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Un Air de Famille


UN AIR DE FAMILLE
de Cédric Klapisch

Un air de famille, est classé dans mon panthéon personnel. J'en garde un souvenir fort et aussi une validation de certains choix de vie. Le partager avec le plus cinéphile de notre couple fut une expérience particulière.

Pitcher ce film, c'est déjà le trahir un peu. Mais au cas ou vous seriez passé à coté.... Tous les vendredis, une famille se regroupe dans un grand restaurant. Autour de la matriarche on retrouve le fils aîné qui a repris le bar de son père, le second qui est l'un des dirigeants d'une grosse boite, et sa femme ainsi que la fille de le famille. Ce jour là, c'est l'anniversaire de Yolande, et ils se donnent rendez-vous comme tous les vendredi dans le troquet d'Henri...
Ce film scénarisé par les deux acteurs principaux (le tandem Bacri-Jaoui, est à l'origine une pièce de théâtre, qu'ils avaient joué; et qui continue à être joué aujourd'hui.

Klapisch qui réalise ce film, arrive à intégrer une touche de mise en scène théâtrale, dans cet œuvre pourtant très cinématographique. Il garde et c'est ce que l'on perçoit le plus les discours bien ciselés et percutants. On y retrouve aussi les entrées et les sorties spectaculaires comme lorsque Henri descend et remonte de la cave. Donnant une image atypique au cinéma, ce qui est le cas de la photographie ici (les décors old school aux couleurs seventies, le «gilet du dimanche», le radiateur grille mouche...). Ce bar, même si on ne s'en sert pas est aussi pourvu d'une sortie court et d'une jardin. Et le réalisateur conserve le découpage en acte, en introduisant entre chaque moment du récit une respiration, habillée par une musique réconfortante. Il s'en sert pour éclairer avec une relative douceur le passé de cette fratrie en nous les montrant enfants. C'est là qu’apparaît le poids de la famille sur ce qu'ils sont devenus et ou s'ancre la manière dont ils interagissent aujourd'hui.
Tout cela est parfaitement combiné dans le scénario forgé par le tandem. Il arrive à désamorcer toutes les situations dramatiques et tristes en alternant les moments tristes et les moments drôles, les faisant même cohabiter. Quoi de plus tristes que ce quotidien banal, rythmé d'une espèce de fatalité et de reproduction du passé. Quoi de plus tristes que ces petites phrases que l'on a tous entendu «le plus triste c'est pour les enfants» ou encore «tu sais ce qu'il m'a fait(...), une otite». Mais ici ils prennent ces phrases, et les poussent jusqu'à la limite de l'absurde.

Celle qui les prononce c'est Yolande, femme du cadet, femme négligée par son mari. Épouse avec enfants, déguisée avec une panoplie «bourgeoise et collier en perles» qui semble tellement décalée avec la personnalité que l'on découvre d'elle. Yolande est attachante, même lorsqu'elle est infantilisée ou réifier par son homme d'affaire d’époux. Elle prend les traits de Catherine Frot qui incarne avec délicatesse cette femme. Et elle l'habille de sa douceur et de la candeur qui va souvent avec ses personnages.
Jean-Pierre Bacri est le grand frère grognon. Il est celui qui porte l'héritage de la famille. C'est lui qui a repris ce bar qui n'a que peu changé. C'est lui qui adapte son comportement envers sa femme en fonction de l'histoire de ses parents. Il est le bouc émissaire.
Le second frère est interprété par Wladimir Yordanoff. Il est celui qui a réussi. Il est condescendant avec tout son clan. Et est le chouchou de sa maman.
Agnes Jaoui est la fille «pas notée pareil» que ses frères. Ce rôle m'avait beaucoup parlé lorsque adolescente, j'avais vu ce film. Betty ne pense pas qu'elle doit se laisser faire, elle est forte et en adéquation avec son époque. Même si mon amour pour ce personnage aujourd'hui cohabite avec un plaisir coupable à regarder les tutos beauté. je la trouve inspirante, forte et à la fois en prise avec la réalité. Ce n'est pas si courant que ça. Elle évolue beaucoup au fil du film. Et le jeu pur de l'actrice rajoute à sa profondeur.

