scène éclairée, le rideau se tire, le huis-clos se termine et laisse voir la ville en contrebas, le terrain de jeu du ravisseur. La seconde partie est tout aussi réussie, jusqu'au final entre Gondo et le ravisseur, qui se parlent dans une pièce de la prison. Juste une vitre les sépares, point d'orgue d'une rancœur que l'on saisit à peine mais que Gondo comprend,jusqu'à ce plan aussi fugace que réussie ou leurs visages se mêlent, finissant de nous troubler et de nous dire que chacun d'entre nous pourrait être celui derrière la vitre …

Le casting est de qualité et il joue aussi très juste ! Toshiro Mifune interprète Kingo Gondo. Un rôle qui permet à cet acteur de montrer une nouvelle fois le talent qui l'anime et la palette de jeu qui sont la sienne. A la fois plein de hargne, de colère et de retenue, sa composition électrise la première partie du film et attrape à lui seul toute la lumière, synthétisant alors le dilemme qui l'anime. Celui qui joue Takeuchi le ravisseur, c'est l'acteur Tsutomu Yamazaki. Jeune acteur à l'époque, il excelle dans le rôle de cet étudiant dépassé par la vie qu'il mène. Symbole d'une jeunesse en manque de repère, il choisi d'assumer ses actes et l'émotion qu'il donne dans le dernier acte rend tout ça encore plus dur. Puis on trouve aussi des seconds rôles de choix, avec Takashi Shimura, Tatsuya Nakadai le brillant inspecteur, Kyoko Kagawa qui joue la femme de Kingo Gondo, puis Tatsuya Mihashi, Takeshi Kato ….

C'est un film brillant du début à la fin, qui permit au réalisateur d'aborder la question des « enlèvements d'enfants », un sujet qui lui tenait à cœur depuis que l'un de ses amis eu subit cela et que la justice fut trop clémente a son goût avec le ravisseur. Ironiquement, lui qui voulait dénoncer, du faire face à une recrudescence d’enlèvement suite à la sortie de son film …
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Un Merveilleux Dimanche


UN MERVEILLEUX DIMANCHE
 de Akira Kurosawa

j'ai vu plusieurs films de Kurosawa depuis que j'ai eu la chance de rencontrer celui ci. Mais il est probablement celui qui m'a le plus marqué.

Au lendemain de la guerre, lors d'un dimanche comme les autres, un jeune couple se retrouve pour passer la journée ensemble. Ils ont trente cinq yens, beaucoup de rêves et autant de désillusions.
Parlons rapidement de la forme, j'aurai tendance à dire, c'est un film d'Akira Kurosawa, c'est parfait, il faut le voir pour le croire. Mais je vais aller un peu plus loin.
La photographie est très riche. Il y a un coté très graphique des décors qui ajoute à la complexité des sentiments que traversent nos protagonistes. Un écran qui est réduit par l'architecture et la manière de la filmer. Et tout d'un coup on ne fait plus qu'un avec notre héros, on est relégué dans l’arrière salle d'un cabaret. Comme un sous homme, on subit le contraste avec ce grand hall blanc que l'on traverse. Tout est étudié pour être le reflet d'une sensation.
Mais elle est encore plus riche car la réalisation met en corrélation ce que traverse les personnages et le temps qu'il fait, un soleil éclatant lorsque l'un d'eux se projette dans une maison ou quand il joue avec des enfants. Une pluie torrentielle, lorsqu'ils se découragent ou traversent une crise. Puis c'est au sein de la nuit éclairée par la lune qu'ils nourrissent leurs projets et réparent leurs passés. Chaque moment à son graphisme, la voûte d'un théâtre en plein air, les paysages dévastés et désertiques...
chaque scène est en complètement différente de la précédente mais chacune a un équilibre parfait et elles donnent un tout des plus émouvants.
Contextualisons un peu cette histoire. Lorsque après les deux bombes atomiques le Japon capitule, le pays est exsangue. L'inflation galope, les villes sont en ruines, et la misère est partout. Du coup le marché noir, la prostitution et le chômage augmente, et une partie de la population est déplacée.
Et des milliers de « jeunes couples » sont dans la situation de nos protagonistes.

Des jeunes couples dont l'homme vient d’être démobilisé, et qui n'ont pas assez d'argent pour se loger. Ils sont ce que l'on appellerait aujourd'hui des travailleurs (très) pauvres. Ils ont vécu la guerre et n'arrivent pas à avoir un présent et désespèrent d'avoir un avenir.
Ce film est bouleversant, il ne m'a pas laissé une emprunte sur mon âme de cinéphile, il a laissé une cicatrice sur le cœur. D'abord car ce film rentre salement en collision avec ce que l'on vit soixante dix ans après. La peur du lendemain, les écarts monumentaux entre les salaires, les travailleurs pauvres.

Tout ce qui peut nous effrayer est là. Puis il y a l'universalité du sentiment de séparation avec la personne que l'on aime. L’empathie que l'on a pour le couple est quasi innée. Sentiment amplifiée par le discours face caméra ou Mazako s'adresse au spectateur. Elle lui mendie un peu plus de sentiment, de compassion, d'aide.
Les deux acteurs qui portent le film Chieko Nakakita (Mazako) et Isao Numasaki (Yuzo) sont extrêmement expressifs. Ils traversent cette journée et tous ces sentiments sans jamais faire de faux pas. Ils ont bouleversants.

Ce film est beau comme un conte et déchirant comme une complainte. Rien n'y est gratuit, même pas le lait dans le café, mais cependant il est optimiste et est ouvert sur l'avenir.