A mi-chemin entre monsieur Loyal, et un révélateur le rôle de Rémi est tenu par Jean-Pierre Darroussin. Cet homme transpire la bienveillance. Il est bon de s'attacher à ce personnage.

Agnes Jaoui dit de cette pièce et de ce film que bien qu'il soit très drôle, il lui donne envie de pleurer. Je ne pourrais pas mieux conclure que ça.

Strange Days


Los Angeles 1999. Lenny Nero, flic déchu, mi-dandy, mi-gangster, s'est reconverti dans le trafic de vidéos très perfectionnées qui permettent de revivre n'importe quelle situation par procuration. Un jour, il découvre une vidéo révélant l'identité des meurtriers d'un leader noir.

Strange Days – 7 Février 1996 – Réalisé par Kathryn Bigelow

A l'aube de l'an 2000, la ville de Los Angeles est une vraie cocotte minute prêt à exploser. La mort d'un célèbre rappeur, dans des circonstances troubles alimente les tensions. Lenny Nero, flic déchu de la cité des anges s'est mué en un receleur d'images prisent et regardables avec le système SQUID. Prévu à la base pour les forces de l'ordre (espionnage), l'appareil est depuis détourné à des fins plus personnelles et illicites, comme le commerce d'images violentes ou à caractère sexuel. Ce qui en fait son succès, c'est qu'il vous place directement à la place de la personne dont vous revivez les images. Un avantage dont profite Lenny pour se remémorer de vieux souvenirs, doux et chaleureux, tout le contraire de ce qu'il reçoit un jour, un disque qui lui montre le viol et la mort de l'une de ses amies. Lenny doit alors faire taire sa nature profonde et enquêter sur cet acte odieux, une tache périlleuse qui va le plonger au cœur de la ville et de ses mystères.

Comme à chaque fois que je découvre un film d'un ou une cinéaste que j'apprécie, j'appréhende la découverte car j'ai peur de la « désillusion » ou encore du dit syndrome « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? ». Mais ici, avec « Strange Days » ce n'est pas le cas, le film à eu beau être un four commercial à sa sortie, il n'en reste pas moins un film ambitieux et visionnaire. Un long métrage ou l'on trouve le savoir faire d'une grande réalisatrice et de deux excellents scénaristes, avec le renommé James Cameron (Je vous fais pas un dessin) et Jay Cocks (Silence, Le Temps de l'Innocence).

Lenny Nero est un ancien flic qui doit à nouveau endosser ce rôle d'ancien quand l'une de ses amies meurt atrocement et que le tueur semble lui en vouloir personnellement. Hélas depuis le temps, Lenny a énormément changé, il fuit tous les conflits et s'échappe de la réalité en plongeant dans les souvenirs réconfortant que lui procure le SQUID. Tout comme ses clients qu'il fournit en images, il fuit ainsi la réalité.

Le background du film est alors posée, le monde dans lequel on vie n'est plus authentique, les gens s'échappent aux responsabilités grâce a aux SQUID, dans un univers rêvée qui les conforte dans leur illusion de confort. L'histoire navigue alors entre plusieurs genres, comme le thriller, la science-fiction et le film noir le tout mâtiné d'une touche de romance. Cela permet à James Cameron d'écrire une histoire qui n'est pas si éloignée de ce qu'il à déjà fait et de brasser ainsi un éventail large de thèmes à aborder. Comme la dualité entre l'humanité et la technologie, les dangers d'une société droguée à la technologie, le voyeurisme, la société américaine, le racisme et les violences policières. Ce qui donne au film une profondeur de lecture intéressante et surtout il est en avance sur son temps.

Premièrement, il s'agit de confronter deux mondes, ceux des émeutes qui ont suivi l'acquittement des quatre policiers impliqués dans tabassage de Rodney King, révèle une Amérique scindée en deux et profondément inégalitaire. Une Amérique ou l'on trouve les blancs d'un coté et les noirs de l'autre. L'une n'a pas à subir les discriminations, les abus de la police ou le racisme, parfois elle ne voit même pas le mal qu'elle fait quand l'autre se débat pour exister dans une société qui ne semble pas la vouloir et qui se confronte sans cesse à un plafond de verre qui ne veut pas céder. D’où la dichotomie à l'écran entre le personnage de Mace, femme noire, mère et célibataire avec celui de Lenny. la première a la tête dans la vie réelle avec les soucis que cela engendre et les violences qu'elle affronte , alors que Lenny évite les confrontations et ne vit qu'au travers des souvenirs qu'il revit avec le SQUID. Un sujet qui tient particulièrement à cœur la réalisatrice.

Le SQUID c'est la trouvaille du film, le petit truc qui fait la différence et qui prouve que Cameron voit toujours plus loin que les autres et cela même quand il est scénariste. C'est un petit appareil qui à la forme d'un casque et qui sert aussi bien à enregistrer ce que l'on voit, mais surtout à revoir ce que l'on a enregistré. Un appareil destiné d'abord a la police pour des missions d'espionnages, qui basculera vite vers des abus (Ce que l'on en déduit) et vers un excès dans son utilisation, rendant addicts (littéralement) les gens avides de surveillance ou encore d'images diverses et variées qu'ils consomment comme un mauvais fast-food. Le film anticipe les dérives de la tv et des réseaux sociaux, comme facebook, twitter, ou encore Youtube, qui rendent accessible tout le temps et a toute heures, une quantité faramineuses d'images.

A cela on rajoute l'évocation à peine voilée du « bug de l'an 2000 », de cet instant crucial entre 1999 et l'an 2000 qui en était presque arrivé a nous faire croire que l'on courrait vers l'apocalypse. Un dernier pied de nez à nos convictions, qui nous ramène à ce que l'on a de plus simple, notre seule humanité comme barrière aux problèmes qui se dressent devant nous et non à la technologie, qui ne doit rester qu'un outil …

C'est cette histoire aux multiples angles de lectures, à la fois forte, étrange, malsaine et efficace que Kathryn Bigelow met en scène avec énormément de passion et de talent. Le récit constamment équilibré n'hésitait pas à choquer et à en mettre plein la vue et ça des le début, pour nous amener à un final empli d'espoir. Graphiquement le film n'est pas trop daté, la direction artistique fait des choix judicieux, notamment pour le visuel du SQUID, qui est assez complexe pour que l'on y croit et pas assez pour qu'on se dise que ce n'est pas réaliste; tout en restant raccord avec l'univers créé dans le film.

Ensuite si la réalisatrice sait gérer les scènes d'actions et les scènes de dialogues avec brio, elle nous en met par contre plein la vue avec les scènes à la 1er personne ! Des séquences dignes d'un FPS (First Person Shooter) plus vraies que nature et qui ont demandé énormément de travail. Que cela soit pour le chef opérateur Matthew F. Leonetti, que dans la conception du matériel pour filmer les séquences en questions ou pour chorégraphier l'imposante introduction du film. Des scènes qui sont toujours fortes en adrénaline, mais qui n'ont pas le même but, l'introduction par exemple vous coupera le souffle par son intensité, alors qu'une autre vous mettra mal à l'aise, très mal à l'aise vu qu'il s'agit de la scène du viol d'un des personnages.

Le casting est quant à lui parfait ! Oui c'est le mot, pour moi il n'y aucune faute de goût et que cela soit dans les seconds rôles que dans les rôles titres. Lenny Nero est joué par Ralph Fiennes, parfait junkie aux images, dandy décalé et séducteur qui retrouve le sens des réalités. Mace est incarnée par Angela Bassett qui se place en digne héritière des héroïnes de Cameron, une femme forte, indépendante, qui a même le loisir de sauver notre petit Lenny. Juliette Lewis prend les traits de Faith, l'ex chérie de Lenny; un personnage agaçant comme à chaque fois que je croise Juliette Lewis dans un film. Tom Sizemore joue l'antagoniste du film Max ; un personnage étrange, discret et secret que l'on ne voit pas arriver et qui s'avère convaincant. Puis on trouve des têtes que l'on reconnaît dans les seconds rôles, avec le terrible sheriff de nottingham Michael Wincott: les inspecteurs Vincent d'Onofrio et William Fichtner en policiers racistes ! Brigitte Bako dans le rôle de la victime Iris ou encore Glenn Plummer dans celui du rappeur Jeriko One.