Les bas-fonds


Dans les bas-fonds d’Edo, à l’écart du reste de la ville, se tient une auberge miteuse tenue par l’avare Rokubei et sa femme. Dans cette véritable cour des miracles vivent entre autres un acteur raté, un ancien samouraï, une prostituée et un voleur. Un jour, un mystérieux pèlerin débarque dans ce lieu de misère. À son contact, les habitants de l’auberge se mettent à rêver et à croire en de jours meilleurs…
Les Bas-Fonds – 1 Octobre 1957 – Réalisé par Akira Kurosawa

Loin d’être un spécialiste de l’œuvre de Akira Kurosawa, j'ai pour autant toujours apprécier les films que j'ai découvert. Si l'on peut distinguer dans sa longue carrière les polars, les films d'époques ou encore les adaptations, il y a aussi une forte veine sociale et sociétale dans une grande partie de ses films. Le réalisateur dissèque ainsi les entrailles de son pays avec un fort esprit critique et une belle justesse ! C'est par le prisme de l’œuvre du dramaturge russe Maxime Gorki que Akira Kurosawa va nous parler dans l'étroitesse des « Bas-Fonds » d'Edo; de la pauvreté …

A l'écart de tous, dans les bas-fond d'Edo vivent ceux dont la ville ne veut pas, ceux qui n'ont plus d'avenir, ni de travail, se convaincant les uns, les autres que leur vie est meilleure que celle de leur voisin, sans que le moindre espoir ne pointe le bout de son nez. Au milieu de ça, se trouve une auberge miteuse tenu par Rokubei et sa femme, qui loge les gens de cette partie de la ville. Un lieu haut en couleurs ou se croise un acteur raté, un samouraï qui ne l'est plus, une prostituée, un voleur, un artisan et bien d'autres personnes aussi intéressantes que caractérielles. Une assemblée bancale, joyeuse et parfois désespérée qui semble résignée à ne pas rêver, jusqu'au jour ou un vieux moine arrive et chamboule leur quotidien …

Des films que j'ai vu de Akira Kurosawa, c'est certainement l'un de ceux qui m'a le plus déstabilisé. Car on sent très vite l’exigence de l’œuvre qui est adapté à l'écran. Il s'agit d'une pièce de théâtre, celle du dramaturge russe Maxime Gorki. L'adaptation d'une œuvre peut de loin s’avérer facile en apparence, mais il n'en est rien, cela a nécessité à Kurosawa, minutie, rigueur et précision pour gérer en deux heures de temps, une multitude d'intrigues et de personnages sans que tout cela ne soit désordonné. Une performance qui me laisse admiratif et plus le temps passe, plus je trouve ça brillant … 

Comme dit plus haut, l'histoire du film est tirée de la pièce de Gorki que le réalisateur et le scénariste Hideo Oguni adapte en le transposant dans le Japon Féodal ! Une histoire qu'ils sortent de la Russie, pour l'amener vers des chemins plus universels et qui parleront à tout le monde. Parce que c'est là toute la particularité de ce film, c'est qu'il n'y a pas une histoire, il y en a plusieurs ! Elles sont plus ou moins longues, plus ou moins importantes, tristes ou tragiques et elles se croisent avec brio, au gré d'une porte qui se ferme, d'une ruelle étroite ou par l'entrebâillement d'une fenêtre.

Ces histoires forment une chronique sociale implacable, qui montre telle quelle la misère à une époque, avec les ravages que ça provoque et l'impuissance dans laquelle les personnes sont plongées. Un récit qui dans le fond n'a pas d'age et qui trouvera aussi son écho dans nos sociétés modernes qui broient de plus en plus les peuples et les gens qui les composent. Un pessimisme qui accable les hommes et les femmes qui composent ces bas-fonds et qui ont dit sans le voir adieu à tout espoir, se réfugiant derrière les bouts d'une vie lointaine, réelle ou rêver …

Une dualité chère au réalisateur qu'il cultive jusqu'à l'apparition de ce mystérieux moine. Point de bascule d'une histoire reste toujours aussi dure, mais qui laisse entrevoir une lumière dans la noirceur de ce purgatoire. Une humanité qui ne tient qu'a nous d'apporter à l'autre, comme le moine par exemple qui redonne confiance à ces nouveaux camarades, qui convainc le voleur Sutekichi de déclarer sa flamme et de partir avec la femme qu'il aime ou encore à l'ivrogne d'aller se soigner. Une façon qu'a Kurosawa de dire que derrière chaque personne en détresse ou dans le besoin, il y a un être humain à qui il ne faut peut être qu'un simple sourire ou une main tendu pour allez mieux …

Un brin d'optimisme entre le ciel et l'enfer des bas-fonds qui vient parachever une œuvre au combien réussit, mener par un excellent réalisateur qu'est Akira Kurosawa. Pendant deux heures, il orchestre un ballet avec une précision qui force l'admiration. Que cela soit par la caractérisation des lieux ou l'on se trouve, autant définie par leurs rôles dans l'histoire que par rapport à l'environnement qui nous entoures, ce qui renforce cette idée de purgatoire ! La composition des plans centrés sur l'humain principalement ne laisse pas de place au doute, les rares plans d'ailleurs qui montre de la vie hors des bas fonds sont lointains, comme des marionnettistes qui jouent avec leur pantin. Ou encore par la maîtrise qu'a le réalisateur à transcender son matériel d'origine, d'une par le naturel du casting qui a subit un énorme travail de préparation et qui connaît son texte sur le bout des doigts, que par cette capacité à créer beaucoup de profondeur, de variation et de rythme dans un environnement restreint ! Il faut ajouter à cela l'excellence du travail des décorateurs et des costumiers du film, qui ont rendu ça encore plus vrai que nature, ainsi qu'un casting d'un grande qualité. 

Exigeant et radical, les bas-fonds ne vous laissera pas indifférent 

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