Excellent film qui à vu les choses, avec clairvoyance !

La dernière marche



LA DERNIERE MARCHE réalisé par Tim Robbins

Il y a des films qu'on ne voit pas et pourtant ils sont dans nos références. Je ne sais pas si c'est à cause de cette affiche à la fois simple et efficace, ou à cause du thème. mais je savais très bien de quoi parlait ce film de 1995. C'est pour cela que je l'ai mis en route dès que je l'ai vu dans le catalogue de la télé à la demande.

Hélen Préjean, a pris le voile très jeune. Elle a décidé de vouer sa vie à dieu et aux personnes défavorisées des quartiers pauvres de Louisiane. Un jour un condamné à mort lui écrit, presque par hasard, un peu comme on jette une bouteille à la mer. Cet homme est accusé d'avoir avec un complice, tué un couple de lycéens et d'avoir violé la jeune femme. Âpres l'avoir aidé à rencontrer un bon avocat et perdu son dernier recourt , il lui demande d’être son conseiller spirituel jusqu'à son exécution. Le cadre que met en place le réalisateur est carré et quasiment protocolaire ce qui lui permet de mettre en valeur son sujet. Ce cadre est établi par différents éléments. D'abord le titre qui enlève tout suspens malsain sur ce qu'il pourrait advenir du condamné. Si le titre français est clair le titre original, dead man walking, l'est encore plus.

La progression est chronologique et sans fioriture. Et c'est à l'image de tout le reste du film. Les images sont belles, simples, efficaces, de sorte qu'ils accompagnent le message, mais en aucun moment il ne le parasite. La seule chose qui contraste dans ce film sont les acteurs. Sean Penn et Susan Sarandon sont tous les deux lumineux. Ils sont la source de lumière,en plus d’être les vecteurs des messages. Ils baladent leurs pâleurs tout le long de film. Donnant un air enfantin à un assassin et une aura voire une auréole à la sœur. Il y a bien des touches d'humour pour rendre les choses digestes. Mais elles sont toujours portées par les personnes ou à des moments auxquels on ne s'y attend pas. Que ce soit une conversation ubuesque entre deux sœurs ou le condamné avec sa famille quelques heures avant sa mort. Ils sont là comme des respirations permettant de mieux entendre le contenu.

Et le contenu est ambitieux, sérieux, et engagé. C'est une prise de position en règle contre la peine de mort dans un premier temps. Grâce à la vocation de la protagoniste, le réalisateur réfute un par un mais respectueusement tous les points évoqués par la religion catholique. Et elle permet aussi d'aborder la douleur sans nom des parents et des proches. C'est évoqué avec compassion et force de sentiments. La bonté de sœur Helen permet de traiter avec délicatesse tous ces sujets. Ensuite il n'y a pas de faux semblants, ni de compromissions; le personnage est un vrai salop, il est accusé de choses des plus horribles. Il se déclare raciste, nazi, et regrette de ne pas avoir embrassé une carrière de terroriste. Il est immature, n'assume pas ses actes, et a des croix gammées tatouées sur son corps, cachées par sa chemise. S'il y avait eu une personne qui méritait la mort ça aurait pu être lui.

Mais le film tient le cap. Il déroule son argumentaire, et explique pourquoi la peine de mort est inhumaine. Soulevant le ridicule d'une manière de l'appliquer plus « douce » qu'une autre. Mais ce film ne dénonce pas que ça. Il souligne la manière dont cette sœur est sous estimée par sa hiérarchie. Une structure menée par des hommes dont l'ouverture d'esprit n'est pas la principale qualité. Plus largement il parle aussi du respect des femmes. La différence de la perception qu'on les hommes de nous en fonction de notre potentiel sexuel, ou de la place que l'on a par rapport à un homme. Tout cela dépendant tellement peu de qui on est.

Ce film est un manifeste, avec tout ce que ça implique en code et en rigidité. Il est riche et sans concessions. Sa rigueur amplifie son impacte ce qui lui permet de remettre en cause certains piliers de la société.